Israël, Etat-nation du peuple juif : quid de la diaspora ?©

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Israël, Etat nation du peuple juif : quid de la diaspora ?

Le 10 mai 2017, la Knesset a adopté le projet de Loi faisant d’Israël, non plus un « Etat juif et démocratique » mais bien « l’Etat nation du peuple juif ». Le défenseur du texte, Avi Dichter, (Président de la commission des Affaires Etrangères et de la Défense de la Knesset) a soutenu la projet en rappelant que « L’État d’Israël est le foyer national du peuple juif, dans lequel celui-ci réalise ses aspirations à l’autodétermination selon ses traditions culturelles et historiques » ajoutant : « il s’agit d’un droit que ce projet donne au seul peuple juif », avant de conclure (en langue arabe) : « Israël est l’Etat nation du peuple juif ». Le concept « d’Etat nation du peuple juif » aura, incontestablement, des conséquences pour les juifs de diaspora dans la mesure où ils font également partie du « peuple juif». En d’autres termes, le projet adopté signifie simplement que l’Etat d’Israël leur appartient également. Il conviendra donc, pour l’Etat juif, qu’il mette en place cet outil juridique dont sont dotés l’ensemble des pays démocratiques, en l’occurrence la « nationalité » qui sera, s’agissant d’Israël, une nationalité israélienne, israélite, c’est-à-dire juive, aux cotés du lien juridique actuel, la « citoyenneté », qui offre des prérogatives à tous les ressortissants israéliens, quelle que soit leur origine.

Le projet de loi avait déjà été soumis et approuvé à la Knesset le 23 novembre 2014, mais vivement critiqué au sein de la coalition : le procureur général Yehouda Weinstein (conseiller juridique du gouvernement) avait critiqué le projet, estimant qu’il affaiblissait le caractère démocratique d’Israël. Pour sa part, la ministre de la Justice Tzipi Livni avait réussi à en repousser son examen à la Knesset. Pour sa part, la minorité arabe considérait le texte comme étant raciste.

Toujours est-il que l’adoption du texte rapprochera Israël de sa vocation initiale et aura plusieurs conséquences : il réaffirme que Jérusalem est la capitale d’Israël et que l’hébreu sera la seule langue officielle. Aussi, convient-il de s’interroger sur le lien entre les juifs de diaspora et la terre d’Israël qui deviendra également leur terre.

La très grande majorité des juifs de diaspora est profondément attachée à la nation juive, à son histoire ou aux messages de ses enseignements Bibliques. Israël est constamment au cœur de ses préoccupations, de ses pensées voire de ses vibrations. Or, si la Loi du retour offre aux juifs de diaspora, la possibilité de venir s’établir en Eretz, de disposer d’un passeport israélien, et de voter pour les représentants à la Knesset, il ne s’agit, en réalité, que d’un aspect migratoire, non d’une Loi qui fige leur lien avec la terre d’Israël, c’est-à-dire leur terre.
Il convient donc de mettre en place, à côté de la citoyenneté israélienne (ezrahut) une véritable nationalité israélienne (leoumiyoute) qui sera également réservée aux juifs de diaspora qui souhaitent devenir nationaux israéliens (à côté de la nationalité dont ils disposent dans leur pays de naissance et de résidence).

La « nationalité » est en effet le lien juridique entre un pays et son peuple. Si donc Israël devient « l’Etat nation du peuple juif », il conviendra de figer le lien entre la terre d’Israël et les juifs de diaspora, quelque soit leur lieu de résidence.

L’institution d’une « nationalité israélienne, israélite, juive » accordée aux juifs de diaspora (qui le souhaitent) leur permettra de comprendre pourquoi ils sont dotés d’une conscience identitaire israélienne alors qu’ils ne vivent pas en Israël. En effet, les évènements quotidiens en Israël (qu’ils soient d’ordre politique, économique, culturel, scientifique, militaire) importent autant, sinon plus, que tout ce qui peut advenir en diaspora. Certains juifs de diaspora ne sont pas simplement juifs, ils sont également israéliens dans le cœur et dans l’âme. Or, privés de la nationalité israélienne, leur situation est celle d’orphelins apatrides, isolés de leur terre.

Notons que les non juifs ont également conscience de ce lien entre les juifs de diaspora et la terre d’Israël : beaucoup d’entre eux se posent la question de savoir si les juifs sont israéliens. Inversement, ceux qui ne sont pas animés de bonnes intentions à l’égard des juifs de diaspora, justifient les agressions anti juives « par ce qu’ils font vivre aux palestiniens ». Les enfants juifs de diaspora se font agressés ou insultés pour ce motif alors qu’ils n’ont jamais causé le moindre tort à qui que ce soit, et encore moins à des personnes palestiniennes. Si donc ils sont qualifiés de « bourreaux (imaginaires) de palestiniens », pourquoi ne pas leur donner le statut légal d’israéliens.

Sur le plan de la cohésion nationale juive, certains membres de la communauté en diaspora, sont égarés dans leur foi mais fascinés par le miracle d’« Israël ». Ils éprouvent au fond d’eux une forme de spiritualité étouffée n’aspirant qu’à grandir. D’autres, juifs sans revendiquer leur confession, s’interrogent sur le mystère de leurs origines. D’autres enfin refusent d’adhérer à toute dialectique de nature transcendantale mais sont nostalgiques d’une foi perdue. Ces personnes ne  souhaitent pas acquérir la « nationalité israélienne » puisque leur lien à la terre d’Israël est trop distendu. Une loi accordant la nationalité israélienne aux juifs de diaspora réveillerait certainement l’âme juive qui sommeille en eux.

Sur un plan démographique, l’Etat nation d’Israël répondrait à ceux qui anticipent une disparition de l’Etat juif par le ventre des mères non juives qui viendraient peupler la terre d’Israël. Ceux là sont persuadés que l’Etat d’Israël est un Etat colonial appelé à disparaître tôt ou tard. Si l’Etat d’Israël devient l’Etat nation du peuple juif, il comprendra potentiellement 15 millions de nationaux (une immense majorité devrait prendre la nationalité juive) face à 1.5 millions de citoyens non juifs d’Israël. Israël pourrait alors sanctionner les « atteintes aux intérêts supérieurs de la nation juive », par le retrait de la citoyenneté israélienne et bannir du pays, tous ceux, juifs ou non, qui lui causent du tort (il n’y aurait plus de non juif à la Knesset).

Sur un plan religieux, bon nombre des membres de la communauté en diaspora éprouvent ce sentiment d’Eternité qui imprègne l’atmosphère et la CHEKHINA répandue dans l’univers. Leur accorder le bénéfice de la « nationalité israélite juive », (alors qu’ils ne veulent pas quitter leur pays de résidence) participerait du dessein divin et constituerait une étape préparatoire à la venue de MACHIAH.

S’agissant du lien entre les juifs de diaspora et ceux d’Israël, l’institution d’une nationalité juive permettrait d’envisager des devoirs des nouveaux nationaux à l’égard de leur terre, en termes de Tzedaka ou de périodes dans l’année, passées au service de l’Etat. Une telle MITZVA renforcerait définitivement les liens entre les populations juives d’Israël et celles de diaspora.

Il convient donc, pour Israël, de saisir cette opportunité que présente le concept « d’Etat nation du peuple juif », pour établir le lien juridique entre les juifs de diaspora (qui le souhaitent) et leur terre historique. Les juifs de diaspora ne pourront d’ailleurs pas être taxés de « double allégeance » puisque le phénomène de la « double nationalité » existe dans de très nombreux, et, que, les pays européens ont renoncé à leur identité historique (Lois, monnaie, frontières, principes judéo-chrétiens), au profit d’une entité supra nationale « l’Union européenne » qui gère une partie de ces aspects pour eux. Du rétablissement du lien entre les juifs de diaspora et leur terre, jaillira la lumière sur l’ensemble des communautés.

Par © Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

12 COMMENTS

  1. Ce projet et surtout les arrières pensées annexionnistes qu’il recèle est une régression par rapport à humanisme et l’ouverture de la déclaration d’indépendance de 1948 . Il propose une solution artificielle au gap démographique lié à une éventuelle annexion . Le plus grave à mes yeux est qu’en insistant lourdement sur l’état juif il entravera un processus intéressant en cours : lisraelisation dune partie des arabes d’israël et cest lamentable ; l’honneur d’israël est qu’une zoabi puisse hurler à la knesset .

  2. Je trouve ca problématique. Qu’est ce qui se passera avec les juifs américains qui ne sont pas en grande majorité sionistes comme nous aimerions qu’ils le soient. S’ils prenaient la nationalité israélienne pour voter démocrate à l’israélienne ”meretz”. Je n’ai pas compris non plus comment on fera pour virer tous les Zoabi, Tibi …

    • Vivi vs n’avez pas compris, relisez bien attentivement tout ce billet, et je peux vs dire il est super bien pensé !!!
      Tout les juifs du monde entier obtiendraient s’ils le désire l’identité israélienne, israélite ,juive donc dans notre gouvernement il n’y aura que des juifs, fini les tibi etc..etc…
      Shavoua Tov lekoulam

  3. Je trouve ca problématique. Qu’est ce qui se passera avec les juifs américains qui ne sont pas en grande majorité sionistes comme nous aimerions qu’ils le soient. S’ils prenaient la nationalité israélienne pour voter démocrate à l’israélienne ”meretz”.

  4. Mon cher bertrand
    C est un article.admirable.si tous les juifs du monde pouvaient acquerir la citoyente israelienne d une maniere spontanne .avec 15 millions d electeurs nous n aurons plus a subir les ahmed tibi ou hanan zoabi et autres qui crachent sur notre drapeau nous serons majoritaires et democratiquement il n y aura.plus aucun traitre a yosse. la knesset bien vu.

  5. Mais l’Etat Juif a été proclamé depuis 1948 , date de l’indépendance d’Israël, ça n’est pas nouveau.
    Cependant pour les Juifs de diaspora, c’est également leur état, mais pour être Israélien il faut vivre au moins 6 mois en Israël et être juif bien évidemment.

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