15 août : les paroisses de France invitées à lire la lettre de Mgr Saliège .

« Les Juifs sont nos Frères » :  la lettre de Mgr Saliège relue 80 ans après dans les églises

À la suite du grand rabbin de France le 16 juillet pour les synagogues, le président de la Conférence des évêques de France a suggéré aux évêques de faire lire la protestation solennelle de Mgr Saliège de 1942 dans les églises lors des messes du 15 août. Un texte poignant et décisif.

Le 23 août 1942, Jules Saliège est le premier évêque français à condamner les grandes rafles de juifs orchestrées par la police française et l’occupant nazi durant l’été. Il fera lire cette « lettre pastorale » par les curés de son diocèse lors de la messe dominicale. Et il sera suivi de quatre de ses confrères de la zone libre.

 Des scènes d’épouvante »

« Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, (…) il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle, tonne l’évêque de Toulouse, qui dicte son texte au dactylographe avant de le prononcer en chaire. Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t-il plus ? Pourquoi sommes-nous des vaincus ? »

« Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou, poursuit-il. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »

« Un texte qui est un appel aux consciences face aux rafles dont étaient victimes les Juifs. Un véritable « 18 juin spirituel » », a commenté sur Twitter Christophe Le Sourt, prêtre responsable du Service national pour les relations avec le judaïsme à la CEF.

« 18 juin spirituel », l’expression est celle que Maurice Schumann adresse au jésuite Pierre Chaillet, fondateur du mouvement résistant Témoignage chrétien, dont nous nous faisions l’écho dans une enquête sur les paroles et les silences des Eglises face à la Shoah.

Parmi les évêques français, seuls cinq ont officiellement condamné les persécutions contre les juifs. Mais ces cinq voix, dont la première fut celle de Jules Saliège le 23 aout 1942, ont eu un certain retentissement dans la population française et ont réellement inquiété le régime de Vichy qui guettait les mouvements d’humeur des Français comme l’huile sur le feu. Qu’en aurait-il été si tous les évêques avaient protesté unanimement ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a suggéré de lire dans les églises lors de la messe de l’Assomption lundi 15 août, la lettre de Mgr Jules-Géraud Saliège. Une manière de commémorer les 80 ans du texte du cardinal de Toulouse, lu le 23 août 1942, qui s’élevait contre les déportations des Juifs.

Les hommages à Mgr Jules-Géraud Saliège et à sa prise de position contre les déportations de Juifs durant l’Occupation se multiplient à l’occasion des 80 ans de sa lettre pastorale. Après les synagogues de France qui l’ont lue le 16 juillet, lors des commémorations de la rafle du Vél’ d’Hiv, les paroisses catholiques ont été invitées à lire à leur tour l’appel de l’ancien archevêque de Toulouse, durant la fête de l’Assomption, lundi 15 août.

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF), en lien avec le conseil permanent de la CEF, a ainsi appelé les évêques français à ne pas oublier la mémoire de Mgr Saliège, dont la lettre a été lue dans le diocèse de Toulouse, le 23 août 1942. Une invitation dont s’est fait écho le père Christophe Le Sourt, directeur du Service national pour les relations avec le judaïsme à la CEF.

« Cette voix mérite de retentir encore »

« La voix du cardinal Saliège a atteint beaucoup de cœurs et d’esprit, et encouragé une authentique résistance aux mesures inhumaines prises par le gouvernement et exécutées par la police. De nombreux Juifs ont trouvé abri dans des monastères, des couvents, des maisons religieuses, des presbytères, chez des fidèles. À quatre-vingts ans de distance, cette voix mérite de retentir encore », ont relayé différents diocèses de France en écho à l’initiative de Mgr de Moulins-Beaufort.

L’archevêque de Reims avait déjà évoqué la mémoire de Mgr Saliège lors de son discours de clôture de la dernière Assemblée plénière des évêques de France, le 8 avril. « Le 15 août prochain, nous pourrons rendre grâce à Dieu pour la protection de Notre Dame sur notre pays et en renouveler la consécration, en suppliant pour que de nombreux Saliège ou Théas se lèvent, de nombreuses Thérèse Dauty, lorsqu’il le faut », affirmait-il.

« Juste parmi les nations »

Cette initiative de l’Église de France s’inscrit dans la suite de celle du grand rabbin de France, Haïm Korsia, qui a appelé à lire la lettre de l’ancien archevêque de Toulouse, lors du shabbat, le 16 juillet, à l’occasion des commémorations des 80 ans de la rafle du Vél’ d’Hiv. « Qu’un texte d’une autorité chrétienne soit lu lors d’un office religieux dans des synagogues, c’est une première », avait alors commenté l’entourage du responsable religieux de la première communauté juive d’Europe.

La lettre pastorale de Mgr Saliège fut l’un des premiers – et rares – actes de protestation publique d’une autorité religieuse chrétienne à l’été 1942, après la rafle du Vélodrome d’Hiver, à Paris, en zone nord occupée. « Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle », écrivait-il. Mgr Saliège a été reconnu comme « Juste parmi les nations » en 1969.

Cette initiative, expression d’une fraternité retrouvée, mérite d’être saluée. Elle est le résultat d’un long cheminement de l’Eglise pour retrouver une humanité derrière toute conviction religieuse, dans laquelle l’amour de Dieu reste indissociable de l’amour de l’Homme. L’amour de Dieu, et la haine de l’homme, engendrant la barbarie. Par contre on peut regretter qu’un grand nombre de synagogues lors du shabbat, le 16 juillet, n’est pas eu une conduite responsable, en ommetant de lire le message en question.

La Croix et Jforum

1 COMMENTAIRE

  1. Seuls 5 évêques français ont condamné publiquement les persécutions contre les Juifs, et seulement à partir de l’ été 1942. N’est-ce pas là, la preuve de l’hypocrisie et la lâcheté des gens d’église qui ont refusé de reconnaître aux Juifs l’absolutisme des droits naturels donnés par Dieu, et clairement précisés dans les eser devarim, droits naturels par lesquels Saliège commence sa lettre? Beaucoup devaient certainement jouir sans limites, de voir ainsi les Juifs, hommes, femmes, enfants et vieillards, raflés pour être déportés et assassinés. A côté de 41 millions de pétainistes, il n’y a pas eu 3000 justes et 40.000 résistants en mars 1944. Et la Libération, les Juifs déportés sont revenus en France embrasser leurs bourreaux, au lieu de partir ailleurs. Rahem!

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