Une molécule injectable ouvre des perspectives très prometteuses pour la prise en charge de la maladie.

Ce sont des données qui étaient attendues avec impatience. Publiées dans le New England Journal of Medicine le 21 juillet, elles dépassent de loin les espoirs des spécialistes de l’obésité, et c’est pour les patients, peut-être, le début d’une nouvelle ère de leur prise en charge.

L’essai clinique de phase 3 Surmont-1 a évalué l’efficacité du tirzépatide, un traitement injectable mis au point par le laboratoire Eli Lilly. Les patients ayant reçu une dose hebdomadaire de 10 ou 15 mg de tirzépatide avaient perdu en moyenne 20 % de leur poids au bout de 72 semaines. Cela peut paraître limité, mais l’impact sur leur état de santé est très important. «Un tiers environ de ces patients dépasse même la barre des 25 % de perte de poids, c’est du jamais vu avec des médicaments contre l’obésité», s’enthousiasme le Dr Lucie Favre, médecin cadre au service d’endocrinologie, diabétologie et métabolisme du Centre hospitalo-universitaire vaudois, à Lausanne (Suisse). En effet, à ce jour seule la chirurgie de l’obésité, dite bariatrique, permet de telles pertes de poids. «Cette chirurgie reste une bonne approche qui a montré son efficacité sur le long terme. Toutefois, un patient sur cinq sera confronté à une reprise pondérale considérable», rappelle Lucie Favre.

L’originalité du tirzépatide est de combiner un analogue du GLP-1 (glucagon like peptide-1) et du GIP (glucose dependant insulinotropic polypeptide). Ces molécules miment l’action des hormones appelées «incrétines»sécrétées par le tube digestif et qui contribuent à la régulation de l’appétit. Les analogues du GLP-1 sont déjà prescrits contre le diabète de type 2, et certains ont montré des effets sur l’obésité. «Le liraglutide et le sémaglutide ont montré leur efficacité avec des pertes de poids entre 10 et 15 %», indique le Pr François Pattou, chef du service de chirurgie générale et endocrinienne au CHU de Lille. «On ne dispose pas à ce jour de résultats à plus de trois ans avec ces molécules, mais elles nous permettent d’élargir la possibilité des traitements de l’obésité», explique Lucie Favre.

Aujourd’hui quand nous parlons de médicaments à nos patients, leur premier réflexe est de demander quels sont les risques.  Pr Cyrielle Caussy, ­nutritionniste au centre intégré de l’obésité des Hospices civils de Lyon

Maladie métabolique chronique qui touche plus de 8 millions de Français, l’obésité a souffert d’un manque d’innovation thérapeutique. Et la plupart des molécules utilisées ont fini par être retirées du marché à cause d’effets secondaires majeurs. En France, le rimonabant (Acomplia) et plus encore le benfluorex (Mediator) ont marqué les esprits. «Aujourd’hui quand nous parlons de médicaments à nos patients, leur premier réflexe est de demander quels sont les risques», rapporte le Pr Cyrielle Caussy, nutritionniste au centre intégré de l’obésité des Hospices civils de Lyon.

Une meilleure compréhension de la pathophysiologie de la maladie a permis de développer des molécules mieux ciblées, plus efficaces et plus sûres. «Les analogues du GLP-1 sont utilisés depuis plusieurs années, et il n’y a jamais eu de signal d’alerte. Les analogues du GIP sont moins connus, mais les données de l’essai sont très rassurantes», estime le Pr Caussy. Les principaux effets secondaires rapportés (nausées, diarrhées, constipation) auraient tendance à disparaître après la période d’escalade de doses nécessaire au début du traitement.

La persistance de la perte de poids obtenue avec le tirzépatide devra être démontrée dans de prochaines études. «L’obésité est une maladie chronique, donc faut-il s’attendre à une reprise de poids à l’arrêt du traitement? Doit-on imaginer qu’il sera administré tout au long de la vie?», questionne le Pr François Pattou. «Les données de vie réelle donneront aussi une idée plus juste de l’efficacité du traitement. Dans un essai, les conditions de suivi sont plus drastiques, et les patients ne sont pas représentatifs de ceux vus en consultation.» Dans l’essai de phase 3, la réponse au traitement n’a en outre pas été homogène, comme c’est le cas pour les autres traitements de l’obésité. Mais pour l’heure il n’existe pas de moyen d’identifier les patients les plus susceptibles d’en tirer un bénéfice.

Injustice biologique

Le tirzépatide, s’il obtient une autorisation de mise sur le marché en Europe, serait la troisième thérapie injectable disponible dans le cas de l’obésité. Mais l’accès aux deux molécules déjà autorisées reste complexe. En France, une autorisation temporaire d’utilisation permet à certains patients d’accéder gratuitement au sémaglutide, mais le liraglutide n’est pas remboursé et coûte environ 300 euros par mois. La Suisse rembourse ce dernier, mais avec des conditions de prescription restrictives et pour une durée de traitement de trois ans.

«Si l’on faisait cela avec des patients hypertendus ou diabétiquesce serait insensé, s’agace Lucie Favre. Cela montre à quel point l’obésité n’est toujours pas considérée comme une maladie à part entière.» Les experts déplorent aussi un manque d’action de la part des décideurs afin de favoriser la prévention de l’obésité: «Il faut sortir de cette vision où seule la responsabilité de l’individu est mise en cause. Il y a une injustice biologique qui, associée à un certain environnement, aboutit à l’obésité sévère», décrit François Pattou. Et, si les traitements peuvent agir sur cette injustice biologique, l’environnement lui ne peut être régulé que par le législateur.

AFP

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