Yitro: la fête des garçons ou la fête du Décalogue?

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Yitro, Fête des garçons: jeudi 24 janvier 2019

 

Nos frères tunisiens et constantinois, depuis de très nombreuses générations ont la coutume de célébrer le jeudi soir précédant la lecture de la parashat Ythro une fête très particulière où tout est ramené à des dimensions miniatures.

Au long des siècles, les épidémies surtout de peste ou de choléra ont décimé les populations et les chroniqueurs de ces époques lointaines ont fait mention des pertes humaines dans chaque ville et à chaque époque.

La contamination se faisait rapidement les conditions d’hygiène n’étant point respectées ; les guérisseurs ou praticiens de ces époques utilisaient souvent « les simples » ou plantes médicinales.

En 1348, en Tunisie, il y eut une très grave épidémie de peste. Cette épidémie venait apparemment d’Italie et les victimes furent très nombreuses.

Il suffit de rappeler que le roi Louis IX mourut en Tunisie d’une autre épidémie de peste.

Au XVIIème siècle, vers 1675 une épidémie commença à Malte et elle parvint en Tunisie y faisant des ravages énormes.

Il faut préciser qu’en général, les épidémies ne faisaient que peu de victimes parmi les Juifs à cause des mesures d’hygiène inculquées dans le judaïsme pourtant, à cette époque, la peste s’attaqua à tous en Tunisie, récoltant des milliers de victimes même dans la communauté juive.

Les mères juives éplorées implorèrent les Cieux d’être plus cléments et : ô miracle, la mort abandonna sa faux pour laisser vivre les petits enfants qui ne furent plus les victimes désignées.

Cela se passa le jeudi d’avant la lecture de parashat Yithro. Afin de remercier le Créateur, les mères juives instaurèrent la coutume de procéder à une fête pour célébrer le sauvetage des enfants-mâles.

 

Cette « shioudat ytrou » (avec l’accent) comportait en son menu des pigeons rôtis (plus petits que des poulets) avec des petits pois, des petites pâtes (nikitouches) ou du couscous, des gâteaux au miel et des friandises de toutes sortes en taille miniature, le tout servi sur une « petite table » et dans des ustensiles (en verre coloré en général) miniature comme de la vaisselle de poupée et des chandeliers miniatures en verre dans lesquels on allumait des bougies fines colorées.

Aujourd’hui , les pâtissiers confectionnent des pièces montées et des mignardises pour cette célébration.

Petit renseignement sympathique: Au Japon, c’est au début du mois de mars que sont fêtées les filles (à l’apparition des fleurs de cerisier) mais, c’est le 5 mai de chaque année que sont fêtés les garçons il s’agit du Koïno bori.

Les familles suspendent des carpes en papier ou en soie. Les carpes symbolisent la force la vigueur et……..contre le mauvais œil !!!!

 

Cours  dédié à la Mémoire de’LUCIEN. ISRAËL BAR MIRIAM CACOUB.”

 

Caroline Elishéva REBOUH

La conversion d’Yitro

Dans un commentaire devenu célèbre, Rachi explique au début de notre paracha les motivations qui poussèrent Yitro à rejoindre le peuple juif : « ‘Yitro, prêtre de Midian, beau-père de Moché apprit tout ce que D.ieu avait fait…’ (Chémot 18, 1) – Quelle information l’incita à venir ? L’ouverture de la mer des Joncs et la guerre contre Amalek. »

Ce commentaire de Rachi est extrait d’un passage talmudique (Zéva’him 116/a), entièrement consacré à cette question : « Quelle information incita Yitro à venir se convertir ?

Rabbi Yéhochoua dit: Il apprit la nouvelle de la guerre menée contre Amalek, car il est dit juste avant [à la fin de Béchala’h] : ‘Yéhochoua triompha d’Amalek et de son peuple’.

Rabbi Eliézer Hamodaï dit: Il apprit la nouvelle du Don de la Torah [certains avis estiment en effet qu’Yitro ne rejoignit les Hébreux qu’après le Don de la Torah].

Rabbi Elazar dit : Il apprit la nouvelle de l’ouverture de la mer des Joncs. » Pour chacun de ces avis, le Talmud établit une corrélation entre les mots : « Yitro apprit [vayichma’] », et la même expression que l’on retrouve dans ces différents contextes.

S’il convient de comprendre sur quel point ces Sages sont partagés, une autre question mérite d’être posée ici.

En effet, en lisant attentivement les premiers versets de notre paracha, nous remarquerons que la Torah semble elle-même répondre à cette fameuse question: « Yitro, prêtre de Midian, beau-père de Moché apprit tout ce que D.ieu avait fait pour Moché et pour Israël Son peuple, lorsque l’Eternel avait fait sortir Israël de l’Egypte. »

Voilà donc que la Torah indique explicitement que ce ne fut ni la guerre d’Amalek, ni l’ouverture de la mer et encore moins le Don de la Torah qui incitèrent Yitro à se convertir, mais tout simplement les miracles de la sortie d’Egypte ! Qu’est-ce qui détermina les Sages du Talmud à ne pas tenir compte de ce verset ?

Le but de la sortie d’Egypte

Pour résoudre ce problème, nous devons comprendre que la sortie d’Egypte et les miracles qui l’accompagnèrent ne reflètent qu’une part de cette Vérité qu’Yitro découvrit.

En apprenant ces miracles, le prêtre de Midian fut certes interpellé, mais une question subsista : l’émancipation des Hébreux se résuma-t-elle à rendre la liberté à un peuple d’esclaves ?

Cet événement était-il similaire à tous les autres affranchissements que connurent des centaines de peuples d’esclaves au fil de l’histoire ?

Forcément non, car ceci n’aurait pas justifié la manifestation de tant de miracles ! Et par ailleurs, comme le remarquent les commentateurs, s’il n’était question que de délivrer un peuple oppressé, ceci aurait pu se faire à l’intérieur même du territoire égyptien.

Si c’est bien par une « sortie » que le peuple hébreu fut délivré et au moyen de prodiges surnaturels, cette délivrance n’était donc nécessairement que la première étape de tout un processus.

Yitro comprit donc que c’est au cœur des événements qui suivirent, que se dissimulait le but de cette délivrance : la guerre contre Amalek, le Don de la Torah et l’ouverture de la mer des Joncs.

Dominer les trois règnes

Or, que découvrit Yitro dans ces différents faits ? Comme nous le savons, Yitro était un maître dans le culte des idoles, au point que nos Sages disent qu’il n’y avait pas une seule pratique idolâtre au monde qu’il n’ait pas expérimentée.

Et comme le rappelle le Ioun Yaacov (commentaire dans le Ein Yaacov), le fondement de l’idolâtrie repose sur une fâcheuse erreur que commirent les hommes dans les premiers siècles de l’humanité : « Comme l’Eternel a créé des astres et des constellations pour diriger le monde, qu’Il les a établis dans les cieux et qu’Il leur a accordé tant d’honneur pour qu’ils soient devant Lui comme des serviteurs qui officient devant leur Maître, il convient donc de les louer, de les glorifier et de leur faire honneur, car c’est bien là la volonté du Créateur… » (Maïmonide Hilkhot Avodat Kokhavim 1, 1).

L’erreur fondamentale, qui amena ces générations à se fourvoyer ainsi, résidait dans leur difficulté à comprendre la place qu’occupe l’homme ici-bas.

En effet, si l’on observe la puissance des éléments, l’influence des signes du zodiac et la domination farouche que l’homme peut imposer à ses semblables, on est en droit de se demander : quelle hiérarchie règne parmi les œuvres de la création ?

C’est en y répondant de manière erronée que ces générations arrivèrent à la conclusion que l’homme, être faible et insignifiant parmi tous, doit se plier aux éléments, qui le dominent sur de nombreux plans.

Le roi David évoque lui-même cette question dans l’un de ses Psaumes (8) : « Lorsque je contemple Tes cieux, œuvre de Ta main, la lune et les étoiles que Tu as formées… Qu’est donc l’homme pour que Tu penses à lui ? Le fils d’Adam pour que Tu le protèges ? »

Mais la conclusion à laquelle il aboutit s’avère bien différente : « Pourtant, Tu l’as fait presque l’égal des être divins, Tu l’as couronné de gloire et de magnificence ! Tu lui as donné l’empire sur les œuvres de Tes mains, et mis tout à ses pieds… »

Ce que les premiers idolâtres ignoraient, c’est que leur âme est une parcelle de la Divinité, que son rôle est précisément de régner sur l’ensemble des éléments.

Si les autres créations paraissent certes nettement plus puissantes que l’être humain, il a cependant le pouvoir de s’élever éminemment, au point de tous les dominer.

Et par conséquent, lorsqu’un homme s’incline devant une autre œuvre de la création, c’est comme si le Maître se prosternait devant son serviteur !

Cette réalité apparut à Yitro grâce aux différents événements qui suivirent la sortie d’Egypte, et qui en constituent donc la finalité.

Dans chacun d’eux, il put voir comment le peuple juif domina les trois grands règnes de l’existence : la nature, les hommes et les mondes célestes.

En apprenant comment la mer s’était ouverte devant les enfants d’Israël, il sut que l’homme domine la nature et que s’il est digne de son rôle, les éléments se plieront à sa volonté.

Plus tard, le peuple hébreu fut agressé par Amalek. Nos Sages expliquent que cette offensive était le résultat du doute qui assaillit les Hébreux dans le verset précédent, où ils s’exclamèrent : « L’Eternel est-Il parmi nous ou non ? »

Par ces mots, le peuple eut un doute précisément sur ce point : « D.ieu est-Il en nous ? Sommes-nous une parcelle de Sa Divinité, et méritons-nous de nous élever au-dessus du restant de la création ? »

En réponse, les Hébreux furent attaqués par Amalek, et leur victoire prouva que pas un homme ne pourra les dominer, tant qu’ils lèveront leurs yeux vers le Ciel et se rappelleront d’où ils sont issus (cf. Roch Hachana 3,8).

Enfin, avec le Don de la Torah, la preuve fut établie que l’être humain peut même dominer les êtres célestes, en dépit de toute la perfection dont ces derniers sont dotés.

On se rappelle en effet que pour amener la Torah ici-bas, Moché dut se confronter aux anges qui refusaient de le laisser l’emporter, et qu’il les vainquit haut la main.

C’est donc en voyant comment le peuple juif domina et vainquit ces trois règnes, qu’Yitro prit la décision de renoncer aux idoles. Il comprit alors que l’être humain était la plus éminente œuvre de la création, et qu’il ne tenait qu’à lui de s’élever au-dessus des autres créatures ; que s’il tend à se rapprocher de sa Source divine, il deviendra lui-même « l’égal des être divins, couronné de gloire et de magnificence ».

Et en conséquence, il ne mérite de se prosterner devant nul autre que le Créateur en Personne.

Par Yonathan Bendennnoune, en partenariat avec Hamodia.fr

2 COMMENTS

  1. C’est tout de même surprenant qu’il n’y ait qu’à Tunis et Constantine que l’épidémie s’est manifestée ?
    Tout le Maghreb a été épargné ?
    Bizarre !

  2. Ça renforce l’ego des garçons Tunisiens et Constantinois! Ha Ha Ha !
    C’est si sympa qu’on peut pas se passer de cette fête
    A tous amusez-vous bien ce jeudi 24 janvier 2019.

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