Le 29 mai prochain, le président de la fédération palestinienne de football, Djibril Rajoub, va présenter aux pays membres de la Fifa une motion visant à expulser Israël de toutes les compétitions internationales. Afin d’être adoptée cette proposition devra obtenir 75% des suffrages d’une assemblée représentant 209 fédérations. Une grande partie de ces fédérations vient des continents asiatiques et africains, et il n’est pas impossible que malgré l’opposition des Etats européens et américains, la motion soit adoptée.

Le président de la Fifa, Sepp Blatter, opposé à cette résolution, s’est rendu cette semaine à Jérusalem et Ramallah pour rencontrer les responsables politiques et sportifs israéliens et palestiniens, mais il ne dispose pas d’un droit de véto au Congrès. Il a proposé d’organiser à Zurich un match de football entre Israéliens et Palestiniens. Netanyahou et Ofer Eini, le président de la fédération israélienne de football, ont immédiatement accepté, mais il ne semble pas avoir obtenu l’accord de l’Autorité palestinienne, qui entend faire de ce vote un test sur sa capacité de mobilisation internationale pour isoler Israël.

L’enjeu de cette résolution dépasse bien entendu la sphère du sport, car Djibril Rajoub n’est pas un dirigeant sportif, mais un homme politique, dont les ambitions sont connues de tous. Il fut pendant l’ère Arafat le responsable de la sécurité intérieure en Judée-Samarie et reste le numéro 2 du Fatah. Ecarté des instances de l’Autorité palestinienne au moment de la seconde Intifada et après la mort d’Arafat, il est considéré comme un des successeurs potentiels d’Abou Mazen. Il n’exerce plus de fonctions officielles dans l’administration palestinienne, mais reste l’homme fort du Fatah.

Si son plan d’expulsion d’Israël réussit, il est probable qu’il déposera une motion semblable au Comité Olympique où il représente également la Palestine. Une victoire symbolique sur ces deux fronts lui donnerait un avantage certain sur ses concurrents à la succession d’Abou Mazen.

Agé de 62 ans, Rajoub fait partie de la génération intermédiaire entre la vieille garde des fondateurs du Fatah et les jeunes comme Dahlan, Berguti, ou Fayed qui n’ont pas connu la période d’exil de l’OLP au Liban et à Tunis. Il bénéficie du soutien de l’émir du Qatar, entretient de bonnes relations avec Khaled Machal et le Hamas, dont son frère Naïf est le ministre des cultes.

La menace de mise au ban de la Fifa d’Israêl est prise très au sérieux à Jérusalem, car le nouveau gouvernement comprend qu’il ne s’agit pas d’un problème sportif, mais le début d’une campagne internationale, qui vise à généraliser un boycott d’Israël, dans tous les domaines: la culture, la recherche universitaire, l’économie ou le sport. Comme à la pire époque du nazisme, le sport, au lieu d’être une passerelle pour rapprocher les peuples et faire progresser la paix, devient une arme de guerre entre les mains de ceux qui ont donné le surnom de Fidayeen, les martyrs, à leur équipe de football..

Michaël Bar-Zvi

Chronique du 21 mai 2015 – Guimel Sivan 5775

 

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