CHeMoT: “Voici les noms des enfants d’Israël” (vidéo)

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Tableau de Gerard Darmon, artiste peintre

Voici les noms des enfants d’Israël qui étaient venus en Egypte avec Jacob ; chacun était venu avec sa famille. (Exode I, I)

Le livre de Chemot dont nous commençons cette semaine la lecture, nous relate en détail l’asservissement des enfants d’Israël en Egypte, leur libération de l’esclavage et leur constitution en peuple.

Tout d’abord, en guise d’introduction, la première paracha du livre de Chemot nous énumère les noms des douze enfants d’Israël qui se sont rendus en Egypte et dont les descendants ont formé le peuple d’Israël. Or, ces noms, nous les connaissons déjà.

Ils sont rapportés à plusieurs reprises dans le livre de Chemot. En particulier, la Torah nous en a fourni la liste au moment où, en compagnie de leur père Jacob, les Hébreux sont partis pour l’Egypte.

Alors, à quoi bon les détailler une fois encore au début de notre sidra?

Si la Torah qui, en règle générale, s’exprime d’une façon très concise, a repris ici les noms des enfants d’Israël, c’est pour nous faire comprendre – au moment où allait commencer pour les descendants de Jacob un séjour à l’étranger – l’importance qu’allaient revêtir pendant leur exil les noms hébreux qu’ils avaient.

Ces noms, ils se devaient absolument de les maintenir et de les conserver si, le moment venu, quand aura sonné l’heure de la libération prévue et prédite par l’Éternel, ils voulaient qu’on les retrouvât en tant qu’enfants d’Israël au milieu des Égyptiens.

II ne fallait pas que, tentés par l’assimilation, les Hébreux, petit à petit, en arrivent à adopter des noms égyptiens, puis la manière de vivre et de se comporter des étrangers au milieu desquels ils séjournaient provisoirement. En conservant leurs noms, ils maintenaient, en même temps, leur propre personnalité et préservaient leur véritable identité.

Mais, de plus, ils gardaient, dans leur for intérieur, leur liberté malgré l’asservissement; ils conservaient enfin leur foi en un avenir meilleur, leur espoir de se retrouver un jour libres, sur leur propre terre, comme l’Éternel le leur avait assuré.

Aussi, la Torah a-t-elle tenu à signaler aux enfants d’Israël, au moment de leur départ à l’étranger, l’extrême importance de leurs noms.

Cette répétition constitue une sorte de mot d’ordre, une consigne de dernière heure, qui continue d’ailleurs à garder toute sa valeur aujourd’hui comme alors, pour tous ceux qui vivent en dehors d’Israël: leurs noms hébreux constituent leur sauvegarde et sont les garants de leur identité.

LE RABBIN JEAN SCHWARZ

 

 

CHeMoT: “La fille de Pharaon descendit se baigner au fleuve” par Samuel Darmon

Dans ce verset de la paracha Chemot on peut lire: “La fille de Pharaon descendit se baigner au fleuve, et ses jeunes filles marchaient au bord du fleuve. Elle vit le berceau au sein des roseaux, elle envoya sa main et elle le prit”.

Tout d’abord, chaque mot de la Torah nous concerne tous : la Torah, c’est notre propre histoire ! De plus, chaque nom de la Torah représente un certain état, un certain niveau.

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Dans les mondes les plus bas, Amalek, Pharaon, Avimelekh, représentent des ennemis, mais à un niveau plus subtil, ils correspondent à la fameuse épice qu’est le mauvais penchant, sans qui aucune progression ni évolution ne seraient possibles.

Quant à Pharaon, Par’o, il correspond au dévoilement (par’a – découvrir) de D. Lui-même ! Ainsi, la Torah nous présente ici la fille de Pharaon, c’est à dire l’âme sainte qui se cherche et qui est en devenir.

Nos maîtres de mémoire bénie nous enseignent que la fille de Pharaon était partie s’immerger dans le fleuve pour se guérir de sa lèpre, et se séparer définitivement de l’idolâtrie attachée à la maison de son père.

Ceci correspond bien à l’éveil de l’âme juive : la lèpre sur la peau ‘or dissimule la lumière divine or.

De plus, quand l’âme juive s’engage dans le service de D., elle s’affranchit de toute autre forme de service étranger, c’est à dire la avoda zara, l’idolâtrie.

La Torah dit que la fille de Pharaon doit d’abord descendre (vatered) pour se tremper dans le fleuve.

Cela signifie l’humilité et la soumission à D. De plus, le dévoilement de l’âme d’Israël passe d’abord par une descente qui prépare le renouveau, la renaissance, la délivrance.

Si la fille de Phar’o descend au fleuve, c’est pour se purifier : ceci correspond à la réalisation d’actes de bonté, car c’est bien la recherche du ‘hessed qui purifie l’âme des fautes relatives à une domination des rigueurs (ce qui est le contraire de la bonté).

La Torah appelle le fleuve yéor : c’est la lumière (or) du yod (hokhma – sagesse). Yéor, c’est la sagesse de la Torah !

Or, même si la fille de Phar’o qui est l’âme d’Israël descend s’immerger dans la sagesse de la Torah, elle ne pénètre pas réellement dans cette lumière qui est bien trop puissante pour elle : c’est pourquoi la Torah ne dit pas qu’elle se lave dans le fleuve mais sur (‘al) le fleuve, comme si elle restait à la surface, sans s’y introduire en profondeur…

Quant à ses dames de compagnie (ses jeunes filles), elles marchent (holkhot) à côté (‘al yad) du fleuve. Il est possible d’avoir une certaine prise (yad) sur la sagesse de la Torah (le fleuve Yéor) grâce à l’étude des halakhot (la loi juive – holkhot elles marchent s’épelle comme halakhot, les lois).

D’après une autre explication, les dames de compagnie (na’aroteha) sont les signes, les allusions, posés sur le chemin de vie de la fille de Par’o, l’âme d’Israël, afin de se réveiller (na’ara jeune fille liée à nin’ar se réveiller) pour revenir à D.

Ces allusions restent en périphérie de la Torah : elles sont situées à côté du fleuve. Cela signifie que D. nous envoie certes des signes pour qu’on se rapproche de Lui, mais il nous incombe de concrétiser ces signes en faisant un effort pour réaliser la volonté de D. : cette volonté se nomme halakha, la loi juive.

Une fois que la fille de Par’o s’est rapprochée, elle aperçoit un berceau au sein des roseaux. Un berceau se dit en hébreu téva, tout comme un mot. Le roseau se dit souf, ce qui évoque sof, la fin, la limitation.

Quand l’âme d’Israël se rapproche, elle voit le mot à l’intérieur de la fin …

Elle voit, c’est-à-dire qu’elle comprend le message de la Torah (le mot) à l’intérieur de sa propre situation étriquée, quand tout semble figé, arrêté, fini …

C’est alors que renaît un nouvel espoir, car le mot, la Torah est la lumière de son âme : elle ne l’a jamais abandonnée et elle ne l’abandonnera jamais, même au plus profond de son exil.

Alors, dans un élan de pureté et d’amour, elle sort de ses propres limites : elle envoie sa main et le prend.

C’est-à-dire qu’elle envoie quérir amata (sa main) qui est amita, sa vérité, ou emet H’, la vérité de D. Elle reconnaît que la Torah est la vérité divine et elle se saisit de cette vérité, le berceau-mot, afin de renaître à la vie.

Pour résumer :

1)La fille de Pharaon est l’âme authentique d’Israël en devenir. Elle adopte une position humble (vatered) pour être prête à changer en mieux : se purifier de sa vie passée (lir’hots), lorsqu’elle était enfoncée dans le monde éphémère qui ne lui procurait aucune véritable satisfaction, l’idolâtrie de la maison de son père Pharaon.

2) L’immersion de l’âme c’est-à-dire son retour aux sources, passe par la Torah, le fleuve Yéor lumière divine et la pratique des actes de bonté (hessed).

3) Cependant, l’âme doit garder son humilité, face à l’océan de la Torah : elle reste en fait à la surface des eaux (‘al hayeor).

4) Au fur et à mesure de sa progression, l’âme d’Israël perçoit des signes, des allusions, sur son chemin de vie : ce sont les jeunes filles (na’arotéha) : ces perceptions l’amènent (‘al yad) au bord du fleuve. Cependant, elles n’ont qu’une seule finalité : accomplir la volonté du Créateur dans une concrétisation pratique de la Torah (holkhot – halakhot).

5) C’est alors que l’âme d’Israël voit le mot (vatéré èt hatéva), c’est-à-dire qu’elle comprend le message de la Torah, qui est son propre message de vie. Elle donne du sens à sa vie, à l’intérieur de sa propre limitation (souf – sof la fin).

6) Elle dépasse alors ses propres limites et étend sa main, pour s’emparer du mot-berceau de vie, en percevant sa vérité, qui n’est autre que la vérité de D. Lui-même, qui guide et éclaire son chemin de vie.

Shmouel Darmon

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