Gaza: le poids grandissant du Djihad islamique

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Satellite de l’Iran, le Djihad islamique ne cesse de se renforcer, au point que le Hamas envisage aujourd’hui une fusion des deux principaux mouvements islamistes palestiniens.es deux principaux mouvements islamistes palestiniens, le Hamas, au pouvoir à Gaza, et le Djihad islamique, viennent de commencer un dialogue pour discuter de leur fusion. Le Djihad islamique est devenu le deuxième groupe armé de l’enclave palestinienne.

Il défie régulièrement l’autorité du Hamas, mettant en péril la trêve instaurée entre le mouvement islamiste et Israël. Soutenu par la Syrie et l’Iran, le Djihad islamique est devenu un acteur important de la scène palestinienne.

Trois ans après la fin de l’opération israélienne Plomb durci dans la bande de Gaza, les tirs de roquettes sur le sol israélien n’ont pas cessé et l’Etat hébreu procède toujours à des tirs de représailles vers le territoire palestinien.

Militants du Djihad islamique lors de funérails à GazaIbraheem Abu Mustafa / Reuters –

Grâce à la médiation égyptienne, une trêve a été instaurée entre le Hamas qui gouverne la bande de Gaza et Israël. Mais ce fragile statut-quo n’empêche pas des groupes plus radicaux de tirer ponctuellement des roquettes. Parmi eux, le Djihad islamique qui prône la résistance armée contre Israël.

L’influence grandissante du Djihad islamique pose problème à Israël et au Hamas qui voit son autorité à Gaza remise en cause à chaque nouveau tir de roquettes contre Israël. Depuis qu’il a pris le pouvoir du territoire côtier en juin 2007 et surtout depuis la fin de Plomb durci, la branche armée du Hamas (les Brigades Ezzedine al-Qassam) a restreint ses attaques contre Israël et les dirigeants du mouvement tentent d’empêcher les groupes armés de lancer des roquettes.

Toute nouvelle provocation depuis Gaza risquerait d’entraîner une nouvelle offensive israélienne. Alors que Gaza est en pleine reconstruction, l’organisation islamiste a conscience qu’un autre conflit sur son territoire pourrait précipiter la chute de son régime.

Le Hamas a tout intérêt à maintenir le calme avec Israël, lui permettant ainsi d’asseoir son pouvoir. Mais le débat fait rage au sein même de l’organisation. Le chef du bureau politique, Khaled Mechaal, a déclaré que son parti allait se concentrer sur la «résistance populaire», sous entendu qu’il pourrait faire taire les armes.

D’autres prônent toujours la lutte armée contre Israël. L’un des leaders du parti islamiste à Gaza, Mahmoud Zahar, s’est récemment fait remarquer avec des déclarations plus radicales que celles de Khaled Mechaal.

Défier le Hamas

C’est dans ce contexte que l’influence du Djihad islamique devient grandissante. Le Hamas n’est plus le groupe armé dédié à la résistance comme il le fut depuis sa création. Désormais, c’est le Djihad islamique qui endosse le rôle de défenseur de la cause palestinienne. Et il se présente comme une force d’opposition.

«Nous sommes opposés à toute négociation pacifique, à tout cessez-le-feu et à tous ceux qui cèdent aux principes de la cause palestinienne», affirme Ahmad Mdalal, un des leaders de l’organisation. Des centaines de militants mécontents ont quitté le Hamas pour rejoindre les rangs du Djihad, tout comme d’anciens combattants du Fatah. « Le Djihad islamique est le seul groupe qui prône la lutte armée contre l’occupant sioniste», insiste Rami, un sympathisant du Djihad.

Le Djihad islamique essaie de déstabiliser la trêve instaurée avec Israël, en lançant ponctuellement des roquettes sur l’Etat hébreu. Il refuse de se voir dicter sa conduite par le Hamas. «Ce n’est pas seulement au Hamas de décider quand les groupes armés peuvent reprendre la résistance contre Israël, ou bien quand il y a instauration d’un cessez-le-feu, analyse Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Avec la division palestinienne, le Djihad islamique veut montrer qu’il est la troisième force palestinienne, derrière le Fatah et le Hamas.»

Et il devient ainsi le successeur du Hamas. Au temps de l’Autorité palestinienne à Gaza, le mouvement islamiste essayait de déstabiliser son rival le Fatah, en envoyant des bombes humaines en Israël ou bien en lançant des roquettes.

Désormais, c’est le Hamas qui se fait déborder par un groupe considéré comme plus radical. Après le succès du Hamas obtenu lors de la libération de 477 détenus palestiniens en échange du soldat israélien Gilad Shalit, le 18 octobre dernier, le Djihad islamique a voulu reprendre le dessus et rappeler son influence en lançant des roquettes sur Israël.

Apôtre de la révolution islamique

Le Djihad islamique palestinien a été formé en Égypte puis dans la bande de Gaza à la fin des années 1970. Il a été créé par des membres des Frères musulmans dissidents, estimant que l’organisation était devenue trop modérée et qu’elle ne s’engageait pas assez au profit de la lutte palestinienne.

Il se veut un mouvement islamo-nationaliste et révolutionnaire. Influencé par la révolution islamique iranienne, le Djihad islamique ne tire pas uniquement ses références idéologiques des Frères Musulmans comme le Hamas, mais aussi des penseurs chiites et iraniens (même s’il n’est pas une organisation chiite). Il est idéologiquement plus proche de l’Iran que le Hamas car le djihad est une notion centrale du chiisme.

L’organisation est dédiée à la lutte armée, la destruction d’Israël et l’établissement d’un Etat palestinien islamique sur toute la Palestine mandataire (contrairement au Hamas qui aurait accepté un Etat palestinien dans les frontières de 1967). «Pour nous, la résistance, c’est la lutte armée, soutient Ahmad Mdalal, leader de l’organisation. Israël ne comprend que le langage de la force et de la résistance.»

Groupe plus petit que le Hamas, le Djihad islamique n’a pas le large réseau social que celui-ci a construit et est dépourvu de toute ambition politique. Il a refusé de participer aux élections législatives de janvier 2006, remportées par le mouvement islamiste. «Le Djihad islamique ne croit pas en un processus électoral, observe Mkhaimur Abusada, car la Palestine est sous occupation israélienne et il considère qu’il ne peut y avoir d’élections démocratiques sous occupation. Ce serait comme une sorte de deal avec l’ennemi, ce à quoi il se refuse catégoriquement.»

Soutien iranien et syrien

Dans la bande de Gaza, le Djihad islamique est en train de devenir le nouveau satellite iranien et l’allié stratégique de la Syrie, damant le pion au Hamas. Damas et Téhéran font payer au mouvement islamiste son manque officiel de soutien au régime de Bachar Al Assad, en proie depuis presque un an à un soulèvement populaire.

Mais le Hamas se trouve dans une position inconfortable car ses frères musulmans syriens figurent parmi les opposants aux forces syriennes. La formation palestinienne a réduit sa présence à Damas. Khaled Mechaal, le chef du bureau politique, est toujours officiellement installé dans la capitale syrienne. Mais la plupart des cadres du mouvement ainsi que leurs familles ont quitté la ville. C

ertains se seraient même installés dans la bande de Gaza. «Le Hamas essaie de prendre ses distances vis-à-vis de la Syrie et de l’Iran, car il ne veut plus être un pion du régime iranien, assure Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza. Il préfère se rapprocher de l’islam modéré d’Egypte ou de Tunisie.» Selon certaines rumeurs, l’Iran ferait pression sur le mouvement islamiste pour que son bureau politique reste à Damas, sous menace de lui couper tout aide financière.

Le refus du Hamas de soutenir sans condition le régime de Bachar el-Assad a poussé l’Iran et la Syrie à se tourner vers le Djihad islamique, lui aussi basé à Damas. «Nous sommes fiers et honorés de dire que la République islamique d’Iran nous fournit aide et soutien», a récemment déclaré Abou Ahmed, porte-parole des Brigades de Jérusalem, aile militaire du Djihad islamique, lors d’une interview à Reuters.

Soutenu et alimenté par l’Iran et la Syrie, le Djihad islamique est devenu un acteur important sur la scène politique palestinienne. Ses dirigeants sont reçus et consultés dans les capitales arabes.

Pour obtenir un arrêt des tirs sur Israël, l’Égypte négocie directement avec le Djihad, sans passer par le Hamas.



A Gaza, des centaines de sunnites, dont des membres du Djihad islamique se sont récemment convertis au chiisme. Selon le site internet du quotidien Haaretz, le Hamas mène une politique de répression violente contre les musulmans chiites, par peur d’une influence croissante de l’Iran.

Il y a quelques jours, des hommes armés du Hamas ont attaqué et arrêté une quinzaine de pèlerins lors d’une fête religieuse chiite. Toujours d’après Haaretz, des membres du Djihad islamique ont alerté Téhéran, lui demandant d’arrêter de financer le Hamas, en raison des persécutions exercées contres les chiites de Gaza.

Une force militaire

D’après plusieurs analystes militaires israéliens, le Djihad islamique aurait récemment accumulé grâce à Téhéran une puissance militaire égale voire même supérieure au Hamas. Le groupe possèderait des roquettes de plus longue portée que le Hamas, 8000 combattants, et quelque 10.000 partisans et collaborateurs. Ses membres sont constamment menacés par les raids de l’armée israélienne. Régulièrement, ils coupent leur téléphone portable, évitent de se déplacer en voiture ou en moto et se cachent loin de leur domicile familial, pour échapper à tout attentat ciblé.

Mais le Hamas, fort de ses 25.000 policiers et 10.000 membres des brigades Ezzedine al Qassam (la branche armée), reste « plus puissant, affirme Mkhaimur Abusada, professeur de sciences politiques à l’université Al Azhar de Gaza.. Le Djihad islamique peut déstabiliser Gaza, gêner le Hamas, mais à l’heure actuelle, il n’est pas une menace existentielle pour le mouvement islamiste. Il n’y a jamais eu de confrontation directe entre les deux groupes. En cas de conflit, ils règlent leurs problèmes à Damas.» Toutefois, le Hamas n’hésite pas à arrêter certains membres du Djihad. Le mouvement islamiste veut faire preuve de tolérance zéro face à ceux qui défient ses règles.

Certains observateurs espèrent qu’en cas de chute du régime du Hamas, Gaza serait alors gouverné par un groupe plus modéré. Mais de nombreux analystes estiment que ce n’est qu’une illusion. Ils craignent que le Djihad islamique s’empare du pouvoir à Gaza. «Sauf en cas de fusion, les deux groupes finiront tôt ou tard par s’affronter, avertit Mkhaimur Abusada, car le Djihad islamique ne cessera jamais d’imposer au Hamas sa puissance et son indépendance.»

Kristell Bernaud SLATE.Fr

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