La tombe d’Ézéchiel fait renaître le passé juif en Irak

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La tombe d’Ézéchiel fait renaître le passé juif en Irak

PATRIMOINEL’islam reconnaît ce prophète dont le nom est mentionné à deux reprises dans le Coran. Les visions d’Ézéchiel constituent l’un des volumes les plus significatifs de l’Ancien Testament.

25/03/2020

 

Le lieu de sépulture du prophète biblique Ézéchiel, qui illustrait autrefois la diversité religieuse en Irak, a été restauré. Du temps de la coexistence, le site était le plus important centre de pèlerinage juif de l’Irak. La communauté avait pour coutume de se recueillir sur la tombe d’Ézéchiel, principalement entre le Nouvel An juif (Rosh Hashanah) et Yom Kippour. De même, la sépulture était considérée comme sacrée par les chrétiens, tandis que les pèlerins chiites croient que l’imam Ali s’y est rendu quelque temps avant sa mort en 661.

Le prophète biblique Ézéchiel ou Dhul Kifl – le nom qui lui est donné dans le Coran – a vécu à Jérusalem avant d’être déporté en Chaldée par Nabuchodonosor II. Il est décédé en 569 avant notre ère à Kifl, près de Najaf, où la tradition dit qu’il a été enterré. Mais son sanctuaire ne sera construit que bien des siècles plus tard. Une tour spectaculaire en forme de cône de 20 mètres de haut, orné de mouqarnas, des motifs ornementaux de l’architecture islamique, appelés aussi nids d’abeilles, accueillera sa sépulture au VIIe siècle.

À l’intérieur, au-dessus de la porte de la salle abritant la tombe, une inscription en hébreu indique : « Voici le lieu de sépulture de notre maître Ézéchiel. » Sous une coupole, la tombe vieille de 2 600 ans est drapée d’un tissu vert portant l’inscription en arabe Que la paix soit avec Ézéchiel. Des tapis verts tapissent le sol.

Les murs en pierres apparentes sont recouverts de motifs floraux, de carreaux turquoise en forme d’étoile et ponctués de dessins de bougies à trois branches et d’une menorah, le chandelier à sept branches des Hébreux, dont l’esquisse fut prescrite dans le livre de l’Exode, pour devenir un des objets cultuels du Tabernacle et, plus tard, du Temple de Jérusalem. C’est le plus vieux symbole du judaïsme, mais également le plus important bien avant l’étoile de David, apparue tardivement. Depuis 1949, la menorah forme les armoiries de l’État d’Israël et figure sur tous ses documents officiels.

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La tour du prophète côtoie un minaret

Le dôme abrite trois autres salles. La première est une ancienne synagogue aux murs peints, par endroits, de prières extraites de la Torah. La seconde, dont les parois sont décorées de motifs floraux, est réservée au cénotaphe, monument funéraire érigé en l’honneur du prophète, et devant lequel le calife Ali, gendre de Mahomet, se serait recueilli. La dernière pièce abrite quatre tombes recouvertes de draps verts. Ici reposent les disciples d’Ezéchiel, emprisonnés avec lui en 597 av. J.-C., après le second Exode. Le mausolée aurait été construit sur l’emplacement de leur prison, selon certains historiens.

La tombe d’Ézéchiel fait partie d’un complexe comprenant la mosquée al-Nukhailah et son minaret décoré de briques sculptées et de calligraphies en style coufique. Ils ont été érigés en l’an 1316 sous le règne du sultan Ilkhanide Uljaytu (1304–1317), l’un des descendants de Gengis Khan et de Hülagü, une dynastie qui a régné sur l’Irak, le Caucase, certaines parties de l’Asie mineure et tout l’Iran. Selon la cinéaste et journaliste correspondante de France 24 à Beyrouth, Leila Molana Allen, la menorah et les inscriptions en hébreu ont été recouvertes par des couches de chaux, à l’époque de Saddam Hussein. Mais elles ont depuis été restaurées. Et les murs restent richement décorés de textes hébreux.

Après plus de 2 000 ans de cohabitation, il n’y a pratiquement plus de juifs en Irak. Au milieu du XXe siècle, le pays en recensait environ 150 000. Les vagues importantes de départs ont eu lieu au début des années 1950, puis dans les années 1970, à la suite des guerres israélo-arabes.

« Depuis l’occupation américaine en Irak en 2003 et la chute du régime de Saddam Hussein […], les autorités irakiennes se sont engagées à réaménager l’ancienne partie d’al-Kifl et le complexe funéraire, qui se trouvait dans un état de désintégration », écrit Zvi Yehuda, directeur de l’institut de recherche du Babylonian Jewry Heritage, créé en 1973 pour protéger ce patrimoine.

Le complexe bénéficie aujourd’hui d’un effort de préservation financé par divers organismes, notamment par le Bureau des dotations chiites irakien, le gouvernorat de Babel et le département des Affaires techniques. Néanmoins, les autorités du site affirment avoir besoin de fonds supplémentaires – qui se chiffrent en millions de dollars – pour la poursuite des travaux de réhabilitation, de restauration et d’agrandissement.

Selon Haytham Alkhafaji, le gardien du sanctuaire, « les fonds publics ne suffisent pas pour goudronner la route menant au complexe ou pour améliorer les installations touristiques afin d’en faire un véritable centre d’attraction pour les juifs, les chrétiens et les musulmans du monde entier ».

4 COMMENTS

  1. Je suis très content qu’un site historique aussi important soit restauré. J’aime particulièrement les prophéties d’Ézéchiel, et la résilience du personnage.

  2. Je n’accepte pas le terme d’ancien testament
    Il y a la THORA le TANACH qui sont toujours d’actualité
    Et puis il y a les évangiles
    Les goïms ont toujours voulu un ancien et un nouveau testament
    Mais ne tombons pas pas dans cette dichotomie
    Ne transformons pas notre Thora en ancien testament

    • L’article est signé selon sa source? EN BAS D4ARTICLE : l’Orient-le-Jour, qui est un journal libanais, il n’a pas été écrit par des Juifs pour des Juifs.

    • Je suis d’accord avec toi Joseph. Cette vision humaniste des écritures, n’a rien de divin.
      je préfère l’explication du Meam Loez.

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