Juifs de Tunisie: Qui étaient Les Bahoussi?

Il existe, de par la Tunisie, là-bas du côté du Kef, en un coin perdu du Sers, une tribu berbère exclusivement campagnarde, entièrement composée d’israélites.

Ce sont des cultivateurs logeant sous la tente, menant une vie patriarcale étonnamment biblique, ne se mésalliant jamais, et ignorant le bruit des villes. Tels sont les Bahoussi, terme dont l’étymologie remonte limpidement à l’hébreu. La colonie berbère juive du Sers comprend cent tentes environ et est très prolifique.
Chose curieuse, les Bahoussi ne savent pas lire l’hébreu, et pourtant, ils se transmettent oralement, d’une génération à l’autre, la plupart des traditions rituelles accompagnant les diverses circonstances de l’existence juive : circoncision à l’âge de huit jours (c’est le mohel du Kef qui fait cet office); première communion à treize ans; bénédiction nuptiale; prière des morts, etc… Ils prêtent serment par Adonaï, et savent prononcer le Schema Israël.
Chaque année, à l’occasion du Yom-Kippour, solennité du Grand Pardon, ils font à pied -et en masse- les quelques vingt-cinq kilomètres qui les séparent du Kef, où ils se rendent à la synagogue. Ne sachant pas lire, ils se contentent d’assister aux offices et d’embrasser à satiété le Seffer Thora. Illettrés et ne frayant pas avec leurs coreligionnaires du Kef, ils sont l’objet de brocards injustes de ces derniers, dans les bouches desquels le mot Bahoussi a pris le caractère d’un terme de moquerie.
Leurs noms ont subi une dégénérescence curieuse. Les femmes s’appellent couramment Zahou, Regheïa, Oum-el-Ouz, etc… Quant aux patronymes masculins, c’est un curieux amalgame de racines juives accommodées à la fréquentation de l’ambiance musulmane : Saül en Salah, Salomon en Slimane, Jacob en Agoub, Samuel en Chamoul, Abraham en Brahim, Joseph en Youcif.
Leur sobriété est proverbiale. Ils sont très bavards, parlant sans discontinuer et répétant souvent la même phrase, ce qui ne les empêche cependant pas d’observer parfois un surprenant et long mutisme. Ils sont robustes et leur santé ignore les maladies inhérentes aux habitants des villes. Leurs femmes et leurs filles, sans être belles, ont pourtant un aspect et une grâce qui séduisent le voyageur qui va leur rendre visite.

(article de J.C. GANOUNA in “Le judaïsme Tunisien et Nord-Africain N°4 Novembre 1912 pp. 59-60)
Source: tunisie-genealogie.com
LA GHRIBA DU KEF

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.