REFLEXION STRATEGIQUE SUR LA SITUATION DES JUIFS DE FRANCE ET LA PROGRESSION DE L’ALYA

HAUT CONSEIL DE L’ALLIANCE

JEUDI 12 FEVRIER 2015

 

La communauté juive française est confrontée à une situation inédite, probablement unique au monde. Elle doit faire face à un antisémitisme qui a trois visages :

  • Celui traditionnel de l’extrême droite qui a resurgi en 1984 avec le premier succès électoral du Front national. Depuis, nous avons droit aux mauvais jeux de mots de Jean-Marie Le Pen, ainsi qu’à la floraison de livres, sites ou autres formes de médias véhiculant les thèmes traditionnels de l’antisémitisme, et surtout la négation de la SHOAH. Même s’il s’inscrit dans une forme française d’antisémitisme mise en exergue par Bernard-Henri Lévy avec son concept de « l’idéologie française », sa résurgence 50 ans après la SHOAH interpelle

 

  • Celui de l’extrême gauche et des verts qui dans une défense tous azimuts de la cause palestinienne en arrivent à organiser des manifestations susceptibles de remettre en cause la sécurité de certains de nos coreligionnaires dans certains lieux, certaines villes.

 

Il est étonnant que ni Israël, ni la communauté n’ait obtenu du gouvernement français qu’il cesse de subventionner des associations qui appellent au boycott d’Israël, pénalement répréhensible, et même des associations condamnées ou ayant des membres condamnés pour de telles actions.

 

La multiplication des initiatives visant à délégitimer, à diaboliser Israël a conduit certains des nôtres à quitter certaines communes.

 

S’ensuivit une ghettoïsation de la communauté qui se replie principalement sur l’ouest parisien. Cette ghettoïsation accentue la communautarisation, ainsi que le repli sur soi, voire l’enfermement.

 

Au-delà des thèmes propres aux thèses palestiniennes, les alter mondialistes alimentent la présentation de Karl Marx sur le juif : le capitaliste qui supervise la mondialisation ; la seule évolution du discours par rapport à « la question juive « de Marx : le juif capitaliste était apatride, il est devenu également sioniste.

 

  • Enfin, l’antisémitisme des islamistes radicaux qui n’a cessé de se développer depuis la seconde intifada. Il est enfin pris en considération par les autorités après avoir été nié dans les années 2000-2002.

 

Au-delà de la floraison de manifestations antisémites de la vie quotidienne, la liste des actes graves médiatisés ne cessent de s’allonger : Ilan Halimi, Toulouse, synagogue de la Roquette, Sarcelles, Créteil, Hyper Cacher de Vincennes, sans compter tous les dérapages récurrents de Dieudonné et autres dérives…

Les trois principales conséquences de la détérioration de la situation sont

  • la ghettoïsation de la communauté. La concentration naturelle de la communauté dans certaines zones entraine simultanément une désaffection de certains lieux et des insuffisances capacitaires dans d’autres.

 

Cela exige un réexamen de l’implantation territoriale de la communauté : synagogues, centres communautaires, écoles…, et également une révision radicale de certains projets comme celui du centre européen du judaïsme dans le XVIIème arrondissement. Ce projet initié en 2003 n’est plus d’actualité, ne correspond pas aux priorités actuelles de la communauté.

 

Si le mouvement n’est pas anticipé, la contrainte financière forcera les choix.

 

  • Après les manifestations consécutives à l’importation de la seconde intifada au début des années 2000, les juifs de France ont multiplié les liens avec Israël, notamment par l’achat d’un bien immobilier. Depuis plusieurs années, l’alya se développe, et va continuer à se développer, ne serait-ce que parce qu’à l’image de la communauté russe, toutes proportions gardées, une économie circulaire francophone est en train de se constituer permettant notamment de dépasser la barrière de la langue, et d’avoir des opportunités d’emploi.

 

Il est difficile de comprendre les propos de certains responsables critiquant les appels à l’alya du Premier ministre israélien. Tout responsable israélien, tout sioniste, est dans son rôle, dans sa vocation, en invitant tout juif diasporique à monter en Israël. Cela ne peut, ne doit être critiqué.

 

Quelles que soient les nouvelles facilités de l’alya, la communauté, sans la promouvoir, doit tout faire pour que ce soit un success storie. Ce serait catastrophique si, au bout d’un certain délai, cela se manifestait par une yérida.

 

Une des clés de la réussite de l’alya à laquelle la communauté doit s’associer : l’enseignement de l’hébreu.

 

  • L’atrophie de la communauté. L’accélération du mouvement de l’alya conduit certains à évoquer qu’il pourrait concerner de 100 à 120 000 personnes. Ce pronostic me parait excessif, très excessif. Même réduit de moitié, cela entrainerait une atrophie de la communauté française car l’exode concerne les jeunes et les éléments les plus actifs, et probablement les plus fortunés.

 

Baisse des collectes, diminution de la fréquentation de tous les lieux ou manifestations communautaires, réduction des cadres communautaires, notamment dans les mouvements de jeunesse…Va s’ensuivre un appauvrissement de la communauté, et corrélativement une accentuation de la question sociale dans la communauté. Cette exigence sera d’autant plus forte que les moyens du FSJU vont subir les effets de la séparation du Keren Hayessod. La fin de l’AUJF entraine un doublement des frais de gestion en pleine décrue des fonds collectés, et va accentuer la difficulté à répondre à la question sociale.

Nos coreligionnaires doivent éviter deux tentations :

  • La schizophrénie de l’islamisation. Le discours sur l’islamisation de la France, voire de l’Europe est dangereux, car il porte les ferments d’une guerre des civilisations. La globalisation des sujets du monde conduit à une recherche de repères dans la famille, la tribu, ou la religion…Ce retour aux valeurs ne concerne pas que le musulman.

 

Rien ne justifie de céder à cette tentation, surtout pas le juif qui a subi les conséquences de telles postures pendant plus de deux mille ans.

 

  • La lepénisation des esprits. Dans une démarche de plus en plus radicale, certains de nos coreligionnaires seraient de plus en plus tentés par un vote en faveur du Front national. Si ce mouvement se confirmait et prenait de l’ampleur, la communauté en perdrait son âme.

 

Face à une situation totalement inédite, sans aucun précédent, les responsables et institutions communautaires doivent sortir des sentiers battus, trouver des formules originales, innovantes.

 

Dov Zerah

 

3 Commentaires

  1. Tant qu’aucun compte à rendre ne sera exigé des pays arabo-musulman, Iran, arabie-saoudite, quand à leur intolérance vis-à-vis d’Israël et de l’occident, le mal et l’impuissance face à ce mal continuera à se développer.

    Ces attaques terroristes cherchent à établir un « Régime de Vichy Européen» déjà en partie acquis par les fans de l’ancien Pétainiste Mitterand, et par « le détail de l’histoire » de JMLP, comme si Israël n’était qu’une parenthèse ouverte le temps de la disparition des derniers rescapés de la Shoah.

    C’est dans l’affirmation d’Israël que l’Europe se sortira de la soumission et retrouvera le progrès et la sérénité.

    Relativement à un article sur Rajman et l’affiche rouge:

    Les communistes ne s’étaient pas privé de livrer aux nazis les branches juives de la résistance, afin de se tirer la part belle de l’héroïsme, et surtout ne pas laisser entendre qu’il puisse y avoir eu une résistance juive en France comme dans le ghetto de Varsovie. Les juifs devant être considérer que comme des ayant droit d’être uniquement victime et de la fermer.

    Aujourd’hui, tout une polémique abjecte est ouverte sur les déclarations de Bibi, 1er ministre de l’état juif a appelé les juifs de France à venir en Israël.

    Qu’aurait fait Rajman en 1944 s’il y avait eu ISRAEL à l’époque, quand on sait que, voulant fuir l’Europe, les anglais limitaient l’arrivée des juifs sur leur terre volée?????

    Les juifs ont toujours participé au développement de leurs pays d’accueil, aimer et respecter leur entourage non juif.

    La décision d’un juif à faire son alya relève d’un choix et d’une décision personnel. Il n’est ni l’otage d’une politique sioniste critiquée par tant de salopards qui cherchent encore à décrédibiliser l’état juif, et encore moins l’otage de politique aux idéologies totalitaires tant envers les juifs que vers leur propre population.

    Aujourd’hui, pour un Juif de France ou pour un Français non juif, quitter la France devient de plus en plus une déchirure parce que c’est quitter la France surtout à cause d’une politique calamiteuse du « touchez pas mes pétro-dollars » et d’une conséquente allégeance aux pays arabo-islamiques,Iran, Arabie-saoudite, pendant laquelle la population Française est abandonnée à la pataugeoire de débats odieux et stériles ou se mêlent orgueils et nombrilisme (comment la France n’est pas le meilleur pays….),ou se mêlent religion et laïcité sans faire de discernement et d’analyse quand à la capacité de tolérance et surtout sans compte à rendre des pays musulmans au nom de l’amalgame interdit et du multi-culturalisme imposé.

    Quand Natanyahou dit au Juif de France de venir en Israël, il dit aussi ce qu’aucun homme politique de France à le courage de dire et que les Français aimeraient entendre: « Français, restez en France ».

    Juif ou non Juif qui quitte la France cherche surtout dans cette acte à mieux maîtriser son destin et celui de ses enfants.

    Faut-il partir, ou résister ? Ce n’est certainement pas propre aux juifs de France de se poser cette question.

    Quoique que nous martèlent les médias, BIBI semblait bien acclamé dans les rues de Paris le 11 Janvier.

    • Alors que je viens de mettre ce commentaire, je prend connaissance des propos de Roland Dumas à l’encontre de Manuel VALLS qui a le courage de secouer la gauche, et qui comme je l’avais pressentis est dans le collimateur des pires gauchistes depuis son discour contre la haine des juifs et d’Israël.

  2. Des propositions intéressantes, en ce qui concerne, plutôt un accompagnement et le renforcement de l’identité juive, par l’enseignement de l’hébreu.

    Par contre, apparemment, les Juifs ne seraient pas assez adultes, ni des électeurs vaccinés, ni ayant suffisamment de jugeotte pour évaluer, eux-mêmes les écueils et risques liés à deux phénomènes : l’islamisation (mythe ou réalité) et la lepénisation (refuge ou adhésion). Est-il utile de rappeler que, parmi les causes majeures incitant à aller voir ailleurs, cette situation entre le marteau et l’enclume influe dans les choix?

    Il semble, au contraire, utile, que la communauté juive, à titre collectif ou/et individuel, ait quelque chose à dire sur ces phénomènes, ne serait-ce que dans la quête d’un « réarmement moral » d’une France qui ne sait plus où donner de la tête, face à ce genre de problèmes, ni trouver de solutions appropriées. S’il y a risque pour la civilisation, a fortiori, les Juifs héritiers des lumière du Sinaï, au moins à égalité avec la civilisation gréco-latine, ont-ils quelque chose à déclarer, avant que les autres membres de cette société n’aient plus d’autre choix, par manque de regard pour sortir du cadre, que de s’entretuer… La posture de tête enterrée dans le sable ici suggérée fait partie des reproches de la vox populi juive envers ses élites bienpensantes. Ce serait, en soi, tout un sujet à traiter…

    S’il y a débat public sur ces questions, pourquoi les citoyens juifs devraient-ils être les seuls à s’abstenir d’y participer? N’ont-ils aucun témoignage, soit relatif à l’extrême-droite, soit au radicalisme qui émane d’un autre corpus religieux, à transmettre?

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