VaYéTsé: la puissance de la volonté par le GR J. Ouaknin

Rien ne résiste à une volonté affirmée. Cette déclaration s‘applique à la volonté de vivre du peuple d’Israël selon sa vocation de peuple de Dieu, investi de la mission de répandre le nom de Dieu au sein de l’humanité. La vie de son fondateur Jacob en est une illustration.

Jacob écoute le conseil de ses parents et se met en route pour Harane, qui se trouve en dehors du pays d’Israël, lieu d’origine de la famille d’Abraham. Jacob est obligé de fuir pour échapper à la menace de mort, son frère Essav voulant le tuer,l’occasion aussi de trouver une femme et ainsi de ne pas épouser des filles de Canaan.

INTERVENTION DIVINE CONSTANTE.

La vie du peuple juif est à l’image de celle de nos patriarches dans laquelle la présence divine est permanente. En effet, il ne se passe pas d’événement sans qu’intervienne un miracle: Abraham est sauvé de la fournaise ardente dans laquelle il a été jeté pour avoir refusé de renoncer à sa foi en Dieu. Tous les événements depuis Abraham sont jalonnés de miracles, et tous ces miracles font suite à des actions de manifestations de fidélité au message divin malgré les dangers que devaient affronter nos ancêtres.

La présence divine s’est manifestée en Égypte et à la libération du pays de l’esclavage pour tous les Hébreux demeurés fidèles à la tradition d’espérance du salut, alors que les quatre cinquièmes de la population‘’juive’’ qui ont choisi de rester en Égypte, n’ont pas bénéficié du miracle de la libération et ont été anéantis  lors de la neuvième plaie des ténèbres, selon le Midrach. La traversée du désert est tout entière miracle dont n’ont pas bénéficié tous ceux qui ont douté des prophéties de Moïse ou qui se sont révoltés contre son autorité.

Mais les miracles ont toujours été conditionnés par la fidélité du peuple aux commandements divins, comme le respect du Chabbat. Ainsi, le non-respect du Chabbat a coûté la vie à l’homme qui a coupé du bois. Les miracles se sont poursuivis sur la terre d’Israël donnée en «héritage à l’assemblée de Jacob»: «Morasha kehilat Jacob».

LA TERRE D’ISRAËL

Dès le début de la vocation d’Abraham, Dieu demande à Abraham de tout quitter et de laisser Harane derrière lui, pour se rendre vers la Terre qu’Il lui indiquera. Nos Sage disent que Dieu n’a pas immédiatement révélé à Abraham de quelle terre il s’agissait, pour la rendre chère à ses yeux.

Mais dès qu’il y mit les pieds, Dieu lui dit «c’est cette terre que je te donne et que je réserve pour tes descendants en héritage.» Cette terre a ceci de particulier qu’elle est sainte et ne pouvait être destinée qu’à un peuple saint vivant selon lesdirectives de la Torah. La promesse de la Terre donnée aux trois patriarches est l’un des trois piliers sur lequel repose l’édifice du Judaïsme: la Torah, le peuple d’Israël et la terre d’Israël .

UNE NUIT DE RÊVE

Comme je l’ai dit plus haut, pour fuir son frère Essav qui projetait de le tuer, Jacob suivit le conseil de ses parents de se rendre dans sa famille à Harane. Il est important de souligner que Isaac a changé d’attitude  face à Jacob après le choix d’Essav de prendre des femmes de Canaan.

En route, le soleil s’est soudain couché et Jacob est obligé de passer la nuit sur place, ne sachant pas dans quelle contrée il se trouvait. La Torah nous donne alors un détail important: Il prit des pierres de l’endroit et les plaça sous sa tête, d’autres disent autour de sa tête pour se protéger des bêtes sauvages (Rachi). Détail que le Midrach commente en disant qu’il prit douze pierres représentant les douze tribus poursavoir si elles allaient former un seul peuple dans le futur, dans la continuité d’Abraham qui a introduit la notion d’amour de Dieu et d’amour du prochain (Hésséd leAvraham) et de celle de Isaac qui a mis l’accent sur la Crainte (Pahad), c’est-à-dire «la conscience que Dieu est amour (Hessed) mais qu’Il est aussi exigeant, qu’Il exige la rigueur.

L’amour et la crainte sont complémentaires et forment le socle sur lequel repose la foi juive.«Mais pour élaborer la synthèse de l’amour et de la crainte sur le plan individuel, il fallait une troisième dimension, celle de la vérité introduite par Jacob»( David Saada). Ainsi qu’il est écrit: קלאברהם , ופחד יצחקלאברהם , ופחד יצחדחסתתן אמת ליעקב :תתן אמת ליעקב :.Tu attribues la Vérité à Jacob,la bienveillance à Abraham(Michée 7,20)et la crainte à Isaac .Et c’est seulement lorsqu’il se réveilla qu’il se rendit compte qu’il était dans un lieu particulièrement saint, le lieu où son père Isaac avait failli servir de sacrifice en l’honneur de l’Éternel.

L’ÉCHELLE DE JACOB

La Torah donne maints détails de cette nuit au cours de laquelle Jacob rêva d’une échelle sur laquelle des anges montaient et descendaient, l’Éternel lui annonça que «la terre sur laquelle il était couché serait donnée à lui et sa descendance». On peut imaginer l’émotion de Jacob qui avait compris qu’il se trouvait en lieu qui n’était autre que la Maison de l’Éternel et la porte du ciel. Jacob se mit à prier, tout en élevant un autel de sacrifices en l’honneur de l’Éternel.

L‘échelle dont les pieds sont dirigés vers la terre et dont le sommet s’élance vers le ciel, symbolise la possibilité donnée à l’homme de s’élever spirituellement au-dessus des préoccupations matérielles et atteindre des sommets à force de volonté. Mais en voyant que Dieu se tenait au-dessus de l’échelle,Jacob comprit, qu’en définitive, la réussite n’est atteinte que par la grâce de Dieu et pas seulement parla force de l’ingéniosité humaine. En effet, beaucoup de personnes sont convaincus que toutes leurs acquisitions et leurs réussites matérielles sont le fruit de leur intelligence et de leurs efforts personnels en pensant et même en proclamant «Kohi ve’otsèm yadi…: «C’est ma force et la puissance de mon bras qui m’ont valu toutes ces richesses.»

En érigeant une Matséva, un monument, Jacob a voulu exprimer toute sa reconnaissance à l’Éternel pour toutes ses bontés à son égard et reconnaître que sa bonne étoile lui vient d’En Haut et que la puissance de la volonté humaine n’aboutit à rien sans la grâce divine.

LES VÉRITABLES JOIES DE LA VIE.

Jacob nous donne une grande leçon de vie par le vœu qu’il a prononcé en disant «Si Dieu est avec moi,s’il me garde dans la voie où je marche, s’il me donne du pain à manger et un vêtement pour me vêtir,que je retourne en paix à la maison de mon père, alors Dieu sera pour moi Eloqim»

Jacob demande tout d’abord une assistance divine pour son engagement dans la spiritualité qui est essentielle avant de solliciter une aide matérielle, un strict minimum pour subsister. La doctrine de Jacob se trouve formulée dans les Pirqé Avot par Ben Zoma:«ezéhou ‘ashir, quel est l’homme riche? Hasaméah behelqo «celui qui sait se contenter de son lot!». Ben Zoma n’interdit pas d’essayer d’avoir davantage,mais il insiste sur le fait de ne pas attendre d’avoir davantage de biens et de richesse pourêtre heureux,mais de profiter du temps présent et en remercier le Ciel,car il n’est pas certain que l’on en aura davantage.

L’héritage laissé par Jacob à sa descendance est de tourner constamment ses yeux vers le ciel, car c’est du ciel que vient le secours et le véritable bonheur.

Par GR Jacques Ouaknin

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