Avec ou sans prépuce? That’s not the question.

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Qui pourrait demander à Marine Le Pen si elle s’opposerait à une interdiction de la circoncision « pour motif religieux » ­­— alors que le FN s’est prononcé contre l’abattage rituel ? Curieusement, tout le monde a l’air d’avoir un avis sur la question, et les moins concernés sont les plus virulents.

Exactement comme pour l’IVG où, pendant des siècles, les femmes enceintes ont dû subir la loi des hommes. C’est en fait toujours le cas dans certains Länder autrichiens (comme le Tyrol) gérés par le FPÖ, le parti d’extrême-droite, où l’IVG est interdite.

Revenons toutefois à la question épineuse dans laquelle le Conseil de l’Europe s’est pris les pieds ce mois-ci. Circoncis ou pas ? Prépuce ou pas ? C’est mieux avec ou sans ? Est-ce parce qu’il était circoncis que le prince Ali Khan (le mari de Rita Hayworth) avait la réputation d’être un amant infatigable ? Est-ce parce que les hommes juifs sont circoncis que la haine anti-juive s’accompagne souvent d’accusations fantasmatiques sur leurs prouesses sexuelles, en plus des clichés sur l’argent (allez relire Freud) ? L’interdiction de la circoncision fut une des premières mesures anti-juives adoptées par Hitler dès son accession au pouvoir en 1933. Dire que les Juifs d’Europe en sont restés longtemps traumatisés est un euphémisme.

Les rapports de l’OMS et de l’ONUSIDA sont clairs : les bienfaits prophylactiques de la circoncision ne sont plus à démontrer ; même si elle n’offre pas une protection parfaite (60%), elle est suffisamment efficace pour qu’un programme de circoncision volontaire ait été mis en place dans 14 pays d’Afrique. Mais la circoncision pratiquée à 8 jours est bénigne alors que plus tard, « c’est un acte plus lourd, il faut coudre, » précise un chirurgien. En France, de nos jours, ce sont des médecins ayant reçu une formation adéquate et respectant toutes les conditions d’hygiène qui procèdent à l’acte.

Pourquoi ce rituel fait-il polémique en Europe alors que la circoncision néonatale est largement pratiquée aux Etats-Unis (80% des garçons) et en Grande-Bretagne, comme l’a confirmé la naissance de l’héritier de la couronne d’Angleterre ? Pour ces pays, il s’agit d’un acte médical au bénéfice de l’enfant. Mais certains ne veulent y voir qu’une chose : le sexe. On peut supposer que le corps médical n’a rien appris de nouveau en lisant l’étude officielle de la respectable American Academy of Pediatrics, publiée en août 2012, qui démontre les bienfaits de la circoncision néonatale. En revanche, les membres de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) auraient été bien inspirés de le lire attentivement avant de pondre la résolution 1952 qui met dans le même sac la circoncision des garçons, l’excision des filles (ablation partielle ou totale du clitoris), les tatouages et le piercing. Pourquoi pas les boucles d’oreilles, les concours de mini-miss ou même la pédophilie, tant qu’on y est. Mais la fascination et le fantasme qu’exerce ce rituel sur certains esprits expliquent sans doute pourquoi des représentants politiques en font leurs choux gras en période électorale.

Devant l’émotion suscitée par ce coup de boutoir contre la circoncision « pour motif religieux », Marlene Rupprecht, la députée SPD qui avait présenté le texte au Conseil de l’Europe, faisait marche arrière et affirmait que la résolution ne cherchait « à stigmatiser aucune communauté religieuse ou ses pratiques ». La même Marlene Rupprecht , en décembre 2012, s’était opposée à l’adoption d’une loi par le Bundestag pour empêcher de voir se renouveler la polémique créée par la décision du tribunal de Cologne.

Car c’est le fond de ce débat, qui a débarqué sur la place publique l’an dernier, quand le tribunal de grande instance de Cologne a assimilé à des coups et blessures la circoncision d’un petit garçon musulman de 4 ans, admis aux urgences pour des saignements. Le tribunal avait même précisé que la circoncision était « contraire à l’intérêt de l’enfant qui doit décider plus tard par lui-même de son appartenance religieuse ». Au temps pour un pays où l’enseignement religieux, principalement organisé par les Eglises catholique et protestante, est généralisé dans les écoles.

Compte tenu de la position du FPÖ, il serait bon de savoir ce qu’en pense Marine Le Pen qui, en janvier 2012, était « l’hôte de marque » de Heinz-Christian Strache, le dirigeant du Parti de la liberté (FPÖ), au bal des corporations estudiantines à Vienne. D’autant qu’elle était venue, nous dit l’article du Monde, pour « resserrer ses contacts avec l’extrême-droite européenne ».

Le jugement du tribunal de Cologne avait redonné des couleurs viriles aux militants anti-circoncision du gai San Francisco, avec BD violemment antisémite à l’appui. Le « mouvement » a franchi l’Atlantique pour atterrir en Norvège et se propager dans le nord de l’Europe au nom « du droit des enfants » (même rhétorique que les anti-IVG). A présent, les « intactivistes » de tous bords tentent de prendre pied un peu partout en Europe, un combat sans doute perdu d’avance. Mais comme avec la calomnie, dans le Barbier de Séville, le mal est fait.

Le Conseil de l’Europe, né en 1949, n’a en tout cas pas été créé pour faire renaître de ses cendres ce symbole mortifère de la chasse aux Juifs.

Edith Ochs
*Photo : Aviel Granov/AP/SIPA. AP21258267_000001.

Publié le 11 octobre 2013 à 9:00 dans MondeSociété

causeur.fr Article original

Mots-clés : circoncision, Conseil de l’Europe, FPO, ONUSIDA
circoncision conseil europe

1 COMMENT

  1. interdire la brith milah est un acte antisemite .Le jour ou M.L sera presidente des francais les juifs seront en danger de morts

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