France: La percée électorale des partis antisystème, l’impact pour le monde  juif?

La percée électorale massive des « partis antisystème » en France, dimanche 19 juin 2022, avait longtemps été redoutée. Après la Hongrie, l’Autriche et l’Espagne, c’est au tour de « la patrie des droits de l’homme » de se voir menacée.

Quarante-huit pour cent des nouveaux parlementaires appartiennent soit à l’extrême droite (17,3 %) soit à la coalition de gauche NUPES (31,6 %), réunie sous la direction de l’extrême gauche. En comparant le nombre d’électeurs de cette élection aux précédentes, on trouve une expression encore plus frappante de la colère des Français envers le gouvernement : en 2017, l’extrême-droite avait remporté 8 sièges sur 577, cette année elle en a obtenu 89. L’extrême gauche (LFI), qui avait remporté 17 sièges aux élections précédentes, en a obtenu 84 cette fois-ci. Avec 131 sièges, la coalition de gauche NUPES est devenue le deuxième bloc le plus puissant de France après la coalition présidentielle (Ensemble!) qui a obtenu 255 sièges.

Le changement politique reflète une tendance de fond inquiétante : la moitié de la population française se sent exclue des acquis de la mondialisation et de la prospérité économique. Les démocraties libérales font l’objet d’attaques populistes et si une réponse efficace n’est pas formulée, le sentiment d’exclusion s’élargira à des cercles de plus en plus larges de la population et finira par éroder l’éthos libéral qui a permis aux démocraties et à leurs communautés juives de prospérer.

Colère et frustration

Les deux blocs extrémistes qui encadrent le parti du président Emmanuel Macron partagent un même sentiment de colère et de frustration. Ils sont pessimistes quant à l’avenir, conscients que le paysage humain contemporain de leur pays ne ressemble plus à celui de leur enfance. Ces citoyens craignent à juste titre de ne pas pouvoir offrir à leurs enfants le confort, le statut social et les opportunités dont ils jouissaient dans leur propre jeunesse.

Les deux blocs diffèrent, bien entendu, dans leurs approches de l’identité nationale, des droits des immigrants et de la politique étrangère. La droite veut un retour à l’identité laïque-chrétienne de l’ancienne France, tandis que la gauche aspire à construire une France d’un nouveau genre, caractérisée par le multiculturalisme, une ouverture des frontières à l’immigration extra-européenne, un lieu respectable pour la culture islamique et un nationalisme affaibli. L’extrême gauche a popularisé le terme de « créolisation » pour désigner son projet de société qui rassemblera tous les habitants de France – anciens et nouveaux – autour d’une vision sociétale qui leur ressemble et qui tiendra compte des évolutions démographiques et culturelles récentes.

En matière économique, les projets des deux blocs populistes sont pratiquement alignés. Preuve à l’appui qu’aux dernières élections des millions d’électeurs ayant voté LFI (extrême gauche) au premier tour ont voté RN (extrême droite) au second. Leurs électeurs partagent une haine viscérale du parti néolibéral au pouvoir qui protège les puissants, favorise les riches et exacerbe les disparités sociales. Les deux blocs soutiennent une politique sociale généreuse pour les faibles et les défavorisés.

Le parti au pouvoir, celui du Président français, n’a plus de majorité parlementaire, et ne pourra donc pas former seul un gouvernement. Il devra accéder aux revendications de la moitié des citoyens français qui veulent un État-providence. Cela fera de la France un pays moins compétitif – il y aura une fuite des cerveaux et un exode industriel. Globalement, cela va accélérer le déclin dans lequel la France est plongée depuis des décennies.

La transformation pourrait cependant s’avérer être une bénédiction déguisée : du chaos actuel pourrait naître un projet sociétal partagé et rassembleur, une nouvelle vision orientée à la fois vers l’aide aux plus démunis et vers l’efficacité économique, le modèle scandinave réussi. Ledit processus de créolisation est porteur d’un potentiel de résolution des clivages socioculturels qui ont immobilisé la France ces dernières décennies.

Nous serions tous gagnants si la France redevenait la nation productive qu’elle était dans le passé et retrouvait sa gloire d’antan. En raison du niveau de ressentiment et de la fracture sociale existante, la probabilité d’un tel scénario est cependant assez faible.

Antisémitisme

Et si vous vous demandez ce que cette histoire de mondialisation et de laissés pour compte de la mondialisation a à voir avec les Juifs, sachez qu’en Europe, depuis des générations, toutes les crises économiques et identitaires s’accompagnent de vagues d’antisémitisme. Le Juif était, et reste dans une certaine mesure, « l’autre ultime », l’éternel bouc émissaire blâmé pour tous les problèmes et difficultés du monde. Le nouveau récit des groupes opprimés d’aujourd’hui est simple : les Juifs et l’État d’Israël ont réussi avec succès leur intégration dans l’économie mondialisée (ceci est dans une certaine conforme à la réalité factuelle), et leur succès se fait au détriment des groupes opprimés en déclin économique et social (ici le lien de causalité laisse à éclaircir).

Pour être plus précis, la droite et la gauche ont des nuances différentes de judéophobie : l’extrême droite résonne avec l’antisémitisme néo-nazi, tandis que l’extrême gauche résonne avec l’antisémitisme marxiste-islamiste. Il y a également une autre différence de marque : pour des raisons historiques évidentes, l’antisémitisme de droite est mieux dissimulé que celui de gauche, qui s’habille sans vergogne de discours anticapitaliste et anticolonialiste. Au fond, la haine des Juifs et la haine d’Israël sont plus centrales à gauche qu’à droite.

L’ancien chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn, qui avait été évincé de la scène politique britannique en raison de ses liens étroits avec des antisémites notoires, a été reçu en grande pompe la semaine passée par le leader d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon. Célébrer Corbyn comme le prophète de l’anticolonialisme en pleine campagne électorale n’était pas un acte quelconque : il s’agissait de signifier aux électeurs musulmans que la gauche s’était décidée, sans équivoque, à prêter allégeance à l’agenda islamiste antisioniste et anti-occidental. Cette opération a apparemment réussi : les principales voix musulmanes, et parmi elles l’imam de la Mosquée de Paris, ont appelé les électeurs à voter pour l’extrême gauche.

Impact pour les juifs d’Europe

Ledit projet sociétal de créolisation est certainement porteur d’un potentiel de rassemblement entre les immigrés et les Français de souche et pourrait permettre l’émergence d’une vision partagée pour construire la France de demain mais s’il se fait, il se fera probablement comme souvent dans l’histoire européenne dans un contexte d’exclusion sociale de la minorité juive.

L’intégration des partis politiques extrémistes dans la politique nationale ne va pas en soi être un élément majeur de l’histoire juive contemporaine. Elle ne fera qu’accélérer un processus qui s’est déjà engagé depuis des décennies. Il est probable que les juifs vont se sentir de plus en plus étrangers à la société nationale, qu’ils vont continuer à bunkériser leurs synagogues et à renforcer leurs liens communautaires et privilégier l’entre-soi.

Il est probable qu’ils adopteront progressivement le modèle de vie juive en marge de la société qu’on rencontre aujourd’hui en Afrique du Sud et au Brésil. Loin d’être idéal, ce modèle de judaïsme diasporique est toutefois pérenne, familier, éprouvé et durable. Les plus audacieux d’entre eux, et ceux qui ont les ressources mentales et économiques nécessaires, émigreront en Israël ou aux Etats-Unis, tandis que les autres continueront à s’isoler, conscients de vivre dans un pays en voie de lente décroissance économique.

Ce qui se passe en France reflète une tendance mondiale : l’attaque de l’extrémisme politique contre la démocratie libérale. Les Juifs se sont retrouvés en première ligne en raison de leur statut de minorité sans protection, mais ils ne sont pas les seuls à être menacés. Une société qui ne prend pas soin de ses membres les plus faibles ou qui ne travaille pas à réduire les disparités sociales est un terrain fertile où la frustration et la colère grandissent.

C’est vrai non seulement de la France, mais aussi d’Israël et des États-Unis. Nous devons travailler à établir une société qui répartit plus équitablement les fruits de sa croissance économique entre tous ses citoyens ; une société qui soutient les faibles et leur permet d’apporter leur contribution au bien-être de tous.

Dov Maimon

Dov Maimon

 

À PROPOS DE L’AUTEUR Directeur de recherche au Jewish People Policy Institute (Jérusalem), Dov Maïmon est notamment l’auteur d’une étude portant sur « le judaïsme européen en 2030 », où s’esquissent divers scénarios possibles pour le devenir communautaire. Né à Paris, Dov Maïmon émigre en Israël à 18 ans. Ingénieur formé au Technion (Haïfa), diplômé de l’Inséad (Fontainebleau) en management, professeur aux Universités de Ben Gourion (Beer-Shéva) et du Mont Scopus (Jérusalem), il travaille sur les rapports entre histoire, religions et politique. Son doctorat, consacré aux convergences entre mystiques juive et musulmane, a été récompensé du prix du Chancelier des Universités 2005, attribué chaque année au meilleur doctorat français en sciences humaines. D’octobre 2013 à février 2014, il a coordonné la taskforce du gouvernement israélien sur l’avenir des Juifs d’Europe

4 Commentaires

  1. C’est honteux de publier une saleté pareille qui ne devrait pas sortir de « l’immonde », et de sa version israélienne « l’immonde en hébreu » « am -haarets » !

    Décidément, les Israéliens sont excellents dans de très nombreux domaines. Mais quand ils se lancent dans des analyses politiques, c’est catastrophique !

    Quand donc ces cons qui se croient experts, comprendront-ils que ce qu’ils appellent avec mépris « populisme », c’est la réaction contre les vermines au pouvoir, qui attisent partout où elles nuisent, l’antisémitisme ?

  2. Cet article ne croit pas en la force de l’ Histoire. Pour la présence de Juifs en France, il faut prendre en compte les données de l’ Histoire sur au moins un millénaire. Les vérités sur lesquelles nos ancêtres ont fondé leurs décisions ne peuvent pas être effacées, ni changées, sur un coup de baguette magique.

    Une première vérité immuable est que la France est un pays antisémite depuis sa formation au Môyen-Âge, et nos ancêtres l’ont constamment subi. Si les français n’étaient pas des ratés, ils ne seraient pas jaloux des Juifs. Malheureusement, la France n’est qu’un pays de ratés haineux, pervers et corrompus, bêtes et méchants, destructeurs et lâches, et son histoire ne fait que le confirmer. Cela signifie que, notamment après l’expulsion de 1394 et au moins jusqu’à la Révolution, nos ancêtres n’étaient pas intéressés par ce pays, durant des siècles. Et, dans l’Algérie du 19ième, ils continuaient à rejeter la France, puisque le Décret Crémieux leur a été imposé, alors que le Judaïsme prône la volonté libre. Après les violences de l’Affaire Dreyfus en Algérie, les pogroms antiJuifs des années 1930 et les crimes de Vichy, nous devions impérativement débrancher la prise électrique d’avec la France, au plus tard en 1945. Or, les Juifs sont restés en Algérie, certainement par haine de soi juive, à se faire écraser et exploiter par l’impérialisme colonial de ceux qu’ils appelaient les Métropolitains. et en 1961, Ben Gourion, qui n’en voulait pas en Israël, les a donnés à De Gaulle pour en faire les larbins et serpillières des enfants des collaborateurs et des nantis corrompus. Quelle gloire!

    La seconde vérité a été débattue pendant des siècles par nos ancêtres, c’est: Dinah di-Malkhouta Dinah, la loi du pays fait loi. Nous ne devons donc pas essayer de changer les lois d’un pays de goyim. Qui serions-nous pour le faire? Quand les lois des goyim ne nous conviennent pas, nous devons tout simplement changer de pays, comme l’ont toujours fait nos ancêtres. Rien dans nos textes ne nous incite à débattre des lois des goyim. La politique des pays de goyim où nous vivons n’est pas notre problème, et comme l’ Histoire l’a constamment montré, les Juifs qui veulent s’en mêler le paient chèrement, souvent de leur vie.

    Donc, cette situation d’antisémitisme majoritaire, à l’extrême, droite comme à gauche, n’est en rien nouvelle, et Israël, État Nation du Peuple Juif, essaie de se dédouaner de sa responsabilité dans cette situation des Juifs de France. Les Juifs doivent simplement reconnaître et accepter la réalité qu’ils ont été manipulés et trompés à chercher à vivre dans ce pays de corruption, laisser la France pour les goyim, et concentrer leur énergie sur le départ. Il y a tellement de pays plus valables dans le Monde immense.

  3. La politique française depuis la révolution a toujours su intégré des étrangers judéo-chrétien au fil des générations , ces immigrés voulaient réussir et travaillaient, mais depuis 40ans là il s’agit de générations nouvelles d’origine islamique dont la politique d’immigration envers l’industrialisation c’est fait par famille entière, ces derniers qui ne veulent pas s’intégrer et qui profitent des lois d’aides exclusives financières , s’intégrer n’est pas la priorité, plaçant leur religion au-dessus de la laïcité tout en profitant des largesses d’aides financières en tout genre caf , rsa chômage etc… , dans ce climat tendu de crise économique et sanitaire entre les français de tout niveau et l’appel provocateur des extrémistes politiques fait craindre une guerre de civilisation grave ….

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