Josy Eisenberg, notre père: ses fils racontent

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Le 9 janvier seront célébrés les Chlochim de la disparition du Rabbin Josy Eisenberg. LPH a tenu à lui rendre un hommage appuyé à cette occasion.

Le Rabbin Josy Eisenberg a été marié plusieurs fois. Il a eu quatre enfants: trois garçons (Marc, Eric et Nathanaël) et une fille Muriel, décédée en 2010.

Avant d’être le Rabbin, le présentateur télé, le producteur que le grand public connait et regrette déjà, Josy Eisenberg était un père. LPH a recueilli le témoignage de ses trois fils qui apporte un éclairage encore différent sur cette personnalité qui avait donné l’impression de faire partie de tous les foyers juifs.

 

Un père complice

Marc est l’aîné des enfants du Rabbin Josy Eisenberg. Quand on évoque avec lui son enfance auprès de son père, deux souvenirs lui remontent: « A partir de l’âge de 5 ou 6 ans, j’allais tous les shabbat matin à la synagogue de la rue Sainte Isaure avec mon père. Notre trajet durait une demi-heure pendant laquelle après m’avoir dit quelques paroles de Torah, mon père me parlait de sport. Le sport était sa grande passion, il était touché par ce virus! Il était un athlète. J’ai retrouvé dans sa bibliothèque un texte qu’il avait écrit dans lequel il dit qu’il aurait voulu être footballeur, mais que la communauté juive ayant besoin de Rabbin, il s’était dirigé vers cette carrière.

Je me souviens aussi que lorsque nous allions en vacances à Nice, dans la famille de ma mère, mon père chantait à tue-tête des chansons françaises pendant tout le trajet en voiture! Cette joie de vivre, son humour le caractérisaient. Il ne pouvait pas s’empêcher de raconter des blagues ou de faire des traits d’humour. Il a même piégé sa propre mère au téléphone pour lui faire une blague! ».

Son cadet, Eric, décrit aussi sa relation avec lui comme une relation proche, teintée du respect que l’on doit à son père et de l’admiration pour son œuvre. Il souligne la grande ouverture qui caractérisait son père:  »Nous jouions au tennis, nous regardions les matchs de foot, nous parlions de philosophie juive, de Torah, de la bourse, de l’actualité. Mon père n’avait pas de tabou et possédait une culture encyclopédique. Tout l’intéressait ». Eric a intégré la prestigieuse école Normale Supérieure en mathématiques.  »Les études étaient importantes pour notre père. Lui-même faisait figure d’exception parmi ses pairs, vue sa formation universitaire. Même s’il ne comprenait pas trop ce que je faisais, il était très fier. Je me souviens que lorsque j’avais 17 ans, il a fait venir chez nous Jacques Attali pour qu’il m’explique les différences entre l’Ecole Normale et l’Ecole polytechnique ».

Pour Nathanaël, le plus jeune de ses enfants, Josy Eisenberg était un père qui donnait beaucoup d’amour et qui était juste:  »Il savait avoir une relation spécifique avec chacun de ses enfants. Nous avions une relation très profonde, très intellectuelle aussi. Nous communiquions beaucoup autour de nos idées, de la Torah et toujours avec de l’humour. Notre père passait beaucoup par l’échange d’idées, le partage, le besoin de débattre. Jamais il ne s’énervait, même s’il n’était pas d’accord. Il savait écouter ».

Il était aussi un père attentif et attentionné. Marc se souvient:  »Il faisait de la télévision, mais nous n’avions pas le droit de la regarder beaucoup! Il surveillait nos heures de sortie et de rentrée. Une fois j’étais à un conseil des chefs du mouvement Yechouroun, je suis donc rentré tard. Il m’a questionné: qu’as-tu fait? Un conseil des chefs? Y avait-il une secrétaire présente? Je lui répondis par l’affirmative. Quelle était la couleur de ses yeux? m’a-t-il alors demandé… Je ne sais pas, lui ai-je rétorqué. Alors ça va, me dit-il »!

Dans sa vie quotidienne, ce père complice était aussi particulièrement généreux avec ses proches et avec tous ceux qui tendaient la main. Sûrement était-ce parce que la justice lui tenait à cœur que Josy Eisenberg a donné à ses enfants cette image d’un homme au grand cœur.  »Il s’agissait chez lui d’un combat personnel et quotidien plus qu’une prise de position pour des grandes causes mondiales », nous fait remarquer Eric.

Josy Eisenberg a aussi transmis à ses enfants l’amour d’Israël qu’il portait en lui:  »Son émission avait des teintes sionistes », note Marc,  »Il a interviewé Ben Gourion, il est venu tourner au Kotel dès le lendemain de la Guerre des Six Jours. Lorsque Ben Gourion est venu à Strasbourg, c’est lui qui a fait l’interprète, non sans un certain humour… Il était très heureux que ma sœur Muriel, z »l, ait choisi de vivre en Israël ».

Le Gd Rabbin Josy Eisenberg et ses fils Eric (à gauche) et Marc (à droite)

Un père célèbre

Grandir avec un père qui passe à la télé, comment le vit-on? Les trois fils Eisenberg ont tous la même réponse:  »On ne s’en rend pas compte quand on est petit. Puis on voit les gens qui le reconnaissent, qui le saluent et on comprend ». Marc et Eric, nés dans les années 50 ont connu les débuts:  »Beaucoup de gens n’ont pas idée du choc qu’a créé l’émission à ses débuts », nous explique Marc,  »Un Rabbin sans accent et sans barbe qui parle de Torah à la télévision et qui évoque toutes sortes de sujets… ». Eric le rejoint:  »Dans les années 60-70, on ne savait pas qu’un rabbin pouvait ressembler à cela! Je me souviens de la réflexion de Jean Yanne dans les Dossiers de l’Ecran, quand il s’est exclamé qu’il ne savait pas qu’un Rabbin comme ça pouvait exister »!

Eric reconnait avoir vécu des moments de fierté:  »Je me rendais compte de son talent d’orateur, de sa profondeur, de son humour. A titre personnel, j’ai vraiment pris conscience de l’ampleur de son œuvre quand, en 2012, j’ai passé un été à choisir dans les archives de l’INA des passages pour les 50 ans de son émission ».

Leur père fréquentait des grands de ce monde, de David Ben Gourion à Emmanuel Levinas en passant par des personnalités politiques et rabbiniques. Pour autant, ils nous disent que jamais ils n’ont senti le moindre orgueil ou la moindre fierté de sa part.  »Mon père était quelqu’un de très simple », se souvient Nathanaël,  »Ses goûts étaient simples: la Torah, sa famille, ses amis, la moto et le sport ».

Eric nous confie que jamais il ne s’est vanté d’avoir reçu telle ou telle personne:  »Il nous racontait, en revanche, volontiers des anecdotes issues des discussions qu’il pouvait avoir avec les uns et les autres. Quand il a reçu la Légion d’Honneur des mains de François Mitterand, il a résumé la cérémonie avec humour et sans prétention:  »Il est très difficile pour un Rabbin de recevoir une décoration sans pouvoir prononcer la moindre parole », puisque le protocole interdit aux personnes décorées de faire un discours ».

 

Un père ouvert et heureux

Si le côté ouvert du Rabbin Josy Eisenberg transparaissait dans ses émissions, ses fils nous confirment qu’il était une personne à la réflexion profonde, qui ne se laissait dicter ses idées par personne. « Même s’il a été inspiré par certains Rabbins, notamment le Rav Adin Steinsaltz, il s’est fait tout seul », témoigne Eric,  »Il n’était pas du genre conformiste, chez nous, la notion de guide ou de maitre à penser n’existait pas ». Marc le décrit même comme un Rabbin qui n’avait pas peur de dire qu’il fallait sans cesse réinventer le judaïsme, qui comprenait que l’on ne puisse pas pratiquer aujourd’hui comme on le faisait il y a des centaines d’années.  »Pour lui, on pouvait être religieux tout en pensant que le judaïsme pouvait évoluer. Cela se ressentait dans son approche à beaucoup de sujets et en tête celui des conversions. Il était en désaccord total avec la façon dont on accueillait les candidats à la conversion ».

Marc poursuit:  »Il venait d’une famille orthodoxe et avait vécu la Shoa. Mais il refusait d’en parler, il ne supportait pas le « judaïsme de la Shoa », le Juif qui ne vivait que par le regard des antisémites même si son voyage à Auschwitz dans les années 60 l’a beaucoup marqué ». Nathanaël renchérit: « La Shoah était une de ses grandes questions mais il ne vivait pas avec comme un poids, il refusait la victimisation. Nous ne l’avons jamais entendu se plaindre. Il était érudit et complexe et surtout profondément heureux ».

Ses enfants reconnaissent que l’ambiance générale en France ces dernières années ne l’enchantaient pas, lui qui a placé sa vie sous le signe de l’entente entre les religions. Mais, ils nous disent qu’il n’était pas du genre à s’attarder sur des sujets d’inquiétude.  »Il allait de l’avant, toujours et n’avait pas de regret. C’est pour cela que sa vie a été belle », estime Nathanaël.

Le Gd Rabbin Josy Eisenberg et son fils Nathanaël

L’influence du père

Nous avons demandé aux trois fils du Rabbin Josy Eisenberg, ce qui dans leur personnalité avait le plus été influencé par la personnalité de leur père.

Ils revendiquent tous avoir réussi à se construire, certes avec l’image de leur père, mais de façon indépendante, comme le soulignent Eric:  »Nous tenons de lui, nous avons nos propres idées » ou Nathanaël:  »Lorsque j’ai fait ma bar-mitsva, on m’a dit que j’avais un nom et qu’il allait falloir que je me fasse un prénom. Je pense que nous nous sommes tous réalisés ».

Pour Marc, c’est son identité juive qui a été le plus marquée par son père.  »Ce qu’il a fait ressemble à une phrase du Rabbin Elie Benamozegh repris par Levinas:  »le particularisme est un moyen, l’universalisme est la fin ». Nous ne sommes pas supérieurs aux autres peuples. Nous devons, avec eux, bâtir un monde meilleur. Pour cela nous devons tirer les bonnes leçons de la Torah ». Il a aussi hérité de son amour du sport, puisqu’il s’investit dans le monde sportif depuis des années et qu’aujourd’hui, à côté de ses occupations d’homme d’affaires et de Président fondateur de Qualita, il est le Président du Club d’athlétisme de Jérusalem.

Eric, lui, pense, « en toute humilité », dit-il, avoir hérité de lui sa façon de s’exprimer, « savoir comment mettre en avant ses idées et utiliser l’humour comme force de conviction. Et sa liberté. D’une manière générale, mon père a toujours fait ce qu’il voulait ».

Nathanaël retiendra son goût du travail:  »Il était un travailleur acharné et passionné », mais aussi l’humour et le fait de savoir suivre son chemin sans se soucier du qu’en dira-t-on.

 

Et maintenant?

Eric nous raconte qu’il a été très touché des nombreuses marques d’affection et d’admiration après le décès de son père.  »En particulier les messages manuscrits, souvent envoyés par des personnes non-juives. Une femme du nord de la France nous a écrit pour nous dire qu’elle avait toujours suivi notre père et elle nous demande comment faire pour savoir si elle a des origines juives. Mon père pensait que si les non-Juifs connaissaient mieux le judaïsme alors il n’y aurait plus de Shoa ».

« Mon père faisait partie d’une génération qui a fait des études bien plus approfondies qu’aujourd’hui », souligne Marc,  »Il connaissait parfaitement la matière qu’il exposait. De nos jours, c’est rare ».

Nathanaël conclut en disant que pendant toute sa vie, il a été élevé dans la préoccupation de l’émission hebdomadaire de son père.  »Aujourd’hui on peut se demander qui va la reprendre en réussissant à exprimer les différentes facettes qu’il apportait ».

 

Les Chlochim du Grand Rabbin Josy Eisenberg, z »l, auront lieu le mardi 9 janvier à 19h en la synagogue Ohel Nehama, 3 Rehov Chopin, Jérusalem

 

Guitel Ben-Ishay

2 COMMENTS

  1. J’adorais ses émissions et en ai enregistré beaucoup sur cassettes VHS. Certaines m’ont servis à mieux préparer des cours que je donnais dans un séminaire universitaire. De même pour les préparations de Hannouca ou Pessah que je fête depuis longtemps et de façon approfondie avec des non-Juifs. Je me demande aussi comment se décidera la succession du rabbin et quelles seront les préférences de l’héritier (alors que je le voudrais très éclectique, très curieux et brillant). Je me demande s’il était déjà veuf ou si sa dernière épouse lui survit. Cela vaudrait la peine que ces trois fils soient montrés et interrogés sur leur père à une des prochaines émissions juives de France 2. Je voudrais aussi et prioritairement savoir comment obtenir des enregistrements qui seraient en vente de ses émissions.

  2. Comme je l’ai indiqué sur ce forum sur le sujet : ” JOSY EISENBERG Z’l LAISSE UN VIDE IMMENSE, j’ai été très touché (et le suis encore) par le départ trop rapide de Josy. Son émission ” La Source de Vie ” diffusée chaque dimanche sur France 2 était suivie par de nombreux chrétiens tant il était simple et avait le respect de ses invités . Pour moi qui ne comprend pas l’hébreu, il savait mettre en sous-titre la correspondance de chaque mot hébreu important.

    Il disposait d’une certaine gouaille et ne manquait pas d’humour, preuve en est ses deux livres ” Mots de tête ” et ” Ma plus belle histoire d’humour ” (un régal d’humour à lire absolument, bien que le second soit épuisé chez tous les éditeurs).

    Son fils Nathanaël, (qui vit aux Etats-Unis, si je ne me trompe) était venu le voir quelques jours avant que Josy nous quitte et ….. Vous en saures plus en regardant cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=fo41eQQHKKw

    Il est un rabbin que Josy invitait assez régulièrement et que j’aime aussi beaucoup car ils formaient tous deux un binôme ou chacun faisait la complémentarité de l’autre en parlant de la Bible. Il s’agit du Rabbin Jacky MILEWSKI. Petite vidéo pour celles et ceux qui ne le connaissent pas : https://www.youtube.com/watch?v=vP4DNWHdAYo

    Repose en Paix, Josy, au Mont des Répits à Givat Shaul (un cimetière de Yerushaláyim). Oui Josy, repose en Paix car l’Éternel préservera Israël de toute agression.

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