La Russie aurait perdu un tiers de ses troupes terrestres: quel impact ?

Selon les services secrets et le ministère de la Défense britanniques, l’armée russe aurait perdu un tiers de ses forces terrestres engagées en février en Ukraine.

Les services secrets britanniques ont estimé ce dimanche 15 mai que la Russie avait perdu environ un tiers de sa force de combat terrestre déployée en février. L’offensive russe dans le Donbass aurait pris « un retard important » et il serait peu probable que l’armée russe progresse rapidement au cours des trente prochains jours, a évalué le renseignement du Royaume-Uni, dont l’analyse a été relayée par CNBC, l’agence de presse Reuters, ainsi que le ministère de la Défense britannique sur son compte Twitter.
L’offensive de la Russie dans l’est de l’Ukraine, dans la région de Donbass, aurait perdu son élan. Elle « n’a pas réussi à réaliser des gains territoriaux substantiels au cours du mois dernier », a souligné le ministère britannique de la Défense sur Twitter. Contacté par CNBC, le ministère russe de la Défense n’a pas répondu à une demande de commentaire. Selon le Royaume-Uni, l’armée russe aurait été particulièrement touchée par les destructions de ses drones et de ses équipements permettant de franchir les cours d’eau. « Les drones russes sont essentiels pour la connaissance tactique et la direction de l’artillerie, mais ils ont été vulnérables aux capacités antiaériennes ukrainiennes », a précisé le ministère britannique de la Défense sur son compte Twitter.
La semaine dernière, une tentative russe de traverser une rivière dans l’est de l’Ukraine avait été repoussée par les soldats ukrainiens avec de lourdes pertes de matériel, explique CNBC. Enfin, le moral en berne et une efficacité moindre au combat auraient accentué les retards dans l’offensive, selon le ministère britannique. D’autant que « bon nombre de ces capacités ne peuvent être remplacées ou reconstituées rapidement ». « Dans les conditions actuelles », peut-on lire sur le compte Twitter de la Défense du Royaume-Uni, « il est peu probable que la Russie accélère considérablement son rythme de progression au cours des trente prochains jours ».
La Russie maintient la pression sur l’Ukraine mais son armée est profondément affaiblie. Sur certains fronts, elle continue même de se replier.

Mais suite à la victoire de l’Ukraine à l’Eurovision, l’armée russe pourrait se montrer encore plus agressive et maintient la pression. Des bombardements supposés au phosphore auraient notamment été réalisés sur l’aciérie d’Azovstal à Marioupol suite au résultat du concours européen de la chanson.

Londres ne s’attend pas à une percée russe

« Malgré de petites avancées initiales, la Russie n’a pas réalisé de gains territoriaux substantiels au cours du mois dernier. La Russie a maintenant probablement perdu un tiers des forces terrestres qu’elle a déployées en février« , ont déclaré les autorités britanniques. Les forces armées russes sont de plus en plus contraintes par des capacités réduites, un moral constamment bas et une efficacité au combat réduite. « Beaucoup de ces capacités ne peuvent pas être remplacées ou restaurées rapidement et continueront probablement à entraver les opérations russes en Ukraine« , a déclaré le ministère de la Défense. Dans les circonstances actuelles, il est peu probable que la Russie accélère considérablement son avance au cours des 30 prochains jours, a-t-il déclaré.

Cela dit, ce dimanche, la Russie a largué des bombes au phosphore sur l’aciérie d’Azovstal à Marioupol, selon des sources ukrainiennes. Cela s’est produit après la victoire de l’Ukraine au concours Eurovision de la chanson. « L’enfer est venu sur Terre. À Azovstal« , a écrit Petro Andrushchenko, conseiller du maire de Marioupol, sur Telegram. Il a posté une vidéo de l’attaque, qui montre également des tirs d’artillerie. Les images n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante.
Les bombes au phosphore s’enflamment au contact de l’oxygène et causent des dégâts dévastateurs. Son utilisation dans les zones densément peuplées est interdite par le droit international. Andrushchenko a également publié des photos avec des inscriptions sur des bombes qui semblaient indiquer qu’elles avaient été larguées en réponse à la victoire de l’Ukraine au Concours Eurovision de la chanson. La source des photos n’était pas claire, mais les bombes présumées étaient écrites en russe et en anglais: « Kalusha, comme demandé! À Azovstal« .

Quand les soldats russes refusent de combattre.

Face aux pertes humaines importantes et à la dissidence de certains militaires, la Russie pourrait bientôt souffrir d’une pénurie de soldats d’infanterie. Depuis le 24 février dernier, les troupes russes combattent en Ukraine face à des soldats galvanisés. D’après l’OTAN, il y aurait entre 150 000 et 200 000 soldats russes déployés dans ce que la Russie appelle « une opération militaire spéciale ». 
Face à une peur croissante, The Guardian a révélé que de plus en plus de soldats russes avaient expressément refusé de combattre en Ukraine.

Comment cela est-il possible ?

Si les soldats russes ont l’occasion de ne pas être déployés en Ukraine, c’est parce qu’ils profitent d’une ambiguïté juridique. Tant que Poutine n’a pas officiellement déclaré la guerre à l’Ukraine, les troupes ne peuvent pas être poursuivies pénalement lorsqu’elles refusent de batailler.  Mikhail Benyash, un avocat russe explique que « Les commandants essaient de menacer leurs soldats de prison s’ils sont dissidents, mais nous disons aux soldats qu’ils peuvent simplement dire non ».

La peur chez les soldats russes

The Guardian a recueilli le témoignage d’un jeune soldat russe ayant refusé de partir en Ukraine. Il explique : « Je veux retourner dans ma famille – et pas dans un cercueil », et que 8 soldats de son unité sont dans le même cas. Un autre soldat russe, qui a choisi de revenir, explique à la BBC qu’il ne voulait pas « y aller, mourir et tuer ». 
S’ils ne sont pas forcément opposés à la guerre, beaucoup de soldats russes, relativement jeunes, n’ont pas de motivation assez grande pour continuer d’être confronté à tant d’horreurs. L’avocat russe Mikhail Benyash explique que de nombreux soldats craignent moins d’être transférés ou licenciés, plutôt que « d’entrer dans le hachoir à viande ».

Combien sont-ils ?

S’il est difficile d’évaluer la réelle ampleur de ce phénomène, il reste certain que ce ne sont pas des cas isolés. Mikhail Benyash explique que lui et ses équipes suivent et conseillent déjà « des centaines et des centaines » de soldats. De manière globale, il est exact de dire que ce refus de combattre pourrait concerner entre des centaines et des milliers de soldats russes.

Une pénurie de soldats au sein des troupes russes ?

Beaucoup d’experts militaires expliquent que face à une baisse de moral des troupes, des pertes humaines considérables et le refus de combattre de certains soldats, la Russie pourrait manquer de soldats d’infanterie. Rob Lee, un analyste militaire explique que la Russie pourrait bientôt « avoir du mal à tenir le territoire qu’elle contrôle actuellement en Ukraine ». 

La situation « reste très difficile »

Au lendemain de sa victoire au concours Eurovision de la chanson saluée par l’OTAN et de nombreux dirigeants européens, l’Ukraine se prépare en tout cas à des batailles décisives dans le Donbass, Kiev étant convaincu de l’emporter après des revers russes sur les lignes de front. Le président Zelensky a souligné que la « situation dans le Donbass reste très difficile« . « Les troupes russes tentent d’y obtenir au moins une victoire. Petit à petit, nous forçons les occupants à quitter nos terres« , a-t-il ajouté. Les forces russes s’efforcent de progresser dans cette région stratégique de l’Est, contrôlée en partie par des séparatistes prorusses depuis 2014, et dont Moscou a fait son objectif principal depuis le retrait de ses troupes des environs de Kiev fin mars.

« On se prépare à de grandes offensives à Severodonetsk, et autour de l’axe Lyssytchansk-Bakhmout« , a affirmé Serguiï Gaïdaï, gouverneur ukrainien de la région de Lougansk, décrivant une situation humanitaire de plus en plus critique. « La région de Lougansk est constamment sous un feu chaotique (…) il n’y a absolument ni gaz, ni eau ni électricité« , a-t-il affirmé samedi soir. Les Russes tentent notamment depuis trois semaines, sans succès, de franchir la rivière Severskyi Donets, au niveau du village de Bilogorivka.
Dans la région de Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, l’armée russe est également en difficulté. Les militaires ukrainiens mènent une contre-offensive et gagnent petit à petit du terrain sur ce front. Ce samedi 14 mai, les soldats russes ont été contraints de se replier. Kharkiv n’est déjà plus à la portée de leur artillerie lourde, selon France Info. Une déroute de taille qui s’apparente à un fiasco. « Il y a eu des pertes très importantes côté russe sur des séquences courtes dans le temps« , explique Cédric Mas, historien militaire. Actuellement, les Russes sont repoussés à environ 40 km de Kharkiv, vers le Donbass. Est-ce qu’il faut y voir une véritable retraite ou un moment de répit avant une nouvelle offensive? Impossible de le savoir. Les troupes russes pourraient également continuer de se regrouper dans le Donbass pour y mener une percée.

 

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