Vayera: l’altruisme et la foi d’Abraham© vidéo

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La sidra Vayera nous livre de nombreux enseignements: la scène commence sur un homme très âgé, souffrant de la circoncision qu’il a faite sur lui-même, au troisième jour de cet acte pratiqué en obéissance à l’injonction de D.  Abraham a circoncis tous les mâles de sa congrégation de tous âges  lui-même étant âgé de 99 ans et Ishmaël âgé de 13 ans.

Abraham incarne la « mida » de hessed, de vertu. Il se préoccupe de tout et de tous et du bien-être de tous ceux qui s’approchent de lui.

Il  dresse sa tente toujours à un endroit qui se trouve être une sorte de carrefour et la tente possède quatre ouvertures de manière à ce que quiconque se présente ne pouvait qu’entrer sous cette tente où les voyageurs pouvaient non seulement se rafraîchir, se reposer, mais aussi boire et se délecter des produits de cuisine et de pâtisserie confectionnés par la belle Sarah ; ainsi tous deux recevaient leurs hôtes de la manière la plus prestigieuse qui soit en offrant le gîte et le couvert désirés.

Cependant, malgré la souffrance de l’opération, le Patriarche déplore le fait que ces jours-ci, ne se présente aucun voyageur et ceci pour une raison très simple nous enseignent nos Sages : D a fait en sorte qu’une chaleur si intense se produit que personne ne semble tenté par s’aventurer à l’extérieur.

Aussi, HaShem fait apparaître Ses envoyés : les Anges Michaël, Gabriel et Raphaël. Ils avaient chacun une mission à accomplir : Raphaël est venu apporter la guérison à Abraham[1]

Abraham et Sarah étaient tous deux stériles et pourtant D leur promet une nombreuse descendance. Abraham va donner naissance à Ishmaël fils de la concubine Agar mais, pour donner une descendance pure et sainte, D voulut que d’une part Abraham ait scellé l’Alliance avec D mais d’autre part, IL désira que le tribut féminin n’existe plus pour que le miracle divin apparaisse clairement aux yeux de tous.

Michaël, pour sa part, est venu annoncer que l’année suivante à pareille époque un enfant naîtrait.

Gabriel, devait annoncer à Abraham le projet de détruire Sodome et Gomorrhe.  La société qui composait la population de ces deux villes était d’une perversion mentale telle qu’ils avaient établi des critères physiques qui ne sont pas sans rappeler la société nazie qui manquait totalement de miséricorde.

Ils avaient cédé également à des perversions de mœurs. Ainsi, si des étrangers se présentaient chez eux et s’ils étaient trop grands on leur coupait les jambes, pour ceux qui étaient trop petits, ils subissaient des tortures pour essayer de les faire « s’étirer » en longueur ; ceux qui souffraient d’un retard mental étaient supprimés ; il était interdit de donner l’aumône ou de la nourriture aux nécessiteux afin que les « inutiles » meurent d’eux-mêmes. Il était interdit d’héberger quiconque.

Ainsi, le sort des nouveaux-venus n’était-il pas si enviable. Abraham entend pour la première fois que les cris de désespoir parviennent jusqu’au Trône céleste : l’une des filles de Loth avait épousé un notable de Sodome.

En allant puiser de l’eau, elle aperçut un pauvre. Elle savait qu’il était interdit de le secourir ostensiblement aussi, imagina-t-elle un stratagème pour lui donner de la nourriture sans qu’il n’y paraisse. Pourtant, voyant que l’indigent ne dépérissait pas, une surveillance s’établit et c’est ainsi  qu’elle fut prise sur le fait et qu’elle devait subir une peine. Elle s’écria alors vers HaShem pour réclamer Justice.

C’est alors que D décida de détruire ces deux villes.

Cette région était belle, verte et prospère. Et, ce n’est qu’après la destruction des deux villes et de leurs habitants que la région devint un véritable désert, que la mer qui avait une eau douce provenant du Jourdain, se transforma en  une mer de sel que la vie –la faune marine – fuyait.

Par égard pour Abraham et pour l’amour qu’il avait pour D,  HaShem décida de lui faire part de ce projet contre les villes de perversion. Et, Abraham n’hésita pas un seul instant : il se mit à négocier avec le Créateur : et s’il y avait 50 justes ? 45 ? et même pour un ? Cette attitude caractéristique d’Abraham n’a pas été celle de Noé qui, lorsqu’il sut que le monde allait être détruit (et pas seulement deux villes) n’est pas intervenu et a obéi docilement.

Cet altruisme d’Abraham donne une tout autre image du chef spirituel : celui qui sait prendre la défense de ses ouailles, celui qui éprouve de l’empathie pour autrui et cherche toujours à défendre l’autre parce qu’il lui importe et parce qu’il espère toujours pouvoir tirer le meilleur de quiconque.

Caroline Elishéva REBOUH

[1] De là nous apprenons qu’il est préférable de rendre visite à un opéré à partir du troisième jour après l’intervention chirurgicale.

L’Éternel nous donne une leçon d’humilité et de patience 

« Hachem lui apparut dans les plaines de Mamré, et il était assis à l’entrée de la tente, dans la chaleur du jour » (1er verset de la paracha). En phonétique : Vayéra élav Hachem  bééloné mamré véhou yochev péta’h haohel ké’hom hayom.
Remarquez tout d’abord que le nom divin n’apparaît pas d’emblée dans le verset : il intervient en troisième position, en semblant faire écho à cet autre verset, qui ouvre la Torah : Béréchit bara Elokim..
Cours dédié à la Mémoire de Gérard Benyamin HAÏOUN Z’L 14 Hechvan 2014
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Le sacrifice d’Isaac, l’épreuve finale

« Il dit « Ne porte pas ( al tichlah’) ta main sur le jeune homme (hanaâr) et ne lui fais rien (méoumah) car maintenant Je sais que tu es craignant- Dieu et tu ne m’a pas refusé ton fils, ton unique » (Gn, 22, 12).

L’entreprise abrahamique est dirigée vers la reconstitution d’une humanité créatrice, bénie en tant que telle. Puisque l’homme est mortel, la création dont il doit être l’auteur ne peut s’inscrire que dans le fil des générations, des toldot, comparables aux générations, aux toldot, du Ciel et de la Terre.

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Encore faut-il qu’il accepte consciemment – et inconsciemment cette perspective et qu’il n’estime pas que si Histoire il doit y avoir elle se limitera à son existence personnelle. D’où l’importance décisive de la 10eme épreuve d’Abraham, de la Âkédat Itsh’ak, de la ligature d’Isaac qui a donné lieu à de multiples commentaires qu’il faut également savoir découvrir.

Jusqu’à présent, le récit biblique s’est attaché à la construction individuelle d’Abram, homme resté longtemps sans progéniture et sans descendance. On le sait, Abram est devenu Abraham par intégration de la lettre héi, celle de l’interlocution, dans la reconnaissance d’autrui par soi même et de soi même par autrui. Puis Abram, Abraham devenu, est appelé à devenir enfin père.

Pourtant l’interrogation demeure: cet enfant, le père est- il porté à l’inscrire précisément dans la suite des générations, en l’érigeant en auteur d’une histoire vivante, ou bien n’est-il entre ses mains que chose parmi les choses, dont il peut disposer à sa seule convenance?

On sait également que dans cette période de l’aventure humaine qualifiée à tort d’Antiquité, tant elle demeure prégnante psychiquement, les géniteurs avaient droit de vie et de mort sur leur progéniture. C’est ce butoir là dont le récit biblique décrit le dépassement.

Tout commence par une injonction « classique » du point de vue que l’on vient de rappeler. Une divinité anonyme (expression de l’instinct plus que voix de la conscience) enjoint à un individu de sacrifier son fils, de le vouer à un holocauste.

L’individu en question s’exécute, cédant sans objection audible à la poussée de ses instincts infanticides. Et le processus sacrificiel se déroule sans que rien ne nous en soit épargné. Jusqu’au moment fatidique où Abraham en personne se saisit du coutelas pour procéder à la phase ultime du sacrifice rituel et infanticide. C’est à ce moment même qu’une toute autre voix se fait entendre de lui pour lui enjoindre au contraire de ne pas porter la main sur cet être issu de son être et qui s’est complètement rendu à sa merci, de ne pas lui causer de dommage physique, et aussi de ne lui causer aucun autre préjudice, d’aucune sorte; et c’est de la sorte qu’Abraham se révélera « craignant Dieu », le Dieu non des pulsions instinctuelles et sacrificielles qui interdisent le déploiement intergénérationnel de l’Histoire mais le Dieu des générations liées entre elles, dirigées vers un avenir aussi ouvert et fécond qu’elles seront nombreuses et vivaces.

Car c’est sans doute ainsi que peut se comprendre la conclusion de l’injonction divine: Abraham n’a pas considéré qu’il disposait d’un pouvoir absolu sur son fils, au point de ne plus entendre la Parole divine et la Loi qu’elle proclame et promulgue à cet instant.

Car le verset générique ici commenté doit être entendu et compris comme la proclamation et la promulgation des droits de l’enfant, et du premier d’entre ces droits: celui d’être considéré et reconnu dans sa généalogie, certes, mais aussi comme source spécifique de l’Histoire, comme génération (dor) créatrice. Autrement on ne comprendrait pas une autre loi, celle qui sera proclamée et promulguée cette fois au Sinaï: « Honore ton père et ta mère ».

Comment la 5ème parole pourrait elle être acceptée par des enfants non reconnus personnellement, placés sous la menace de mort d’un père et parfois d’une mère nominaux, sans aucun lien affectif et qui ne désirent aucun prolongement de leur être…

D’un point de vue pédagogique, d’une pédagogie du vivant, le verser 12 du chapitre22 de la Genèse et le verset 12 du chapitre 20 de l’Exode sont intiment corrélés et forment le chenal par lequel les toldot de l’Humain et celles de l’Univers se corrèlent à leur tour.

Raphaël DRAÏ Zal

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