Un homme fiché S, poursuivi pour l’agression d’un agriculteur, a été remis en liberté

L’agresseur présumé d’un agriculteur du Lot-et-Garonne, en détention provisoire depuis juillet dernier, a été remis en liberté en fin de semaine dernière avant une confrontation prévue mercredi. L’avocat des parties civiles dénonce cette décision.

Kamal Belbakkal, poursuivi pour l’attaque au couteau d’un agriculteur de Laroque-Timbaut dans le Lot-et-Garonne en juin 2017, a été remis en liberté vendredi 26 janvier dans la soirée. Mis en examen pour violence avec arme, il était placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement. «Je suis scandalisé par la nouvelle», réagi l’agriculteur Yves Boussuge. L’homme d’une cinquantaine d’années, qui a essuyé les coups de couteaux aux côtés d’un collègue plus jeune alors qu’ils moissonnaient, ne décolère pas. «Aujourd’hui j’ai peur pour mes proches, car j’ai vu de quoi ce type était capable», poursuit-il. «Ça me met hors de moi. Le message, c’est qu’un homme peut mettre des coups de couteau à un autre pour le tuer, et circuler librement comme vous et moi.»

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La remise en liberté de Kamal Belbakkal a surpris tout le monde, y compris son propre avocat qui n’en a été informé que lundi matin. D’autant qu’elle intervient cinq jours avant la première confrontation entre l’agresseur et les deux victimes qui doit se tenir mercredi dans le bureau de la juge d’instruction d’Agen. Mais la décision a été prise pour se mettre en conformité avec la loi: une détention provisoire ne peut pas durer plus de quatre mois si la peine encourue est inférieure à cinq ans. En l’espèce, Kamal Belbakkal aurait dû être libéré en fin d’année dernière. «Cela relevait de la détention arbitraire», explique son avocat Maître Laurent Bruneau. «Je suis heureux de cette libération qui lui rend son honneur. Dans ce dossier, je ne défends pas un terroriste.»

«Si on avait reconnu le caractère terroriste de l’attaque, l’agresseur de mon client ne serait pas en ce moment dans la nature, car la peine encourue serait évidemment plus lourde.»

Maître Sophie Grolleau

Car la qualification des faits est contestée par les parties civiles. Maître Sophie Grolleau demande depuis le début une requalification en acte terroriste. «Si on avait reconnu le caractère terroriste de l’attaque, l’agresseur de mon client ne serait pas en ce moment dans la nature, car la peine encourue serait évidemment plus lourde», explique-t-elle.

Les parties civiles soulignent que l’homme était «incontestablement en voie de radicalisation»: «fiché S», il était assigné à résidence au moment des faits dans le cadre d’une première procédure lancée contre lui pour détention et diffusion d’images violentes qui mettaient en scène des terroristes djihadistes. L’homme a été condamné en première instance à deux ans de prison avec mandat de dépôt par le tribunal correctionnel d’Agen. Mais il a été relaxé en appel début janvier et le ministère public n’a pas poursuivi en cassation, ce qui rendait sa détention caduque. «La cour a reconnu qu’il n’y avait pas de preuve concernant la diffusion de ces images violentes», explique Me Bruneau.

Aujourd’hui, l’avocate des parties civiles veut des garanties pour ses clients. «J’ai demandé une protection policière pour la confrontation de mercredi dans le bureau de la juge d’instruction», précise Me Grolleau. Kamal Belbakkal comparaîtra libre mais reste soumis à un contrôle judiciaire «strict» avec l’interdiction de quitter Agen. Des mesures jugées insuffisantes par l’avocate des agriculteurs. «En juin dernier, il était assigné à résidence avec interdiction de quitter son domicile après 20 heures. Ça ne l’a pas empêché de se retrouver dans le champ de mon client après 21 heures et de le poignarder au cri d’Allah akbar», souligne Me Grolleau

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