Haïm Korsia, un Grand rabbin de France trop « libéral » pour le Consistoire ?

Haïm Korsia, un Grand rabbin de France trop « libéral » pour le Consistoire ?

 

À l’approche de l’élection à la présidence du Consistoire Central qui se tiendra le 19 juin, les esprits s’échauffent avec la candidature inopinée d’une femme, Evelyne Gougenheim, face au sortant Joël Mergui.  La veille du Congrès rabbinique, qui réunit plus d’une centaine de Grands rabbins et rabbins au séminaire de la rue Vauquelin, un courriel a été adressé par un avocat, Jean-Alexandre Buchinger, membre du Conseil d’administration de l’ACIP, à nombre d’entre-eux. Dans celui-ci, l’avocat s’est ému de ce qu’il qualifie de  « danger », selon ses termes, qu’encourrait la communauté juive française représentée par un Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, dont l’objectif serait de « tendre les bras au judaïsme réformé ».

 

EvelyneGougenheim

 

Un courriel édifiant pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui au sein du Consistoire, et pour l’avenir du judaïsme français. Un quart des juifs français se revendiquent d’une pratique religieuse assidue et conforme aux règles consistoriales, soit environ 120 000 personnes. Ce « judaïsme authentique », orthodoxe et fidèle au strict respect des lois juives, défendu par l’avocat, s’opposerait à celui de l’autre versant de la population juive française, multiple, diverse et majoritaire, qui va des Massorti et libéraux à un public à géométrie religieuse très variable (du juif qui pratique shabbat mais allume sa télé, à celui qui vient écouter le son du shofar une fois dans l’année dans une synagogue au moment de Kippour), jusqu’à ceux, fort nombreux, totalement en marge des institutions communautaires. Tout ce versant de la population juive française que l’on qualifierait d’infidèles – selon les critères du Consistoire – si nous avions mauvais esprit.

 

PaulineBebe

 

Pour étayer ses dires et démontrer à quel point la « dissidence » libérale s’infiltrerait au sein du Consistoire sous la houlette du Grand rabbin de France, l’avocat évoque notamment des cours donnés conjointement à Sciences-Po par le conseiller spécial du Grand rabbin de France, le rabbin Moché Lewin, et Pauline Bebe, rabbin de la Communauté Juive Libérale d’Ile de France, ou encore un hommage au pape Jean XXIII rendu par Haïm Korsia en compagnie de Jean-François Bensahel, président de l’ULIF Copernic, la plus importante communauté libérale de France. Un genre de mariage de la carpe (farcie) et du lapin, sans vouloir offenser les juifs libéraux dont on sait que la casherout n’est pas toujours des plus beth din.

 

JeanFrançoisBensahel

 

Tout cela pourrait prêter à sourire, si cette remise en cause ne révélait – une fois de plus –l’esprit pesant qui règne au sein du Consistoire, et le mépris affiché de certains vis-à-vis d’une majorité de (mauvais) juifs qu’ils considèrent comme “déviants”. Est-il encore besoin de rappeler que le Grand rabbin de France est l’autorité spirituelle de toutes les composantes du judaïsme français ? Que le président du Consistoire ne l’est aucunement, lui pourtant si prompt à figurer face aux caméras et autres micros dès que l’occasion se présente, pour prendre la parole au nom de la communauté juive de France.

Joël Mergui aurait sans doute préféré voir élu Grand rabbin de France son favori, plus discret, le Grand rabbin Michel Gugenheim. Un poste qui lui était quasiment acquis si le scandale du guet auquel son nom fut associé n’eût mis un point final à ses ambitions. Avec l’élection de Haïm Korsia, c’est l’esprit d’unJacob Kaplan – dont il se réclame à juste titre -, tant sur le plan du respect et de l’ouverture que de la rigueur politique, qui s’est imposé. Au grand dam d’un omnipotent président du Consistoire vissé à son trône et à sespratiques du pouvoir décriées.

 

Le-president-Consistoire-israelite-France_0_730_400

 

Briguant un troisième mandat, ce dernier fait fi d’une alternance qui serait pourtant bienvenue, avec le signal fort de voir pour la première fois une femme élue à la tête de l’institution. N’en déplaise à ceux qui considèrent cette éventualité comme une « régression », qui plus est téléguidée par un Grand rabbin de France aux dangereux penchants libéraux. Il n’y a évidemment nulle chance de voir Evelyne Gougenheim remporter l’élection. Dans une récente interview à l’AFP, la candidate faisait part de menaces de «représailles» auxquelles s’attendraient ses éventuels soutiens. Comme un petit air de Soprano.

Par Alain Granat – mercredi 25 mai 2016

Alain Granat, directeur de la publication de Jewpop

© photos : DR

Article publié le 25 mai 2016. Tous droits de reproduction et de représentation réservés © 2016 Jewpop

11 Commentaires

  1. est venu en guadeloupe et la majorité des juifs l’ont trouvè libérale…moi compris…qd il dit devant toute la communautè qu il a « claquè la bise 4 fois » à une femme de.Général ça a provoqué un scandale, ou encore qd il a dit.dans une soirée « jeunesse » organisée oû il y avait pleins de jeunes avec des non juives….que c’était pas si grave que ça car il allait non pas les convertir mais « REGULARISÈ » la situation…voila entre autres des exemples…et je parle mm pas qu il vienne chabbat à minha en jean/chemise…y a un moment il doit comprendre qu il le.GRAND RABBIN DE FRANCE alors qu il se comporte en tant que tel….alala elle me manque l’époque du rav sitruck…qt à mergui lui au moins il se bat pour une plus gd pratique de la thora…kol akavod…od irbou véchéyatslia’h

  2. vive evelyne gougenheim qui a l’outrecuidance de s’opposer au consistoire bien pensant et à l’inamovible joel mergui. Ce qui fait la force du judaïsme ce sont ses valeurs et non pas le fait de manger cacher. Que l’on pense au grand rabbin de bordeaux qui tyrouvait normal de battre sa femme mais s’offusquait du fait qu’elle soit allée porter plainte un samedi (pardon, un shabbat). Un judaïsme plus ouvert n’est pas un désir de plaire aux non-juifs mais un judaïsme mieux adapté au monde moderne, tolérant et n’empêchant personne de vivre autrement sa religion.

  3. Non je ne parle pas de négocier le Judaïsme ni de prosélytisme. Je demande que nous n’en sortions pas à cause de certains, plus éclairés que d’autres, qui finissent par éloigner la jeunesse.

  4. Attention ! que ceux qui déclarent avoir une ligne téléphonique directe avec le Bon D… cessent ce petit manège fort dangereux. Je suis triste de voir aujourd’hui des noms juif portés par de bons convertis à une autre religion. Cela signifie que nous avons confondu assimilation et intégration. S’ouvrir aux autre ne menace pas notre identité. En revanche oublier ce que nous sommes risque bien qu’un jour ou l’autre certains viennent encore nous le rappeler. Soyons un peu plus tolérants avec les nôtres nous les garderons et les jeunes ne chercheront pas ailleurs ce qu’ils ne trouvent pas chez eux. Nous sommes le Peuple Juif et non la religion »Israélite » comme cela se disait pudiquement après la Shoah. Notre force réside dans notre propension à nous adapter. Restons ce que nous sommes: des juifs convaincus. Soutenons Israël et laissons les enjeux du pouvoir de côté. Ne nous étiolons pas par manque d’ouverture, pensons a perdurer jusqu’à la fin des temps. Cela est notre Mission profondément encrée dans notre esprit.

  5. Je ne suis pas très pratiquant mais je ne vois pas pourquoi il faudrait négocier le judaïsme et l’adapter à la société moderne, lui donner une image plus « vendeuse » pour plaire aux non juifs. Si le peuple juif a traversé l’histoire, les épreuves et existe encore aujourd’hui c’est grâce à la préservation de ses règles, principes, valeurs, grâce aux rabbins, aux orthodoxes. Ceux qui, de tous temps, ont tenté de le doter d’une patine « moderne » ont vu leur descendance s’assimiler et disparaitre.
    La force du judaïsme est de ne pas faire de prosélytisme, de ne pas tenter de convaincre les autres à coup de sermons, d’inquisitions ou d’attentats. L’ouverture pour un débat de pensée oui. L’ouverture pour « nous adapter » ou séduire ou être « bien vus » ou par simple facilité (mariages mixtes, manger non casher, etc.) (c’est le cas des amis libéraux qui m’entourent)… non.

  6. Le consistoire esr dirigé par un courant représentant 20 pour cent du judaisme français. Le scandal du Gett a complètement discrédité ce courant, il est temps que cette institution soit plus représentative des juives et juifs de France, avec pourquoi pas une femme à sa tête. ? Bon courage Mme Guguenheim..

  7. Tout ceci n’est pas seulement affligeant mais particulièrement dangereux pour l’image interne et externe de la communauté juive de France …dont la grande majorité n’a plus strictement rien à voir avec « l’esprit » archaïque et méprisant du Consistoire.
    Si les synagogues Massorti et Libérales sont aujourd’hui pleines , c’est parce qu’une grande majorité des juifs de France a besoin d’un judaïsme d’ouverture ,modernisé et adapté au XXIe siècle, ce que Joël Mergui et son entourage s’obstinent à ne pas comprendre.
    La création d’un CLJF ( Consistoire libéral juif de France ) s’impose urgemment afin que cesse cette omnipotence dramatique de la seule institution européenne juive qui fonctionne encore ainsi.
    Alors,les obscurantistes pourront continuer de faire leur loi entre eux…et la majorité se reconnaîtra enfin dans ce qui lui ressemblera.
    Dans l’intervalle, bonne chance à Madame Gougenheim qui a l’avantage au-delà de sa culture d’avoir du courage.
    Daniel LERSAND

  8. Ce qui fait la force et la beauté de ce peuple juif c’est sa diversité, ayant une base commune
    dont la finalité est notre ISRAEL .En aucune façon cette base ne peut se restreindre à un courant unique et encore moins à mon goût pro-islamique .
    Raymond

  9. J espere qu Evelinr Gugenheim va etre elue NORMAL QU UNE FEMME PUISSE ETRE ELUE NORMALE QU UNE FEMME PUIISE ETRE RABBIN NORMAL QU UNE FEMME LISLA TORAH ETC ETC ETCDANY QUI FAIT PARTIE DE LA COMMUNAUTYEE MASSORATIE DE KARMIEL

  10. Le problème est épineux. La composante orthodoxe et +/- pratiquante de la communauté, celle qui fréquente régulièrement les synagogues, consomme du cacher dans les restaurants et les épiceries, et met en partie ses enfants à l’école juive, ne représente à notre grand malheur qu’une minorité de la communauté juive, 120.000 sur 500.000 ou 600.000, donc 20% ? 30% ? Que faire des 70% à 80% restant ? De surcroît, c’est exclusivement de cette frange de la communauté que sortent les 7 à 10.000 juifs qui font chaque année leur Aylya.

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