Moïse Nahmanide (en hébreu: משה בן נחמן גירונדי Moshe ben Nahman Gerondi, acronyme : רמב »ן Ramban, en catalan) est un rabbin du XIIIe siècle (Gérone, 1194 – Acre, 1270).

Issu d’une illustre famille de rabbins, petit-fils d’Isaac ben Reuben de Barcelone, cousin de Rabbenou Yona, il étudie le Talmud avec Juda ben Yakar et Nathan ben Meïr de Trinquetaille, et est initié à la Kabbale par Azriel de Gérone. Dans le même temps, il étudie la philosophie et la médecine qu’il pratique comme moyen de subsistance, à l’image de Maïmonide ou Juda Halevi.

Il se distingue dans les études et publie ses premiers ouvrages à l’âge de 16 ans. Profondément influencé par l’école française des Tossafistes, il manifeste une déférence sans réserve aux sages de la Mishna et du Talmud, ainsi qu’aux Gueonim qui leur ont succédé, et aux rabbins de France, à Rachi en particulier, mais également aux maîtres de l’école kabbalistique de Posquières, Isaac l’Aveugle et Acher ben David.

Enseignant à l’école rabbinique de Gérone, où il dispose d’un prestige considérable, Nahmanide est désigné en 1263, par le roi Jacques Ier d’Aragon, pour débattre avec Pablo Christiani, Juif converti au christianisme et devenu frère dominicain.

La dispute de Barcelone, 1263

NAHMANIDE, La dispute de Barcelone | Sifriaténou/Notre Bibliothèque

Alors rabbin de Gérone, puis chef spirituel de la communauté juive de Catalogne et ami du roi Jacques Ier d’Aragon, Nahmanide fait office de médiateur à plusieurs reprises entre la couronne et les aljamas (non-chrétiens). En 1263, il est choisi pour une disputatio avec Pablo Christiani en présence du roi, sur l’ordre du dominicain Raymond de Penafort.

Pablo Christiani, Juif converti au christianisme et devenu frère dominicain, qui défend des inventions telles que la rouelle, est déjà connu pour avoir tenté de convertir la communauté juive de Provence.

La démarche de Christiani est originale : présumant que son adversaire devra rester mesuré, de crainte de heurter la sensibilité des dignitaires chrétiens, il escompte non pas interdire le Talmud, mais au contraire l’utiliser afin de prouver la vérité de la foi et du message chrétien. En effet, il pense pouvoir attester à partir de plusieurs passages attenant à l’Aggada, que les sages pharisiens ont pensé que le Messie vivait à l’époque du Talmud, et donc qu’il s’agissait de Jésus.

Nahmanide demande, et obtient, la complète liberté d’expression au cours des quatre jours qui vont suivre, du 20 au 24 juillet 1263. L’objet de la dispute de Barcelone fut de savoir :

si le Messie était apparu ;
si le Messie annoncé par les Prophètes devait être considéré comme divin, ou humain né de parents humains ;
qui des juifs ou des chrétiens détenaient la vraie foi.
La tentative de Christiani tourna court. Nahmanide remit les choses dans leur contexte, prouvant que si les rabbins avaient véritablement cru en la messianité de Jésus, ils se seraient convertis. Les interprétations de Christiani étaient donc tendancieuses.

Par ailleurs, l’Aggada ne lie pas davantage les Juifs, que les chrétiens ne sont tenus de croire aux sermons des évêques. Nahmanide précisa que les juifs étaient tenus de croire en la vérité de la Bible, et ne tenaient compte des arguments théologiques du Talmud que s’ils influençaient la pratique religieuse. De ce point de vue, les juifs ne sont pas tenus de croire tout point théologique du Talmud, surtout lorsqu’il s’agit d’Aggada.

Pour l’argument de Shilo (« Le sceptre ne s’éloignera pas de Juda, jusqu’à ce que vienne Shilo ») : Nahmanide fit valoir que, du fait de l’étymologie même du nom, le Messie devrait être humain, de chair et de sang, et non divin.

Pour le « Messie aux portes de Rome » : Cela fut également réfuté, car cet enseignement aggadique de Rabbi Josué ben Lévi portait sur la fin des guerres et l’avènement dans l’histoire d’un règne de paix et de justice. Où était-il aujourd’hui ?
Nahmanide fit aussi remarquer que les questions attenant au Messie avaient moins d’importance pour les Juifs que ce que croyaient les chrétiens. Selon lui, un Juif a en effet plus de mérite à observer les prescriptions divines en terre d’exil, sous le joug chrétien, qu’en Terre promise sous le règne du Messie, où chacun pratiquerait la Loi de façon naturelle.
La disputatio fut abrégée à la demande pressante des Juifs de Barcelone, qui craignaient d’exciter le ressentiment des dominicains, et se termina sur la victoire de Nahmanide, le roi allant jusqu’à lui faire don de 300 maravedis en signe de respect. Cependant, le clergé dominicain prétendit avoir remporté la rencontre. À la demande de l’évêque de Gérone, Nahmanide résume son point de vue dans un texte intitulé Vikuah (polémique). La livre de Nahmanide est édité pour la première fois au xviie siècle avec une traduction latine par Jean-Christophe Wagenseil dans son ouvrage Tela ignea Satanæ (« les traits de feu de Satan »).

Le roi fit réunir une commission extraordinaire afin d’assurer l’impartialité du procès, qui se tenait en sa présence. Nahmanide admit avoir porté plusieurs atteintes à la chrétienté, mais n’avoir rien dit d’autre que les arguments prononcés devant le roi, avec jouissance d’une liberté de parole totale.

Bien que le roi et la commission reconnussent la justesse de sa défense, les dominicains obtinrent que les livres de Nahmanide soient brûlés et qu’il soit exilé pour deux ans, peine qui fut commuée ensuite en bannissement à perpétuité.

Nahmanide en Israël

Synagogue Ramban, Jérusalem

Nahmanide quitte le royaume d’Aragon et séjourne trois ans quelque part en Castille ou dans le Sud de la France. En 1267, cherchant refuge dans les pays musulmans pour échapper aux persécution des chrétiens, il émigre à Jérusalem où la présence juive n’avait jamais disparue. Elle prend une nouvelle vigueur au XIIIème siècle après l’arrivée du rabbin espagnol Nahmanide.


Dans une lettre adressée à son fils, il raconte qu’il ne trouve que deux juifs, frères et teinturiers de métier. Tous trois voient une maison en ruine avec des piliers en marbre et un beau dôme, ils en font une synagogue. Ils font venir de Sichem, Naplouse, les rouleaux de la Loi, transportés là-bas lors de l’invasion tartare. Pendant les trois dernières années de la vie de Ramban, sa synagogue est le lieu de rencontre de la communauté juive, décimée depuis le massacre croisé de 1099.
Nahmanide prône pour les juifs l’obligation d’habiter en terre d’Israël (la Palestine de l’époque). C’est pour réveiller l’intérêt pour les textes bibliques chez les quelques Juifs qui y habitent que Nahmanide écrit le commentaire sur la Torah.
La communauté juive commence à se concentrer dans le quartier juif actuel, établi au sud-ouest du Mont du Temple.

Lettre de Na’hmanide à son fils (1267)

Moïse Nahmanide

C’est à Jérusalem, la Ville Sainte, que je t’écris cette lettre. Car, – grâce et louange en soient rendues au Rocher, mon Sauveur-, j’ai eu le privilège d’atteindre Jérusalem en paix le 9e jour du mois d’Eloul et de m’y arrêter, jusqu’au lendemain de Yom Kippour, où j’avais l’intention d’aller à Hévrone la ville des Tombes de nos Pères, afin de me prosterner en face d’elles, et de me choisir une tombe pour moi-même, avec l’aide de D.ieu*.

Que vous raconterai-je au sujet de la Terre, sinon qu’elle est abandonnée et déserte au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. Paradoxalement, la ruine est inversement proportionnelle à la Sainteté : Jérusalem est en ruines plus que tout le reste ; et la Terre de Juda, plus que la Galilée.

Et pourtant, malgré toutes ses ruines, cette Terre est merveilleusement bonne. Jérusalem compte environ 2000 habitants, dont 300 Chrétiens, échappés au glaive du Sultan. Aucun Juifs n’y habite. Car, à l’arrivée des Tartares, les Juifs se sont enfuient, d’autres ont été massacrés par le glaive. Seuls sont restés deux frères teinturiers, qui achètent leurs teintures au gouverneur. Autour d’eux, se réunissent juste le nombre d’hommes qu’il faut pour constituer le Minyan des prières du Chabbat qui se font à leur domicile.

Nous les avons encouragés à plus de zèle, et avons trouvé, en effet, une maison abandonnée, construite en colonnes de marbre avec une belle coupole de marbre avec une belle coupole, et nous l’utilisons comme synagogue. Car la ville est entièrement livrée au domaine public et chacun est libre de s’approprier les immeubles abandonnés.

Nous avons fait le vœu de restaurer cette synagogue et, déjà, nous avons fait un premier pas, en allant reprendre à Sichem des rouleaux de la Torah qui se trouvaient auparavant à Jérusalem et qu’on avait enterrés là-bas lors de l’arrivée des Tartares.

Maintenant la synagogue est debout et nous y faisons nos prières. Nombreux sont d’ailleurs les Juifs qui viennent à Jérusalem en va-et-vient continu, hommes et femmes de Damas, de Zova, de toutes les provinces d’Erets, pour voir le Saint Temple et pleurer sur lui.

Que celui qui nous a permis de voir Jérusalem en sa ruine nous permette de la voir dans sa reconstitution et sa restauration, lorsque la Gloire de la Che’hina y reviendra.

Et que toi, mon fils, ainsi que tes frères et toute ta famille, vous ayez le privilège de goûter la beauté de Jérusalem et la Consolation de Sion

JForum.fr avec divers sources (wikipedia)
Nahmanide - Wikiwand
Mis en page par NG
*projet que Na’hmanide n’a pu réaliser. Il est enterré à Acre.
Avraham Yaari, Igrot Erets Israël, p. 85
Traduction d’André Neher

 

Grave of Nahmanides in Hebron

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