Les manifestations en Iran montrent au régime que le changement est dans l’air.

  • Le 5 janvier, une statue géante de Qassem Soleimani a été incendiée dans la ville de Shahr-e Kord, quelques heures après avoir été inaugurée
  • Au cours des quatre dernières années, l’Iran a été témoin de plusieurs soulèvements à l’échelle nationale et de nombreuses manifestations locales limitées

Les derniers développements sociaux et politiques en Iran montrent que le vent du changement souffle résolument contre le régime.

À titre d’exemple, le 5 janvier, une statue géante de Qassem Soleimani a été érigée dans la ville de Shahr-e Kord. Elle a été inaugurée en grande pompe juste avant le deuxième anniversaire de l’élimination de Soleimani lors d’une frappe de drones américains. Cependant, quelques heures plus tard, la statue a été envahie par les flammes après avoir été incendiée par des dissidents, portant un coup dur à la propagande de l’État qui présente l’ancien commandant de la Force Al-Qods comme un «héros».

Quelques jours plus tôt, le président iranien, Ebrahim Raïssi, avait prononcé un discours télévisé dans lequel il promettait de se venger de la mort de Soleimani. L’audacieux incendie de la statue a toutefois rappelé une fois de plus que le peuple iranien méprisait le régime et ses responsables.

L’incident est également un indicateur du courage de l’opposition, de sa rapide expansion et de la progression accrue de son organisation. Alors que les images de cet acte étaient largement diffusées sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision satellitaires, le régime en était stupéfait.

C’est la raison pour laquelle le représentant du Guide suprême dans la province où la statue a été érigée a publié une déclaration fougueuse appelant à la participation des partisans du régime à une «commémoration» pour exprimer «l’horreur et la répugnance» contre les responsables de cet acte. Il est clair que le défilé qui a suivi a été soigneusement mis en scène par les autorités.

Téhéran s’est empressé de reprendre le contrôle de l’héritage de Soleimani en organisant le premier de ses rassemblements en sa mémoire. Mais la campagne de propagande semble avoir lamentablement échoué, d’autant plus que le peuple iranien sait qui était vraiment Soleimani.

Rien qu’au cours des quatre dernières années, l’Iran a été témoin de plusieurs soulèvements à l’échelle nationale et de nombreuses manifestations locales limitées. Lors du soulèvement national de novembre 2019, le régime a sauvagement abattu environ 1 500 manifestants pacifiques en quelques jours. Par la suite, le pouvoir judiciaire, alors dirigé par Raïssi, a mené une campagne de plusieurs mois d’arrestations et de tortures systématiques.

Pourtant, ces mesures répressives n’ont pas empêché des dizaines de milliers d’Iraniens de descendre dans la rue en janvier 2020 après que le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a abattu un avion de ligne commercial dans le ciel au-dessus de Téhéran, tuant les 176 personnes à bord. Lors de ces manifestations, les réseaux sociaux ont explosé avec d’innombrables vidéos de manifestants scandant des slogans contre le CGRI et brûlant un grand nombre de panneaux d’affichage représentant Soleimani.

En outre, le peuple iranien a massivement boycotté les élections législatives et présidentielles du régime en 2020 en guise de protestation contre la République islamique.

«L’incendie audacieux de la statue de Soleimani rappelle une fois de plus que le peuple iranien méprise le régime et ses responsables»
Dr Majid Rafizadeh

Ces des deux dernières années, l’étendue des actions antirégime s’est accrue grâce à des groupes d’opposition politique du nom d’«Unités de résistance» au moment de l’investiture de Raïssi et de l’anniversaire de la mort de Soleimani. L’incendie de la statue a eu lieu après que plusieurs autres de ses photos ont été brûlées ou arrachées par des militants ces dernières semaines. De tels actes de résistance sont extrêmement populaires en Iran et sur les réseaux sociaux.

Quand des incidents similaires se produisent, le régime iranien accuse généralement le Conseil national de la résistance iranienne (CNRI). À titre d’exemple, au plus fort d’un récent soulèvement, le Guide suprême, Ali Khamenei, a déclaré dans un discours que ce groupe d’opposition avait «planifé depuis des mois» de populariser des slogans antirégime comme «mort au dictateur». Il a aussi accusé le CNRI de contribuer à l’organisation de manifestations simultanées dans de nombreuses villes et villages. Cet aveu contraste fortement avec la propagande du régime, la même depuis des décennies, selon laquelle le CNRI est un mouvement marginal, dépourvu de base populaire et incapable de remettre véritablement en cause l’emprise des mollahs.

Parallèlement, toute personne soupçonnée de sympathiser même légèrement avec le groupe risque d’être arrêtée, torturée, voire exécutée. Au fil des ans, de nombreux militants ont été condamnés à de longues peines de prison ou exécutés pour avoir distribué ses publications ou financé l’organisation.

Les responsables iraniens ne cessent de sonner l’alarme sur la croissance et la popularité croissante du CNRI. Ces inquiétudes ont augmenté à mesure que s’amplifiaient les troubles sociaux. Les autorités se sont montrées préoccupées par la propagation rapide, la politisation et l’organisation des manifestations en Iran, accusant le groupe. Le CNRI, considéré comme le mouvement d’opposition iranien le plus organisé et le plus puissant, a cherché à opérer un changement démocratique dans le pays ces quarante dernières années.

En conclusion, ce qui se passe sur le terrain en Iran indique que le changement est dans l’air. Les récents événements sont porteurs d’un message important à l’adresse de la communauté internationale en 2022: le temps presse pour la théocratie au pouvoir, alors que les ayatollahs se retrouvent confrontés à un défi croissant chez eux. Cela promet un avenir plein d’espoir pour un Iran démocratique et non nucléaire.

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain diplômé de Harvard. Twitter: @Dr_Rafizadeh.

2 Commentaires

  1. Une dictature pour un peuple de masos, c’est cohérent. Ils ont les dirigeants qu’ils ont voulu.
    Qu’ils ne viennent pas pleurer. Encore moins si ils en prennent plein la gueule après avoir menacé Israël. L’Iran est un Etat-voyou terroriste, haineux et belliqueux, à mettre au ban des Nations. Ils n’ont pas encore assez morflé, ni économiquement, ni militairement. Une coalition pourrait leur faire passer l’envie de nous faire chier dans moins d’un an.

  2. Le « régime des mollah » aurait dû être décapité, et ses maîtres pendus au gré des grues, cette année présente… Mais le Maître des Manigances a différé cette fin, par le covid, et la situation économique, sans que nous sachions le but de ces prolongations…
    Mais tout comme la multiplication des Plaies pour le Pharaon, IL Se joue de ces tyrans. Et entretien, à notre intention, la pression et le stress…

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