Premières révélations du Hamas sur son armement

Le 13 septembre 2020, la chaîne qatarie Al  Jazeera a diffusé un reportage sur le processus d’armement du Hamas. Y ont été présentées des images montrant la réception secrète, par la branche armée du Hamas (les Brigades Al qasam), des missiles Fajr iraniens et des obus antichar Kornet. Les terroristes du Hamas ont commenté ces images en expliquant comment ils recevaient des armes par la terre, par la mer, comment ils parvenaient à contourner les patrouilles aériennes et maritimes de Tsahal. Ils se sont également étendus sur les modalités de fabrication de nouveaux missiles, résultant du recyclage des éléments des missiles israéliens utilisés pendant la guerre menée dans la bande de Gaza, en 2014. Ces révélations traduisent, naturellement, la panique du mouvement qui commence à perdre toute crédibilité au sein de la population qu’il administre, depuis la conclusion d’alliances entre Israël et des pays arabes du Golfe.

L’émission, animée par Ismaïl Haniyeh (présenté comme responsable du Bureau politique du Hamas) et différents responsables de l’organisation terroriste, a, pour la première fois, dévoilé le mode opératoire des livraisons d’armes depuis l’Iran, le Sinaï, et de façon plus ancienne, depuis la Syrie, et le Soudan. Il s’agit d’une nouveauté dans la communication du Hamas qui est toujours resté muet sur le processus de fourniture des armes utilisées contre Israël.

Un fournisseur (qui a tenu a conservé l’anonymat) a eu l’occasion d’expliquer que : « les factions militaires de Gaza, dirigées par le Hamas, possèdent des types distincts de missiles iraniens R-160 et Fajr-5 d’une portée de 100 kilomètres. Elles possèdent également des drones et des missiles antichars et des roquettes à lanceur d’épaule produits par la Russie. Elles prévoient également d’acquérir des missiles chinois C-704, des missiles antinavires d’une portée de 35 kilomètres et des systèmes de radar pour missiles guidés ». le spécialiste en armement a ensuite précisé que : « Les armes nécessaires à Gaza sont les missiles Grad, le Katioucha amélioré d’une portée de 40 kilomètres, des charges anti blindées, des ceintures explosives, des grenades à main d’une portée de 150 mètres, des grenades propulsées par fusée et des mitrailleuses antiaériennes »…

Le Hamas reconnaît toutefois que son approvisionnement en arme est devenu plus complexe avec la modification de ses relations avec l’Egypte : depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi (juillet 2013) et l’arrivée au pouvoir de Abdel Fattah Al Sissi, le pouvoir égyptien a détruit les tunnels utilisés pour le passage des armes à l’intérieur de Gaza et construit des bassins en eau profonde pour empêcher de creusement de nouveaux tunnels. De plus, des murs tampons ont été aménagés le long de la frontière, et une base militaire (Berénice) a été construite, sur la côte sud de la Mer Rouge en janvier 2020, (financée par des fonds émiratis) pour empêcher le transfert des armes.

En outre, les alliés traditionnels du Hamas se sont montrés moins impliqués dans la fournitures d’armes au mouvement terroriste : la Syrie a été largement désintégrée par sa guerre civile et ne peut plus s’occuper du trafic comme elle le faisait auparavant. De même, s’agissant du Soudan, la destitution du dirigeant Omar Al bachir (lors du coup d’Etat survenu en 2019) a entraîné la fin de la contrebande d’armes à travers la péninsule du Sinaï : désormais, le Soudan a cessé ses relations avec l’entité terroriste.

Subsiste toutefois l’acheminement des armes par voies maritimes. Le Ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, a déjà eu l’occasion de préciser les modalités de livraison des armes de contrebande par ce biais : des vedettes rapides se rendent depuis les ports égyptiens ou libanais et laissent les colis contenant les armes en mer Méditerranée. Il suffit alors pour les terroristes d’utiliser des bateaux de pêche pour les réceptionner. De même, il arrive que des barils contenant les armes soient jetés en mer. En anticipant les mouvements de la mer et le sens du vent, ils est possible de les laisser dériver jusqu’aux côtes gazaouites. Or, il est alors très difficile pour Tsahal de contrôler les mouvements des bateaux et de surveiller les dépôts d’armes qui s’opèrent en mer.

Il n’en demeure pas moins que les révélations du Hamas sur son armement coïncide avec différents facteurs qui exigent du Hamas qu’il redore son blason à l’égard de sa population : il s’agit, tout d’abord, de démontrer que le blocus israélien de la bande côtière n’a jamais empêché le Hamas de se procurer des armes. Il y a également, la volonté palestinienne d’accaparer les gisements de gaz en Méditerranée orientale. Or, cette problématique est à l’origine d’un véritable dilemme pour les terroristes du Hamas : pour revendiquer les prérogatives sur le sous sol marin, le Hamas doit déclarer l’indépendance de la Bande de Gaza (voire même  l’ensemble des territoires sous contrôle palestinien) de sorte que ces territoires constituent un Etat. Or, s’il le fait, il reconnaît implicitement l’Etat d’Israël, ce à quoi il ne peut se résoudre. Or, et à défaut, il est juridiquement impossible, pour les terroristes  du Hamas, de se saisir des réserves de gaz situées à proximité de la Bande côtière.

Par ailleurs, les terroristes du Hamas doivent rassurer les gazaouis sur l’unité des factions palestiniennes, depuis la rencontre du 4 septembre 2020 (par Internet) entre le Hamas, l’Olp de Mahmoud Abbas et le Jihad Islamique (à cette occasion, Ismaïl Haniyeh a confirmé, depuis Beyrouth, qu’il ne reconnaîtrait jamais Israël). Les déclarations sur l’approvisionnement en arme coïncident également avec le 17ème anniversaire des accords d’Oslo (13 septembre 1993) qui devaient lancer le démarrage des relations pacifiées entre israéliens et palestiniens. Enfin, la démonstration de force du Hamas est un moyen de dénoncer les accords de normalisation réalisés entre Israël et les Emirats Arabes Unis et le Bahreïn.

En tout état de case, force est de constater que le Hamas n’entend pas se plier aux injonctions du monde occidental. Au cours de l’émission, Ismaïl Haniyeh s’est exprimé sur les démarches américaines (engagées en toute discrétion) en vue d’un éventuel rapprochement avec le Hamas.  Le groupe terroriste s’y est refusé. En guise de rétorsion, les États-Unis ont imposé de nouvelles sanctions au Hamas et confirmé leur refus d’entretenir tout lien avec le « terrorisme » : le 17 septembre 2020, l’ambassadeur des Etats-Unis, Nathan Sales (coordinateur du département d’État pour la lutte contre le terrorisme) a lancé un message cinglant à l’attention de l’organisation terroriste : « Notre position est très claire. Le Hamas est une organisation terroriste désignée. … Nous ne le considérons pas comme un acteur politique légitime. »

Il résulte de tout ceci que l’Iran apparaît, désormais, comme le principal et quasi exclusif fournisseur en armement de la Bande de Gaza.

Le problème n’en reste pas moins la volonté, pour un groupe humain, de détruire un Etat reconnu par l’Onu et d’imposer, par la force, sa vision du monde aux autres, même si elle est parfaitement absurde, intolérante et surtout contraire à tous les principes dégagés par la pensée humaniste. L’enjeu du 21ème siècle sera de faire admettre que la finalité humaine consiste à trouver l’harmonie entre les peuples, seule condition d’un développement harmonieux des communautés humaines. Ce n’est pas encore gagné.

 

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

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