La Kahena, une reine judéo berbère. Par Pierre Mamou

Comment la Kahena arrive au pouvoir ? L’arrivée des Juifs en Afrique du nord est probable dés la création de Carthage par les Phéniciens huit siècles avant l’ère commune. Phéniciens et Hébreux étaient très proches, aussi par leur langue.

Il est attesté que des membres de la tribu de Zabulon grands navigateurs accompagnaient les Phéniciens à Tarchich mentionné dans des écrits comme se trouvant dans une région supposée de l’ Afrique du nord. De même après la destruction du premier temple de Jérusalem sept siècles avant l’ère commune de nombreux Juifs arrivèrent dans l’ile de Djerba  et y vivent en toute quiétude  jusqu’à aujourd’hui  avec les Musulmans locaux descendants de Berbères.

La présence Juive est certaine au début de l’ère chrétienne en Lybie, en Tunisie, en Algérie et au Maroc par les nombreuses traces archéologiques , des plaques funéraires en hébreu à Volubilis au Maroc à la découverte de l antique synagogue de Naro à Hammam Lif ,ainsi que des pierres tombales à Gammarth prés de Tunis.

D’importants textes latins avant l’Islam parlent de la présence Juive à coté de Berbères judaïsant selon Saint Augustin, Tertullien, Saint Cyprien etc. .

De nombreuses tribus berbères judaïsées  vivaient harmonieusement avec les Juifs selon le célèbre historien et sociologue Arabe Ibn Khaldoun On a découvert de nombreuses nécropoles puniques et juives construites de la même façon et différemment de celles païennes des Berbères . Ces mêmes nécropoles existent dans les régions non occupées par les Phéniciens et attestent de la seule présence Juive en pays Berbère.

La Kahena, belle et fougueuse

Au septième siècle de l’ère Chrétienne plusieurs milliers de cavaliers Arabes envahirent l’Afrique du nord. C’est là qu’apparut une reine Juive Berbère la Kahéna, son père Thabet mourut lors d’une bataille contre les envahisseurs Musulmans.

La Kahena sa fille unique trouva refuge dans le maquis des Aurés au milieu de sa tribu Djerawa. Elle était belle, fougueuse, bonne cavalière, habile à l’arc et de confession Juive, elle prend la tète de la résistance et fédère les tribus berbères qui refusent de se soumettre aux Arabes comme jadis elles s’étaient dressées contre les Romains et les Byzantins. Plusieurs légendes contestent sa pratique du judaïsme et qu’elle serait chrétienne, mais elle vivait à une époque où le christianisme avait été adopté par de nombreux Berbères judaïsés !

Son adresse,son courage, l’aura mystique qu’elle dégage en temps de guerre comme en temps de paix font d’elle une reine redoutée et incontestée.

Le calife Abd el Melek fit parvenir à Hassan ibn-en-Noomane el-Ghassani gouverneur de l’Egypte, l’ordre de porter la guerre en Ifriquiya…la Tunisie actuelle. El-Hassan se mit en marche, entra dans Kairouan puis emporta d’assaut la ville de Carthage. Après cette victoire, il demanda quel était le prince le plus redoutable parmi les Berbères, et ayant appris que c’était la Kahéna, femme qui commandait à la puissante tribu des Djéraoua, il marcha contre elle.

Mais cette dernière mena ses troupes contre les Musulmans et, les attaquant avec un acharnement extrême, les força à prendre la fuite après leur avoir tué beaucoup de monde. La Kahéna rentra dans son pays avec un jeune prisonnier Arabe du nom de Khalid qu’elle sauva d’une mort certaine en l’adoptant et continua pendant cinq ans à régner sur l’Ifriqiya.

Abandonnée par ses alliés

Mais Hassan revint en Afrique du nord à la tête de nombreux renforts. A  son approche, la Kahéna fit détruire toutes les villes et fermes du pays, depuis Tripoli jusqu’à Tanger. Mais elle fut abandonnée par ses alliés qui virent avec un déplaisir extrême la destruction de leurs biens…Trahie par le jeune Khalid qui renseigna les armées Arabes, elle fut battue et tuée dans le Mont-Aurès. Décapitée, sa tête fut envoyée dans un coffre en cèdre comme trophée à Damas.

Son peuple aura une amnistie générale à condition d’embrasser l’Islam et de livrer 12000 soldats qui seront capables d’aller faire la guerre au loin et d’envahir ainsi et de conquérir l’Espagne. Plusieurs milliers de cavaliers Arabes réussirent ainsi à imposer l’Islam à des millions de Berbères.

Grace au pacte d’Omar les « gens du livre » Al el Kiteb Juifs et Chrétiens furent tolérés en terre d’Islam à la condition de devenir des dhimmis soumis à des vexations et des impôts particuliers. Les Berbères judaïsés n’eurent pas d’autres choix que se convertirent à l’Islam.

Les Berbères christianisés conservèrent majoritairement leur foi jusqu’au 12 ème siècle jusqu’à l’arrivée des Almohades fanatiques islamistes qui les obligèrent à se convertir à l’Islam et le christianisme disparut définitivement de l’Afrique du nord.

Les communautés Juives reconnues par le pacte d’Omar comme gens du Livre, Al el Kiteb furent tolérées sous le statut avilissant et dégradant de Dhimmi avec de multiples interdictions et l’obligation de payer un impôt spécifique :la Jezya.

Recherche ADN

Des recherches ADN prouvent que les populations Musulmanes d’Afrique du nord aujourd’hui ne sont qu’à 5% d’origine arabe moyen-orientale, et ont même de l’Adn Juif suite aux nombreuses conversions imposées aux. Juifs durant les siècles.

Par contre les communautés Juives d’Afrique du Nord sont selon l’ADN originaires très majoritairement de la Judée moyen-orientale. Une recherche ADN spécifique faite sur des Juifs de Djerba a constaté que leur adn était identique aux Juifs Achkenazes de Pologne, prouvant ainsi l’unicité de ces deux rameaux du judaïsme qui s’étaient exilés après la destruction de Jérusalem par les Romains il y a 2000 ans

Mais la Kahéna est toujours vivante aussi bien dans le corps des femmes tatouées dans tout le Maghreb, que dans les mémoires ;elle est aujourd’hui considérée comme le symbole de l’Amazighité, figure représentative de l’histoire comme de l’identité des Amazighs, hommes libres et nobles.

Beaucoup de Berbères, de Kabyles, de Chaouis revendiquent aujourd’hui leur proximité passée avec les Juifs, malgré leur arabisation et leur identification comme Arabes et souhaitons qu’ils seront le pont nécessaire de la réconciliation prochaine entre tous les fils d’Abraham.

  

Pour en savoir plus lire, le livre de Didier Nebot : La Reine des sables aux éditions Erickbonnier parution prévue en juin 2021.

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