Juifs d’Algérie: la résistance oubliée (2)

Le 8 novembre 1942, les Alliés débarquent à Alger. C’est l’opération Torch, dont la réussite a bénéficié de l’aide méconnue mais décisive de résistants, juifs pour la plupart, victimes d’un régime de Vichy plus radical en Algérie qu’en métropole.

Certains de ces apatrides s’engagent pourtant pour la libération de la France : une action héroïque qui facilitera le débarquement des Alliés, le 8 novembre 1942. La résistance juive a en effet joué ici un rôle déterminant: sur les 377 résistants ayant participé à la libération d’Alger, 315 étaient Juifs.

En toile de fond de cet événement se dessine le destin singulier des Juifs d’Algérie, ballottés par les cahots de l’Histoire et de la conquête du pays par la France au XIXe siècle jusqu’à son indépendance en 1962.

José Aboulker, chef de la résistance à Alger

José Aboulker naquit en 1920 à Alger.  En avril 1940, alors étudiant en médecine, il fut mobilisé comme élève-officier de réserve et démobilisé en février 1941.

Dès septembre 1940, il fonda un réseau de résistance à Alger, en liaison avec son cousin Roger Carcassonne d’Oran, et devint par la suite l’un des principaux dirigeants de la Résistance en Algérie.

Les deux cousins préparèrent avec Henri d’Astier de la Vigerie l’assistance française au futur débarquement allié, en liaison avec le colonel Germain Jousse et le consul Robert Murphy, représentant du Président Roosevelt à Alger.

Dans la nuit du débarquement allié en Afrique du Nord, le 8 novembre 1942, José Aboulker commanda, au Commissariat central, avec son adjoint Bernard Karsenty et les concours de Guy Calvet et du Commissaire Achiary, l’occupation d’Alger par 400 résistants.

Ces derniers neutralisèrent les centres de commandement et de transmissions, occupent les points stratégiques et arrêtent les responsables militaires et civils vichystes, dont le général Juin, commandant en chef, et l’Amiral François Darlan. Le XIXe Corps d’Armée vichyste devait concentrer ses efforts sur les résistants au lieu de se porter contre les forces alliées débarquées.Les débarquements autour d’Alger étant achevés, José Aboulker invita les chefs de groupes à évacuer leurs positions.

Il organisa aussi avec le capitaine Pillafort, chef de groupe, des barrages avec les résistants rendus disponibles par l’évacuation de certaines positions, de façon à paralyser la mobilisation.

Si bien qu’au soir, les forces vichystes n’avaient pas osé affronter le commissariat central, dernière place forte des insurgés.

C’est ainsi que, grâce à ce « putsch » du 8 novembre 1942, les Alliés débarquèrent sans opposition, encerclent Alger et obtinrent le soir même la capitulation de cette ville, avec son port intact, et la reddition des chefs de l’Armée d’Afrique.

En revanche, à Oran et au Maroc, où le putsch avait échoué, les Américains livrèrent trois jours de combats sanglants et incertains, et ne cessèrent le feu qu’après en avoir reçu l’ordre de Juin et Darlan, donné depuis Alger, sous la menace du général Clark. José Aboulker fut arrêté sur l’ordre de Giraud, ainsi que la plupart des chefs de la résistance.

Libéré après la Conférence de Casablanca (1943), il s’engagea dans les Forces françaises libres (FFL). Il fut envoyé clandestinement, en octobre 1943, en France occupée, comme « Délégué à l’organisation du service de santé des Maquis et des F.F.I. » et prépara l’organisation sanitaire civile pour la Libération. Il y dirigea les opérations de parachutage d’équipements chirurgicaux sur la France.

En août 1944, il partit pour une autre mission dans le sud de la France en insurrection, afin d’installer les commissaires de la République à Toulouse, Limoges et Clermont-Ferrand.

José Aboulker fut délégué de la Résistance d’Algérie à l’Assemblée Consultative Provisoire de Paris en 1944-1945, et déposa une proposition de modification de la loi électorale en Algérie, pour permettre l’élection de députés musulmans algériens.

Après la guerre, José Aboulker entra au parti communiste et reprit en 1946 ses études de médecine. Il passa les concours d’interne des Hôpitaux de Paris, puis d’assistant.

Il devint professeur de neurochirurgie, et chef de service des Hôpitaux de Paris. Il s’engagea pour l’indépendance de l’Algérie et s’opposa, en 1958, au retour du général de Gaulle. Mais ensuite, compte tenu de l’action du général dans le sens de la décolonisation, il vota en sa faveur en 1965.

José Aboulker fut Compagnon de la Libération, Commandeur de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945, ainsi que de la Medal of Freedom des États-Unis. José Aboulker fut membre du Conseil de l’Ordre de la Libération depuis mai 1999.

Devenu après la guerre l’un des grands noms de la neurochirurgie française, cet homme chaleureux et discret, qui avait peu de goût pour les commémorations mais répondait volontiers aux questions des historiens, est décédé mardi 17 novembre, à Manosque  2009 (Alpes-de-Haute-Provence), à l’âge de 89 ans.

 

Adaptation par JForum

 

Dessin jose aboulker

Ce dessin des points à contrôler a été dessiné par José Aboulker, qui en a donné une copie à un de ses cousins, avant d’en faire don au Musée du Général Leclerc.
Consulter
D’après Bénédicte Vergez-Chaignon,  » Le comité médical de la Résistance « , in DVD-ROM La Résistance en Ile-de-France, AERI, 2004
José Aboulker « La Victoire du 8 novembre 1942 : La Résistance et le débarquement des Alliés à Alger » œuvre posthume parue en 2012

 

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