Le ravin de la mort

 

La tragédie débute dix jours après l’entrée des troupes allemandes dans Kiev, la capitale de l’Ukraine soviétique. La ville compte alors 900 000 habitants dont 120 000 juifs environ.

Les Allemands, qui ont occupé Kiev le 19 septembre 1941, avaient alors diffusé des affiches en ukrainien ordonnant « à tous les juifs » de « se rassembler le 28 septembre vers 8 heures du matin, veille de Yom Kippour,  à Babi Yar, au croisement des rues Melnik et Dokterivska » avec leurs papiers d’identité, de l’argent et des vêtements chauds. « Celui qui désobéira à cet ordre sera fusillé », prévenait le texte, perçu à Kiev comme l’annonce d’une déportation.

Croyant à un départ vers un camp quelconque, les juifs se présentent au lieu de convocation avec leurs valises et leurs papiers d’identité. Quand les Allemands et leurs acolytes les dépouillent de leurs biens et déchirent leurs papiers, ils devinent très vite ce qui les attend mais n’ont pas le temps de réagir.

Par groupes de dix, ils sont poussés entre deux haies de soldats qui les frappent de toutes leurs forces, entraînés vers le bord du ravin et obligés de se dénuder.

Certains sont massacrés à la mitrailleuse et tombent sur ceux qui les ont précédés.

D’autres sont obligés de se coucher au fond du ravin sur les cadavres et sont abattus d’une balle.

Beaucoup, qui n’ont été que simplement blessés, gémissent pendant de longues heures avant que la nappe de corps ne soit recouverte de chaux.

Raïssa Maistrenko, une rescapée,  témoigne en 2016

« Nous avons été rassemblés ici et envoyés vers le chemin de la mort », raconte Raïssa Maistrenko, pointant du doigt un vallon recouvert de gazon à Kiev, théâtre il y a 75 ans de l’un des pires massacres de la Seconde Guerre mondiale.

Elle n’est alors âgée que de trois ans lorsque les 29 et 30 septembre 1941, près de 34.000 Juifs sont tués par balles par les nazis aidés par des miliciens ukrainiens au ravin de Babi Yar.

Personne ne pouvait imaginer qu’il allait y avoir une exécution de masse », raconte à l’AFP Raïssa, dont la survie relève du miracle.

Je suis Russe!

Son père avait été enrôlé dans l’armée soviétique et elle vivait avec sa mère dans l’appartement de ses grands-parents paternels, des Ukrainiens non juifs.

A l’annonce du rassemblement à Babi Yar, le grand-père essaie de convaincre la partie juive de la famille de ne pas s’y rendre, promettant de les cacher. En vain.

Le grand-père maternel, Meer, préfère suivre les consignes et rassemble la famille, dont Raïssa et sa mère Tsilia, pour se rendre vers le ravin.

La grand-mère paternelle, ukrainienne, de Raïssa veut alors accompagner sa petite-fille. Elle lui sauvera la vie.

Lorsque des tirs retentissent non loin du ravin, la grand-mère comprend qu’il ne s’agit pas d’une évacuation mais bien d’exécutions sommaires. Elle agrippe sa petite-fille et se met à crier: « Je suis Russe! ». Elles fuient en courant la zone et s’en sortent malgré les tirs des soldats.

« On entendait des tirs derrière nous mais ma grand-mère a continué à courir aussi longtemps qu’elle a pu avant de s’arrêter, épuisée, au milieu des tombes du cimetière avoisinant », raconte Raïssa.

Pendant ce temps, 18 membres de sa famille, dont sa mère, périssent à Babi Yar.

La grand-mère et sa petite-fille restent là jusqu’au coucher du soleil puis rentrent de nuit chez elle. Personne ne les dénonce.

« Il y avait deux grandes maisons dans notre cour avec des familles multi-nationales, mais toutes étaient très amicales les unes envers les autres », se rappelle Raïssa.

L’Ukraine va commémorer cette semaine les 77 ans du massacre de Babi Yar.

« C’est impossible d’oublier de telles choses », résume cette dame aujourd’hui âgée de 80 ans et qui dirige encore une compagnie de danse pour enfants.

Au cours des mois suivants, les autres juifs de Kiev et beaucoup d’autres Ukrainiens vont être tués à leur tour et jetés dans le ravin, à raison de deux jours de tuerie par semaine. Au total, c’est plus de 90 000 personnes qui périront ainsi à Babi Yar. Le site, aujourd’hui boisé, est devenu un lieu de mémoire et de recueillement.

Le carnage des 29 et 30 septembre 1941 a été révélé lors des grands procès de Nuremberg (sud de l’Allemagne), mais l’URSS, dont l’Ukraine faisait partie, a toujours cherché à minimiser le drame pour ne pas avoir à admettre que les victimes étaient juives.

Dina Pronicheva à la barre des témoins, le 24 janvier 1946, lors d’un procès pour crimes de guerre à Kiev contre quinze membres de la police allemande responsable de la région occupée de Kiev .

Pendant des décennies, les rassemblements de commémoration furent interdits dans le ravin.

Un monument construit à Babi Yar en 1976 est consacré aux « citoyens et prisonniers de guerre soviétiques », sans aucune mention des victimes juives.

En 1991, un mois après la chute de l’URSS, la communauté juive érigea non loin de là une sculpture en forme de menorah, le chandelier juif à sept branches. Le site, aujourd’hui boisé, est devenu un lieu de mémoire et de recueillement.

 

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