Grand Rabbinat d’Israël : favoritisme ou mérite?

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Avertissement : Ce pourrait être le titre d’un grand déballage sulfureux de « Lachon Ara » (médisance) fondé sur des soupçons invérifiés. Ce n’est pas le cas, mais le résultat d’une enquête approfondie, menée par une instance reconnue, Neemanei Torah Va’Avodah, qui l’a remise, assortie d’une pétition en bonne et due forme, auprès de la Cour Suprême du Grand Rabbinat. Cette Grande Instance a imposé un ordre temporaire, interdisant au Grand Rabbinat de faire usage de son Autorité, jusqu’à ce que ce Tribunal arrête sa décision en la matière. Selon une enquête synthétisée par Kobi Nachshoni, pour Ynet ( ynetnews.com Article original), le 23 juillet, soit à la veille de l’élection, seulement 4 des dix prétendants au titre de Grand Rabbin d’Israël, lors de ces élections, ont passés tous leurs examens pour obtenir le titre de (simple ou “petit”) Rabbin. Aucun des deux heureux élus n’a celui de Grand décisionnaire en matière de Halakha. Ceux qui ont fait leur preuve, de ce point de vue, n’ont pas été retenus.

C’est donc moins de la moitié des candidats qui a obtenu son ordination après avoir passé et subi avec succès toute la série des examens écrits requis, alors que les 6 autres ont bénéficié, soit de traitement de faveur, sont de facilités dans leur cheminement, souvent en ne passant que des épreuves orales relativement courtes et moins ardues. D’autres ont, purement et simplement, été exemptés en totalité.

En outre, les Quatre « Princes d’Israël », parmi les postulants, – enfants des Sommités : Shmuel Eliyahou, David Lau, Yitzhak Yosef et Ya’acov Shapira- ont été certifiés Rabbins, alors que leurs pères contrôlaient le système supervisant l’ordination et seulement l’un d’entre eux (David Lau) a réellement passé avec succès l’examen écrit pour devenir Rabbin.

Avant d’être désigné, tout Grand Rabbin doit détenir le certificat et l’expérience le qualifiant comme Rabbin d’une ville (plus ou moins grande ou prestigieuse).

Le Département d’homologation du Grand Rabbinat délivre Trois grandes classes de titres :

« Yoreh-Yoreh » : le lauréat est reconnu comme apte à enseigner la Halakha (loi juve), après son succès aux examens sur des problèmes halakhiques.

– Le Certificat de Rabbin apte à diriger une ville (sur le plan religieux), auquel on posera des questions relatives à des problèmes supplémentaires, souvent épineux.

« Yadin-Yadin », qui représente le titre le plus prestigieux et déterminant pour viser le poste ultérieur de Grand Rabbin. L’impétrant est reconnu comme Juge ou Décisionnaire, ce qui veut dire que sa formation très poussée est suffisante et ses facultés d’entendement et de jugement suffisamment clairvoyantes pour rendre des Jugements d’ordre Halakhique, relatives, par exemple, à de graves problèmes d’argent ou de contestation de propriété.

Dans le service public, les certificats rabbiniques sont reconnus comme équivalant à des diplômes universitaires élevés ou de grandes écoles, ouvrant droit à certains niveaux de salaire, comme dans le Supérieur et à d’autres avantages.

Or, par le passé, le processus d’ordination était relativement flexible et on avait le choix entre l’examen écrit (dont les épreuves sont réputées difficiles, avec des résultats qui sont notifiés et répertoriés, consultables) et l’examen oral (reconnu plus facile et aux vérifications plus aléatoires, sauf pour le jury présent). Il existait aussi des épreuves optionnelles pour des responsables déjà présents et travaillant au sein du Grand Rabbinat.

Et, jusqu’à il y a peu de temps, les postulants pouvaient même être exemptés de toute épreuve, après une évaluation de leurs connaissances sur des problèmes rabbiniques généraux.

Au fil des ans, le poids accordé aux examens s’est renforcé et l’examen écrit est devenu obligatoire et incontournable, à moins que le Grand Rabbinat ne reconnaisse le candidat comme un « Grand dans l’Etude de la Torah ».

L’objet de la pétition lancée, après enquête, par l’entremise du Dr Aviad Hacohen, au nom du mouvement Neemanei Torah Va’Avodah est de s’élever contre toute exemption. Ce manifeste doit encore être approuvé.

Autre sujet de controverse : actuellement, bien que le Grand Rabbin ait fonction de Président de la Cour Suprême Rabbinique, équivalant religieux de sa sœur jumelle, la Cour Suprême de l’Etat, ce n’est pas une obligation, pour lui, d‘obtenir le Certificat de « Yadin », de Décisionnaire. Il peut donc siéger sans avoir d‘autre qualification, mais se voir bombarder, d’emblée, Juge toranique… La seule condition impérative est de disposer d’un certificat en tant que Rabbin local.


Rabbi Yitzhak Yosef

Yitzhak Yosef (fils d’Ovadia) a obtenu son certificat de Rabbin d’une Ville, en 1983, après un simple examen oral, alors que l’épreuve écrite existait depuis 1970. Deux de ses tuteurs étaient de Grands Rabbins d’Israël en fonction, dont son propre père.

Vingt ans plus tard, il s’est révélé que son ordination n’avait jamais été soumise au Conseil Supérieur du Grand Rabbinat, qu’on a, alors, convoqué et appelé à le ratifier a posteriori en… 2006, ceci sans exiger de lui le passage d’une épreuve quelconque de confirmation ou de révision…


Rabbi Ya’acov Shapira, Fils d’Abraham.

Au cours des mandats des grands Rabbins suivants, Avraham Shapira et Mordechaï Eliyahou, leurs fils, respectivement, Ya’acov Shapira et Shmuel Eliyahou ont obtenu leur certificat de Rabbins. Le premier, à la suite d’un simple examen oral, puis s’est vu qualifier, peu de temps avant que son père ne quitte ses fonctions.

Le second, Shmuel Eliyahou, a passé les examens, écrit et oral.


Rabbin David Lau.

Par contre, le Rabbin (actuel Grand Rabbin ashkénaze) David Lau a, certes, obtenu son premier titre en 1983, un mois seulement, après la prise de fonction de son père. Mais, contrairement aux trois autres désignés « Princes », il est le seul à avoir passé avec succès, les deux examens écrit et oral. (On en déduit donc que le Rabbin Shmuel Eliyahou n’a pas été aussi brillant à l’un des deux).

Et, pour ce qui est du droit et dur chemin vers le titre de Décisionnaire, le Rabbin Ratzon Arusi, nommé Grand Rabbin de Kiryat Ono, a été fait Rabbin local en 1983, en étant exempté d’épreuves, après une évaluation en tant que « Grand dans la Torah ».

Le Rabbin Yehuda Deri, frère d’Aryeh, l’un des leaders du Shas ayant eu maille à partir avec la Justice, n’a passé qu’un examen oral en 1993.

Le Rabbin Zion Boaron est, quant à lui, devenu Décisionnaire en 1982.

Le Rabbin David Stav, par la même voie royale, a été reconnu, à la fois, Rabbin de Ville et Grand Décisionnaire.

Le Rabbin Eliezer Igna, qui a quitté la « compétition » lundi 22 juillet, est bien Juge religieux, par passage de tous les examens écrits.

Le Rabbin Abergel est bien Rabbin de Ville et Décisionnaire, depuis 1987.

Or, on se rend bien compte qu’aucun des Décisionnaires ayant capacité et fonction de Juge et, donc parfaitement à même de siéger à la Cour Suprême des Rabbins, n’a été retenu. Et un seul des deux grands Rabbins élus a passé les épreuves écrites de (simple) Rabbin avec succès.

Certaines informations transmises par Neimanei Torah Va’avoda visent à stopper « l’illégalité » de décisions déterminantes pour l’avenir du Judaïsme. Mais, il est vrai qu’une fois élus, les Sommités retenues sont en mesure de favoriser des proches dans les fonctions de prise de décision, le système pouvant ainsi se reproduire, par héritage, jusqu’à un certain point… L’enquête fournie révèle que des centaines de Rabbins –parents ou associés de ces personnalités tenant le haut du pavé – ont bénéficié de procédures écourtées, voire, sans passer d’examen du tout. Ces examens oraux brefs sont marqués par un taux de réussite de 100%

Alors que le Conseil établi en vue de mener à bien cette élection aux titres de Grand Rabbin Ashkénaze et Séfarade d’Israël, a validé les parcours des dix candidats habilités, plus de la moitié d’entre eux ont emprunté la voie la plus aisée ou s’est vue offrir des occasions et facilités, qui relèvent, à tout le moins, en apparence du conflit d’intérêts.

Au-delà des révélations de cette enquête sur des personnes et la valeur de leurs titres, l’enjeu actuel, de rénovation des procédures de certification, est de taille, même si on s’accorde à l’idée que les diplômes sont insuffisants en eux-mêmes pour évaluer une Grandeur d’âme. On l’a vu, en France, dès la mise en cause de l’agrégation ou de certains passages écrits du Grand Rabbin Bernheim : aucune ombre au tableau ne vous sera pardonnée comme une simple “omission”. A un moment donné, le public sera informé de la consistance relative de telle ou telle reconnaissance présumée acquise. Si, même on peut se justifier, il est déjà trop tard…

Le caractère de « scandale » amplifié est sans le moindre intérêt. Ce qui compte, c’est que le Judaïsme mondial, d’Israël et de Diaspora, puisse élire des hommes d’exception, à la hauteur des défis qui se posent, alors que l’idéologie envahit la sphère scientifique laïque et que les idées fausses, en politique, à propos d’Israël, du Judaïsme et des Juifs se répandent à la vitesse de la lumière-internet.

La crise de leadership, qu’on vérifie, aussi bien au Consistoire français (par absence provisoire de Grand Rabbin, en tant qu’autorité reconnue) qu’au stade d’un Ministère des Affaires étrangères israélien, plombé par des manoeuvres syndicales, qui tuent dans l’œuf toute velléité de lutte pour la Hasbara (l’explication des faits et la défense de l’image), sont en grève en période d’Alyah intensive, ou prennent du « retard » dans les dossiers qui les « saoûlent » (affaire Al-Dura), est l’occasion pour des adversaires à l’œil vif, de détecter des failles et de viser des cibles, pour faire avancer leur propre agenda, qu’il soit politique, antireligieux ou qu’il se pare des vertus d’une Laïcité donneuse de leçons de vie (animale, humaine ou éthique)…

Par usage fréquent de double-standards ou « deux poids-deux-mesures », lorsqu’il est question des Juifs, le « droit à l’erreur », accordé à « tous », devient l’occasion d’accusations collectives « impardonnables » et en tous genres.

De plus, le public des observants de Diaspora et des différents secteurs de la société civile israléienne, attend des réponses certifiées, sur les problèmes qui l’assaillent, ou concernant, le partage du “fardeau” militaire et social, en Ertez Israël.

Les dernières élections parlementaires ont donné lieu à l’irruption de deux jeunes partis, au moins, l’un laïc, Yesh Atid, l’autre Hayehudi Habaït (Foyer Juif), Sioniste-Religieux, qui aplanissent les contradictions apparentes, entre participation civique, raison et foi. Ils ont fait du partage des tâches leur cheval de bataille et s’apprêtent à négocier avec les représentants rabbiniques élus l’avenir du Sionisme sur sa Terre et face à ses responsabilités devant l’Histoire…

A moins que, par une habile manoeuvre politique, le Premier Ministre Netanyahou, par l’entremise du Maire Likoud de Jérusalem, Nir Barkat, ait personnellement veillé à ce que ces deux partis, “chiens-fous” de sa coalition, ne puissent troubler le jeu traditionnel es attributions de poste au Rabbinat… Logiquement, s’ils font déjà partie du gouvernement, ils “devaient” céder les symboles du pouvoir spirituel aux Ultra-Orthodoxes, exclus de l’appareil d’Etat.

Le Conseil électoral, appelé à voter, comprend 150 membres, dont 80 Rabbins et 70 représentants de la sociétécivile et des partis.

Le 1er groupe inclut les Rabbins des principales grandes villes et conseils régionauxd’Israël, ainsi que dix Juges religieux ou Décisionnaires (très minoritaires, donc). Le second groupe est constitué de deux Ministres du gouvernement et de 5 députés : Yisraël Eichler (Judaïsme de la Torah Unifiée -Ultra-orthodoxe), Miri Reguev et Gila Gamliel (Likoud), Yoni Chetboun ( Foyer Juif) et Aliza Lavie (Yesh Atid ou “Avenir”) – ainsi que les maires et chefs des conseils religieux des plus grandes villes et conseils régionaux d’Israël.

Selon Raphaël Arhen, du Times of Israël Article original, ces élections et les intrigues auxquelles elles ont donné lieu, sont les plus honteuses de toute l’histoire de cette Noble Institution, laissant entrevoir à certains, les germes de futures victoires dans ce qui se préfigure comme une défaite du courant rénovateur.


Rav David Stav
Tendre la main à la Communauté traditionnaliste ou non-religieuse.

De toute évidence, le Rav David Stav Article original était considéré comme l’esprit le plus ouvert et le plus clairvoyant pour faire la différence et emprunter la voie du dialogue et du compromis. Il aurait pu rapprocher divers courants de Diaspora, tout comme les Non-Haredim d’Israël. Il avait le soutien des Sionistes-Religieux, qui représentent une des catégories montantes de l’électorat.

Mais, selon les pragmatiques, son élection aurait eu un effet trompe-l’oeil, en rendant l’image extérieure du Grand Rabbinat d’Israël plus agréable à contempler, sans qu’il ait, à lui seul, la moindre marge de manoeuvre pour changer la donne…

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