Comme presque tout le monde aujourd’hui, «#jesuischarlie», et comme une grande partie de ce “presque tout le monde”, «#jesuishypercacher». Mais en disant cela, je sens comme un goût amer dans la bouche, de cette même amertume déjà ressentie le 19 mars 2012 à Toulouse où, aux côtés des miens, et sans le savoir encore, «j’étais déjà Jonathan Sandler» (30 ans), «j’étais déjà Gabriel et Arieh» (4 et 5 ans), «j’étais déjà Myriam Monsonego» (8 ans) que l’assassin avait traînée par les cheveux avant de l’achever à bout portant d’une balle en pleine tête.

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Mais combien étions-nous alors à porter le deuil de ces enfants fauchés par la barbarie et à venir au chevet d’une Nation qui n’avait pas pu empêcher qu’elle se produise.

 Il est vrai que le président de la République et plusieurs membres du gouvernement étaient présents dans l’heure qui avait suivi le massacre. Le candidat François Hollande avait proposé de suspendre la campagne. L’émotion de la France était grande et les journalistes ont couvert le drame. Après deux heures de cérémonie, la plupart des politiques durent s’éclipser, appelés à d’autres tâches, et nous nous sommes retrouvés devant les petits cercueils alignés sous le préau avec les ministres de la défense et de l’intérieur dont l’émotion était palpable.

 Le lendemain, pendant la minute de silence, j’ai vu couler leurs larmes. Pleurez, ministres, sur les cercueils des martyrs de Toulouse, mais que n’avons-nous pas pleuré et agi plus tôt sur un monde qui a rendu cela possible.

 Puis, en compagnie des seules familles, j’étais dans le Transall mis à la disposition par le gouvernement français qui emportait les corps jusqu’à Jérusalem où ils reposent en paix. Pendant les quelques jours qui ont suivi, il a fallu rassurer, organiser, consoler.

 Enfin, à notre manière, il a fallu dire notre colère et nous avons manifesté.

 Combien étions-nous alors à Paris, à Marseille, à Lyon, à Toulouse? Dix mille? Vingt mille? Trente mille? Se pourrait-il que nous fussions alors trente-sept mille? Soit cent fois moins que dimanche dernier. Parce qu’on ne fait pas de palmarès de la sauvagerie, l’arithmétique ne veut rien dire, si ce n’est une seule chose : que ces trente-sept mille là ne furent pas suffisants pour que cette barbarie de Toulouse ne nous revienne pas en plein visage en ces petits matins des 7 et 9 janvier 2015, arrachant à la vie 17 personnes, hommes et femmes, français et étrangers, civils et policiers, juifs, musulmans ou agnostiques, plongeant dans le désarroi une nation tout entière qui n’a pas pu ou su empêcher cela. Qu’ils ne furent pas suffisants pour que moins de trois ans plus tard nous ne soyons pas cent fois plus à dire, je suis Charlie.

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Mais ces trois millions sept cent mille suffiront-ils à leur tour pour barrer la route à quelques groupes d’individus qui, en rejoignant le Djihad, ont déserté l’humanité ?

 Qu’adviendra-t-il de ces musulmans de France, pris dans un piège mortifère tendu par ceux qui se réclament de leur prophète?

Qu’adviendra-t-il des Juifs de France, qui, pour continuer de pratiquer leur foi, à quelque niveau que ce soit, devront vivre sous la protection de l’armée dans leurs écoles, leurs synagogues, leurs magasins et leurs restaurants ?

 Devront-ils choisir entre l’humble coutume de porter une kippa et la possibilité de marcher le long des rues sans craindre pour leur vie ?

 Devront-ils choisir entre quitter le judaïsme ou quitter la France? En d’autres temps, et face à la pire ignominie, les Juifs de France répondirent présents à l’appel de la résistance, et l’on sait la part qu’ils prirent dans ce combat. Que doivent-ils faire aujourd’hui quand elle revient sous d’autres formes, mais promet à l’humanité un sort si funeste, si l’on en juge par les massacres de chrétiens d’orient?

 Dans un tel contexte, les appels de l’actuel Premier ministre israélien à un aliyah des Juifs de France sont une injonction à baisser les bras face à la terreur et sont totalement contraires à la fois à l’idée d’aliyah et à la position d’Israël face au terrorisme. Ils risquent de compromettre à moyen terme l’avenir des Juifs de France et, à long terme, celui d’Israël lui-même, en transformant le choix constructif de l’aliyah en renoncement devant la terreur. Ils brisent l’harmonie nécessaire entre Israël et la diaspora, unis dans un même effort pour une humanité plus forte.

 Est-ce ainsi que l’on construit un pays ? Et que veut dire « on vous accueillera à bras ouverts » quand Israël peine encore à nourrir ses enfants, à loger décemment ses populations ? à faire face à une pauvreté inédite de ses populations juives et arabes ?

 Que sont les 10 millions de shekels promis une fois encore lors d’une énième commission qui n’est jamais la dernière, s’ils ne font pas partie d’un projet global qui inscrive l’aliyah au cœur même de la société israélienne et prenne en considération les motivations de ceux qui viennent et de ceux qui les reçoivent ?

 Grains de sable dans le désert d’une politique sans perspective à long terme pour le pays.  Quitter la France dans ces conditions laisserait un vide, qui serait comme une cicatrice qui ne se refermerait pas et contaminerait le corps entier de nos sociétés.

 C’est plutôt à une résistance commune qu’il faut appeler, résistance des communautés unies et qui pourraient donner l’exemple de cette fraternité à laquelle plus personne ne veut croire, parce que les peuples divisés contribuent au maintien des pouvoirs autocratiques. C’est le message que nous adressent les morts de Toulouse, de Bruxelles, de Charlie, de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes. C’est ce message qu’il faut entendre, et mettre en pratique pour qu’ils vivent encore en nous « enveloppés dans le faisceau des vivants » 

Pierre Besnainou

 

Pierre Besnainou - JForum.fr

 

4 Commentaires

  1. C’est beau et on aurait envie d’y croire mais arrêtons de nous mentir à nous mêmes. Arretons de penser qu’un élan national porte l’étendard républicain pour nous dire : les juifs c’est nous. Les leçons de l’histoire sont la, bien présentes par les mémoires de nos pères et soudain nous prenons conscience que les regards se détournent comme pour nous dire : partez. Car c’est cela que j’entends : de lourds silences d’indifférence Alors si déclarer la guerre au mal n’a jamais été un problème, réveiller l’indifférence de nos Frères chrétiens relève d’un pari que j’aurais du mal à faire. Partir ? Oui c’est la seule solution pour nous et nos enfants et ce qui nous tendent les bras méritent tout notre amour

  2. N’y a-t-il pas de pauvres en France aucunes difficultés la-bas ! tous les pays ont les mêmes difficultés les mêmes problèmes pour nourrir, ou loger ses habitants. N’y a-t-il pas des problemes de sécurités avec tous ceux que vous recevez,. N’y a-t-il pas des quartiers entiers voire même des villes ou la police ne peut plus rentrer Mais ici en Israel je vais ou je veux , je fais mes courses tranquillement , mes enfants vont a l’école sans appréhension.Ils peuvent jouer le soir jusque très tard sans le moindre souci. Quand il y a danger je sais que l’armée est présenté Je vous refuse le droit de dire des mensonges sur israel . Assez de mensonges pour plaire a qui? dites le moi a qui? Israel est un beau pays. libre a vous de rester ou d’aller ailleurs mais vous n’avez pas le droit de donner des leçons et encore moins des conseils qui pourraient être néfaste par la suite alors que pour les juifs en 2015 il y a israel . Venez et vous le constaterez beaucoup de ministres sont venu et ont été bleue de constater que ce petit pays a des capacités.
    Ici tsahal nous défend et agit ce

  3. une résistance contre qui ? contre quoi ? avec des fusils mitrailleurs, des couteaux , des grenades, que peuvent faire les pauvres juifs qui habitent dans les cites , less ouvriers les commerçants les ingénieurs , les acteurs devant les fous .ils n’ont pas les pouvoirs quand les médias , les mistres les deputes ne font rien voir meme mettent contre eux que peut faire un gamin qui est attaque par 15 enfants qui veulent le massacrer? Non monsieur besnainou non vous n’avez pas le droit de dénigrer le pays d’Israël le seul pays qui peut les protéger. non monsieur besnainou vous n’avez pas le droit de mettre andouille la capacité du seul état juif a protéger ses juifs . Israel est entoure d’ennemis ilets vrai , mais il se defend, alors que le pauvre juif ne peut rien en dehors d’israel. Ne pensez vous pas que si il y avait eu israel avant 39 il y aurait eu moins dé morts de juifs civils Non monsieur vous n’avez pas le droit de décourager vos semblables de se protéger en se mettant sous la protection d’Israel en racontant des mensonges . pensez a la responsabilité que vous porterez si par malheurs il arrivait quelque chose que je n’ose dire.

  4. Moi je soutiens les Juifs! Beaucoup par affect, un peu par interet….Eh oui, le jour ou les islamo auront gagné (en cela aidé par leurs allies gauchistes, c’est pour ça que je ne n’etais pas charlie) et que les derniers juifs français seront en Israël, notre tour viendra et nous connaitrons le sort des coptes d’Egypte, des évangélistes algériens, des syriaques d’Irak ou des orthodoxes de Syrie…..

    ça sera trop tard!

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