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L’ancrage d’Israël à l’Europe avec le gazoduc EastMed

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Israël compte sur le projet EastMed pour vendre son gaz naturel à l’Europe tout en redéfinissant son positionnement régional, mais les difficultés techniques liées à cette infrastructure se multiplient. Enfin, son financement questionne alors que les cours peinent à redécoller.

Selon nos informations, le projet de gazoduc EastMed Gas sur lequel s’étaient entendus Israël, Chypre et la Grèce, est en posture délicate. Et ce, en dépit de la signature, le 9 mars, d’un nouvel accord entre le conglomérat italo-grec IGI Poseidon et l’Israel Natural Gas Lines (INGL), qui exclut finalement de relier directement la future infrastructure gazière à l’Italie. Car au-delà des retombées économiques ainsi espérées, Tel Aviv compte sur ce projet israélo-européen afin de contribuer à la redéfinition des alliances régionales, au sein desquelles Israël se perçoit désormais comme un acteur central et décorrélé des remous géopolitiques, notamment avec la Turquie.

Israël n’hésite pas à cette fin à déployer ses meilleurs conseillers, mandatés pour dynamiser ses ambitions politico-énergétiques et resserrer les liens avec ses partenaires clés, à l’image d’Aviv Ayash, représentant spécial du ministre de l’énergie Yuval Steinitz pour le projet EastMed Gas et ancien de chargé de sécurité de l’ambassade américaine à Tel Aviv ainsi que d’Aman, le service de renseignement militaire israélien .

 

East Med Pipeline Archives - Greek City Times

 

Des dimensions hors norme

Le gazoduc EastMed Gas, qui doit normalement permettre de relier à partir de 2025 les gisements offshores israélien de Leviathanet chypriote d’Aphrodite à la Crète, puis à la Grèce continentale, souffre déjà de contraintes techniques imposées par sa longueur – 1900 kilomètres – et sa profondeur – atteignant parfois 3 000 mètres. Et ce alors que son coût très élevé – entre 6 et 7 milliards d’euros – du fait notamment de l’inclusion de technologies de prévention contre les risques sismiques, apparaît dissuasif à l’heure où le Covid-19 a contribué à faire baisser les prix du gaz tout en encourageant les producteurs (ENIExxonMobilTotal) à suspendre leurs forages dans la zone.

De même, les ambitions israéliennes se heurtent à la frilosité de l’Union européenne (UE) qui, en dépit du financement des études de faisabilité à hauteur de 36 millions d’euros, paraît désormais privilégier des projets « verts » afin d’atteindre son objectif de neutralité carbone en 2050.

Une base pour de futurs projets

Malgré la complexité de la mise en place de cette infrastructure énergétique, pourtant toujours appelée de ses vœux par le premier ministre Benjamin Netanyahu, Tel Aviv pourra s’appuyer sur cette coopération naissante pour lancer de futurs projets avec l’UE. Israël, Chypre et la Grèce ont d’ailleurs signé en janvier un projet de câbles sous-marins EuroAsia, pour lequel un financement de l’UE est déjà prévu à hauteur de 757 millions d’euros.

Le président chypriote Nicos Anastasiadis, le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, le 2 janvier à Athènes.

« Le gazoduc EastMed peut être un rêve pour certains et un cauchemar pour d’autres, mais aujourd’hui, nous posons les bases de sa réalisation (…). Il permet d’ouvrir une nouvelle voie, de diversifier les ressources, comme le veut la stratégie européenne », a déclaré, jeudi 2 janvier, le ministre grec de l’environnement et de l’énergie, Kostis Hadzidakis, en prélude à la signature, à Athènes, de l’accord entre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, le président chypriote, Nicos Anastasiades, et le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis.

Une Géopolitique tous azimuts

Proche du monde arabe jusqu’en 1990 (date de la reconnaissance d’Israël par Athènes), la Grèce a densifié ses liens avec Tel Aviv à partir de 2010 dans un contexte de détérioration des relations turco-israéliennes.

La coopération gréco-israélienne, qui implique Chypre dans la plupart de ses schémas, repose sur la double dimension énergétique et militaire. Sur le plan énergétique, les trois États planifient d’installer le plus long câble électrique sous-marin du monde (1 200 km), visant à relier Israël à l’Europe pour assurer à l’État hébreux un approvisionnement en cas d’urgence. Mais leur projet-phare est bien sûr celui du gazoduc East Med. Cependant, l’architecture régionale qu’il implique, mais surtout la question de sa faisabilité technique et de sa rentabilité économique sèment le doute quant aux réelles perspectives de sa réalisation.

Tant que ce projet n’est pas réellement lancé, rien n’est certain et il s’apparente davantage à un outil géopolitique. En marge de l’énergie, la Grèce vient d’annoncer qu’elle ouvrait ses portes aux touristes israéliens, malgré la crise sanitaire. Au niveau militaire, la coopération entre la Grèce et Israël, qui a débuté dans les années 2010, connaît aujourd’hui une embellie et se focalise sur l’entraînement conjoint, le partage d’information et la cybersécurité.

Israël offre à la Grèce et à Chypre un axe Est-Ouest complémentaire de l’axe Nord-Sud établi avec l’Égypte, qui leur permet de couvrir la Méditerranée orientale. De leur côté, ces deux pays européens offrent à Israël une connexion directe avec l’Europe ainsi que des zones d’entraînement et une profondeur stratégique régionale qui lui font défaut, notamment après la « perte » de la Turquie, partenaire militaire précieux d’antan.

De surcroît, la politique régionale de la précédente administration américaine montre qu’il est désormais possible de développer des liens avec l’État hébreux sans impliquer mécaniquement une dégradation des rapports avec le monde arabe, enrayant au passage la stratégie turque de fédération du monde sunnite contre Israël. L’Autorité palestinienne et Israël participent même au Forum gazier est-méditerranéen, établi en février 2020, qui est devenu en septembre une organisation régionale intergouvernementale siégeant au Caire.

JForum

1 COMMENTAIRE

  1. Deux fois, l’aministration israelienne est designee sous le nom de « Tel Aviv »: la premiere fois, on parle de « l’ambassade americaine de Tel Aviv », ce qui est a l’evidence non seulement une erreur mais aussi une provocation. Quelle est l’origine de cet article ?

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