LE PRINCE DE LA RUE SAINT GEORGES : LE REGNE DE L’OSTENTATOIRE (2ème épisode)

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Dès l’Antiquité, Pline rapporte que Varron avait eu l’idée d’adorner ses ouvrages de portraits de 700 personnalités célèbres. Mais, la nouveauté, propre à notre ère médiatique, est que la visibilité n’est plus seulement un moyen de défier le temps.

Comme l’avait pressenti Andy Warhol dans sa prophétie fameuse « sur le quart d’heure de célébrité » promis à chacun, le fait d’être visible, qui n’est pas synonyme d’être célèbre mais simplement d’être reconnu.

Or, cette reconnaissance est devenue au fil des ans pour notre Prince une condition de survie. Il n’est pas de journal communautaire ou de newsletter où il ne figure en bonne place. Prêt à susciter l’évènement sous les ors du Palais de la Ville de Paris pour saluer avec effusion un Chef d’Etat africain…Imaginons les grosses bulles pour tenter de décoder leurs échanges du style « Copierez –vous nos homologues d’opérettes qui trônent dans nos pays d’Afrique ? »

Le meilleur guide pour notre Prince sur ce sujet est sans doute le Kundera de « l’Immortalité » : le romancier y décèle, dans le comportement de l’individu qui se sait vu, la présence invisible du photographe imaginaire qui fixera la preuve de son irréductible, de sa merveilleuse singularité. Car le fait est là et notre Prince a acquis en ce domaine une expérience sans pareil : la psychologie collective a atteint un tel point de dépendance par rapport à l’image que ce qu’on ne montre pas n’existe pas. Nous l’imaginons devant son miroir du matin l’interrogeant tout en s’interrogeant, » est-ce que j’existe ? »

Peut-être que notre Prince devrait-il réfléchir, mais a-t-il encore le temps : le paraître, désormais, dit l’être, et la pudeur, qui reposait naguère sur la conviction contraire, est devenu une faiblesse plutôt que le trait distinctif de notre humanité.

Nul ne conteste que la visibilité soit un besoin de la nature humaine, lié au souci de communiquer, de partager, voire d’atteindre l’excellence. Reste que, chez notre Prince, le règne de l’ostentatoire revêt le caractère d’une véritable addiction. Là où se trouvent des micros, des caméras, des appareils photos…notre Prince ne tient plus en place. « Est-ce-que c’est grave docteur ? » Hélas, hélas la visibilité n’est plus un instrument d’appréciation du mérite, du charisme ou de la grâce. Elle devient elle-même son propre critère. « Que faire docteur ? » Inviter le Prince a entamé sans plus tarder à une cure de désintoxication de ce goût immodéré du paraître.

André BENAYOUN

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