De l’hébreu aux langues juives (vidéo)

Le peuple juif possède sa propre langue, qui est l’Hébreu, mais lors de l’exil à Babylone, l’araméen qui était la langue courante à Babel s’est imposée, puisqu’elle était la langue du pays où nous étions exilés et soumis, à telle enseigne, qu’au bout d’une génération, le peuple juif ne comprenait plus la Torah en hébreu.

De manière à faciliter la compréhension des textes, Onkelos traduisit tout le Tanakh en araméen. C’est aussi parce que le peuple était exilé à Babylone, que le Talmud est en araméen.

Après la destruction du Second Temple, lorsque l’entité du peuple explosa pour projeter ses membres partout dans le monde et dans toutes les directions, les communautés qui se trouvèrent disséminées en Afrique, en Asie, en Europe, virent leur langage vernaculaire se modifier au contact de l’idiome local ; ce qui fit, que les Juifs habitant désormais en Allemagne, se mirent à s’exprimer en judéo-allemand, ceux d’Afrique du Nord en judéo-arabe, ceux d’Espagne le judéo-espagnol, et ainsi de suite.
Ces langues vernaculaires ne subirent plus de modifications, ni sur le plan lexicographique, ni de la syntaxe.
Voyons un peu ces langues juives au-fur-et-à-mesure.

LA HAKETIYA

Le centre culturel de cette langue juive se situe dans ce qui est communément désigné par le « Maroc Espagnol’. Les Juifs habitant cette région ayant appartenu à l’Espagne, utilisent cette langue, qui permet à la langue espagnole d’être émaillée de termes hébraïques. Les Juifs qui optèrent pour d’autres lieux d’habitation, comme la région d’Oujda ou d’Oran, emportèrent avec eux cet héritage linguistique. Parfois, cet idiome se mêla à des bribes de judéo arabe marocain et/ou algérien. L’écriture est celle du « koulmous », sorte d’écriture de Rashi, avec quelques caractères déformés, comme nous le verrons plus bas.

LE JUDEO ARABE

Sous ce nom, on désigne une langue écrite et parlée, où se mélangent harmonieusement l’hébreu et l’arabe selon ses variantes : arabe marocain ou algérien, arabe tunisien ou lybien, la langue de chacun de ces pays comportant des différences lexicographiques. De même, qu’il existe des sortes de patois judéo persan, ou judéo yéménite.

LE JUDEO-ESPAGNOL / DJUDEZMO / LADINO

Lorsque les Juifs prirent la fuite d’Espagne au lendemain des interdictions de vivre en tant que Juif en Espagne, les Juifs se dirigèrent vers la France (région aquitaine puis vers le Nord : Angleterre et Pays-Bas), ou vers la Provence, et l’Italie, ou vers le Sud : l’Afrique du Nord –Maroc, Algérie, Tunisie- puis égrenèrent sur le chemin vers la Turquie, la Grèce, jusqu’en Yougoslavie. Ces Juifs parlaient un espagnol datant du XVème siècle, avec son orthographe et sa syntaxe, tout en ayant introduit des mots ou expressions hébraïques. Bien que souvent le public désigne cette langue archaïque comme du « LADINO », le Professeur Hayim Vidal Sephiha, qui fut le premier à obtenir une chaire de judéo espagnol à l’Université de la Sorbonne, donna une définition très claire de chacun des termes :

DJUDEZMO

Langue parlée par les Juifs Séfarades en Turquie et sur le bord des côtes méditerranéennes jusqu’en Bulgarie (Turquie, Grèce, Albanie, Macédoine, Monténégro, Bosnie, Croatie, Moldavie…).

LADINO

Désigne plutôt la langue qui servit à traduire les textes hébraïques en espagnol ancien. La littérature judéo-espagnole est riche en contes et sagesse populaires. En musique aussi, existent des disques de chants en judéo espagnol, interprétés notamment par Yéhoram Gaon. Il existe une haggada dePessah avec tout le texte traduit en judéo-espagnol. Malheureusement, il existait en Israël un journal en « ladino », mais la langue se perd et la parution du journal cessa faute de lecteurs. Sur le plan de l’exégèse biblique, un ouvrage très important écrit par le Rabbin Yaâkov Kouli, et s’intitulant « Yalkout Méâm Loêz », fut traduit en partie en ladino.

LE YIDDISH

On désigne souvent le judéo-allemand comme étant DU Yiddish. En réalité, dans cette rubrique également il existe des variétés, car les Juifs vivant en Allemagne, ou bien ceux de Pologne et autres pays d’Europe centrale, ont introduit dans leur langage courant des mots provenant de la région dans laquelle ils ont évolué.
Les œuvres liturgiques, poétiques, halakhiques ou philosophiques, se sont développées. Ainsi, en certaines occasions, ces pièces littéraires refont-elles surface, comme pour signifier qu’elles existent toujours, et restent le témoin d’une génération.
En Europe centrale, au long du XIXème siècle, des écrivains et poètes écrivirent des romans, des poésies ou des pièces de théâtre (le théâtre en yiddish était très prisé en Europe, et plus tard aux abords de la deuxième guerre mondiale), ce théâtre s’exporta sur les scènes new- yorkaises, en remportant un certain succès.
Parmi les auteurs yiddish connus, nous citerons Sholem Aleikhem, qui naquit en Ukraine en 1859 et mourut aux Etats-Unis en 1916. (Auteur, entre autres, des pièces Tévié le laitier, ou un violon sur le toit).
Shalom Yaâkov Abramovitch, surnommé Mendelé Mokher Seforim, ce qui signifie Mendel le vendeur de livres (le libraire), naquit en Biélarussie en 1836, et disparut en 1917 à Odessa.
Abraham Mapou, qui naquit en Lituanie en 1807, et décéda à l’âge de 60 ans, auteur du merveilleux roman « ahavat Tsion » (l’amour de Tsion).
Yéhouda Leib Gordon naquit en Lithuanie à Vilna en 1831, et mourut en 1892 à St Petersbourg en Russie. Il écrivit plusieurs œuvres à thèmes bibliques. Possédant un esprit très caustique et satirique, il se rendit célèbre auprès d’un public qui n’était pas religieux, avec un poème qu’il composa au sujet d’un guett (acte de divorce religieux) devant être remis à une femme séparée de son mari, mais qui ne put lui être remis, car le scribe qui avait calligraphié cet acte, avait omis de tracer un petit trait sur une lettre « youd ». Ceci tournait en ridicule le métier rabbinique. Ce poème satirique s’intitule « kotso shel youd » (l’accent du youd).

PARLEZ-VOUS SARFATIQUE ?

Au dessus sur le thème des langues juives, a été évoqué le langage qui était celui des Juifs installés dans la France du Moyen-Âge désignés par ce nom bizarre : sarfatique.
La France est appelée en Hébreu TSARFAT, ou selon la prononciation véritable SARFAT, la lettre communément appelée aujourd’hui tsadik צ, se prononçait aux temps anciens avec la pointe de la langue appuyée sur le haut intérieur des dents, comme la lettre  » Ṣ » (sa) en arabe (lettre palatale).
Cette langue n’était pas une langue parlée, mais une langue qui servait surtout pour les « échanges » littéraires, dirons-nous.
A l’instar des autres « langues juives », pour écrire en sarfatique, on utilisait ce qui s’appelle l’écriture du koulmous (la plume dont on se servait à l’époque). Certaines lettres s’apparentaient à l’écriture de Rashi, et d’autres caractères étaient différents. L’objectif étant de préserver les documents de l’œil indiscret des autorités de l’époque.
Dans certaines éditions anciennes de la Torah ou du Talmud notamment, on peut voir des commentaires écrits dans cette écriture.
Le judéo-français véhiculait des mots d’ancien français, tout comme on trouve des mots d’ancien allemand en yiddish, par exemple. Cependant, cette langue n’a plus eu cours après le XIIIème siècle, les Juifs ayant été expulsés à plusieurs reprises du territoire français au cours du XIVème siècle, notamment par Philippe le Bel en 1306, et se poursuivant sporadiquement ici ou là, jusqu’à l’expulsion définitive du royaume français en 1394. Rappelons que le territoire français de l’époque n’était pas celui connu aujourd’hui, étant bordé par des comtés plus accueillants, ou vers des pays voisins plus amènes. Cependant, on a remarqué l’infiltration de mots hébraïques dans le langage français, sans que l’on puisse absolument fixer à quelle époque elles ont eu lieu.
Dans plusieurs régions de France, les Juifs s’exprimaient en une langue juive caractéristique empruntant le patois régional, auquel s’ajoutaient des mots et expressions juives en hébreu, tel le shouadith de Provence-Languedoc-Roussillon, le judéo-alsacien et autres. Tout comme cela s’est avéré lors de la fuite des Juifs d’Espagne ou du Portugal après l’Inquisition, ceux d’Espagne ayant importé en Turquie, en Grèce ou en Yougoslavie, par exemple, la langue espagnole telle qu’elle était au XVème siècle ; les Portugais ont importé dans la Hollande salvatrice leur langage, auquel par la suite, se sont mêlées des expressions yidish ou germaniques.
Lorsque l’on consulte des dictionnaires étymologiques français par exemple, on est surpris de trouver que certains mots sont étiquetés comme des mots d’étymologie « indo-européenne » ; il est possible que ceux qui en ont ainsi décidé, ne connaissent pas l’hébreu, et n’ont peut-être pas eu la curiosité de chercher dans la Torah, qui est sûrement l’ouvrage le plus ancien qui puisse être consulté pour décider de l’origine de certains vocables.
La théorie de base est que lors de l’épisode de l’histoire universelle de la Tour de Babel où tout le monde parlait hébreu des mots hébraïques ont survécu dans la plupart des langues et furent transformés vocalement. Voici un exemple qui confirme cela : lors des croisades emmenant des soldats français en terre de Judée, les Croisés ont connu en cette terre d’Orient un vin léger et agréable qu’ils ont grandement apprécié et exporté pour l’importer en terre de France. Ce vin est connu aujourd’hui (même en Israël sous l’appellation française) sous le nom évocateur de CHARDONNAY or son appellation originale est : SHAAR LADO-NAY ou La porte de D. !!! Les spécialistes en étymologie ne sont pas forcément spécialistes dans toutes les langues et lorsqu’ils ne savent pas ils décident de dire que l’origine est latine ou « indo-européenne » eh oui !!!
Dans le langage liturgique chrétien des mots hébraïques ont une grande place et ce ne sont pas des mots latins. Ces sont bien connus du monde entier ce sont : Amen ou encore Osannah ou encore Alleloujah qui sont en hébreu : Amen (nous croyons vient de la racine émoun –apporter foi-) Hoshia na (sauve nous) et Hallelouya (glorifions D).
Voici quelques exemples de vocables français, dont la racine semble de toute évidence hébraïque ou judaïque ; bien évidemment, ce ne sont que des exemples, et la liste n’en est pas exhaustive, car les exemples sont très nombreux :
Rabacher vient du nom d’un célèbre rabbin talmudiste Rab Ashi qui vécut de 352 à 427 de l’ère courante, et qui avait coutume de répéter sans cesse certains enseignements.
Se chamailler vient du nom d’un autre talmudiste Shamay, qui vécut au premier siècle de l’ère courante, et qui avait coutume de se disputer, en discutant pour défendre son opinion auprès d’un autre sage tout aussi brillant : Hillel.
Graine vient du mot hébraïque gar’ine, dans lequel on trouve les consonnes g-r-n. et non pas de granum en latin bien que les dictionnaires ignorent totalement l’hébreu et indiquent le mot grain vient de granum.
Sotte vient du mot hébraïque sotta, qui désigne une femme « légère ».
Ecole, dont on dit qu’il vient de l’un des deux mots latins escola (école) ou scala (échelle). En fait, le mot école provient du mot hébraïque eshkol, grappe, car les élèves étaient regroupés comme des raisins d’une grappe autour de leur maître.
Poête, vient de la racine hébraïque payeth, qui signifie poétiser.
Eponge et encore plus clairement en anglais (sponge), vient du mot sfog tout comme le mot beignet en arabe qui est sfenj puisque le beignet s’imprègne d’huile.
En espagnol le mot précédant un nom Don vient de l’hébreu Don.
Mesquin vient du mot hébreu misken m-s-k-n.
Bien entendu, il y a des expressions aussi comme tohu bohu, emprunté directement à la Torah, ou capharnaüm, qui provient du nom de village de basse Galilée Kfar Nahum.
Vous pourrez aussi vous amuser à recenser de nombreux mots utilisés tout au long de la vie quotidienne, et vous serez étonnés…

Caroline Elishéva REBOUH.

Lire sur Jforum www.jforum.fr/la-langue-francaise-regorge-dexpressions-hebraiques.html

2 Commentaires

    • L’auteur de l’article a répondu au lecteur qu’il en est question dans l’article du judéo comtadin qui s »appelle le shouadite ou shouadith. Amitiés

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