La sidra Bechalah commence donc par le mot vayehi : ויהי בשלח פרעה את-העם  Ce fut lorsque Pharaon renvoya le peuple.

  • Nous nous arrêterons tout d’abord sur ce mot vayehi dont nous savons qu’il n’annonce jamais de bonnes nouvelles.

Pourquoi « vayehi » ? Il s’agit de la sortie d’Egypte ! Il s’agit de la fin d’un esclavage, d’une liberté recouvrée ! C’est plutôt une bonne nouvelle  n’est-ce-pas ? C’est aussi la fin des plaies qui, bien qu’elles n’aient pas touché vraiment le peuple juif, ont été particulièrement  meurtrières !   Alors, pourquoi ce mot ?

Les opinions de commentateurs sont diverses et si certaines se rapportent au fait que la nature intrinsèque de Pharaon n’a pas changé : son orgueil est resté démesuré, sa méchanceté et sa haine déjantées, et, il a tout de suite pris conscience de l’immense main d’œuvre qui s’échappe et il se désole.

Une autre opinion prend en considération le fait que les Cananéens (nom global des 7 peuplades qui habitent la Terre de Canaan)  sont pris de panique car ils savent que dans peu de temps, D leur livrera bataille pour donner cette terre à ce peuple juif assoiffé de liberté.

Mais, l’opinion qui semble être la plus belle est celle du Zohar HaKadosh selon laquelle, Moïse, le plus grand des prophètes, « voit » qu’il ne participera pas à l’entrée en Terre de Canaan que les Cananéens, les Hitim, les Hivim, les Emoréens, les Perizim, les Jébuséens, et les Guirgashéens seront contraints d’abandonner pour laisser place nette à ces descendants des grands patriarches que furent Abraham, Isaac et Jacob.

Et,  c’est donc à cause de ce chagrin qui l’étreint au moment d’entreprendre ce chemin vers Canaan, que la Torah commence cette péricope avec Vayehi.

Le mot beshalah vient du verbe lishloah dont la signification peut aussi bien être envoyer ou renvoyer que accompagnent. Moïse a toujours demandé à Pharaon « shlahethâmi » renvoie mon peuple et Moïse comme Aharon étaient les envoyés de D ou Shelihim de HaShem.

Rashi dans son commentaire exprime l’idée selon laquelle, Pharaon n’a pas renvoyé les descendants de Jacob mais il les a accompagnés au bord de la Mer Rouge ainsi que cela aura lieu, à la fin des temps lorsque tous les dirigeants du monde se feront un devoir de raccompagner les Juifs vers le pays appartenant à Israël.

A ce point précis du récit de la Torah se fait jour une problématique de taille : nous savons que d’une part Amalek attendait que les Juifs sortent totalement d’Egypte pour les attaquer et il n’était pas le seul à attendre, les Philistins aussi attendaient impatiemment de pouvoir tailler en pièces cette nation en marche.

La problématique est la suivante (pour un premier degré) : Alors que la distance entre  l’Egypte et Canaan aurait pu se résumer à seulement quelques journées de marche pourquoi HaKadosh Baroukh Hou a-t-IL entraîné ce peuple dans des routes sans fin et pendant 40 années ? Pourquoi, ce peuple n’est-il pas entré directement en Canaan ?

Le fait est que le peuple a été affaibli en force physique et morale par toutes ces années d’esclavage ; les Bené Israël n’avaient pas été habitués à  livrer bataille et à manipuler des armes.

En présence de féroces guerriers, ils auraient lâché prise et se seraient enfuis pour retourner en Egypte. Maïmonide (le Rambam), s’interroge : pourquoi D n’aurait-IL pas usé de Ses forces pour aguerrir ce peuple au cours des combats et pourquoi n’aurait-IL pas usé d’artifices pour vider le pays de ses occupants et pourquoi n’aurait-il pas renforcé le caractère de ce  peuple face aux occupants ?

Le Rambam penche pour le fait qu’il ne fallait surtout pas annihiler la volonté de ce peuple et lui laisser son libre-arbitre mais aussi,  il fallait que ces centaines de milliers d’hommes fussent éduqués  se forgent une mentalité telle qu’elle pût permettre de faire face à l’adversité. Quant aux 40 années de pérégrinations dans  le désert, elles ne sont dues qu’à la faute des « explorateurs » !

En ce cas, pourquoi est-il écrit que D fit faire un détour au peuple ? S’ils devaient utiliser leur libre arbitre. C’est qu’en quelque sorte, nous dit Rashi,  s’il appartient à l’homme de se préparer quant à lui physiquement, pour le reste, c’est le Saint Béni soit-IL qui décide à qui devra appartenir la victoire.

Pour ceci, Rashi souligne que le mot désignant le fait qu’ils étaient armés (hamoushim) n’est autre qu’une allusion au fait que pendant la plaie des ténèbres, les 4 cinquièmes (de la racine hamesh tout comme hamoushim) du peuple étaient morts, parce qu’ils étaient « indignes ».

Le Tout Puissant – qui veilla sur Son peuple et lui permit de traverser la Mer Rouge à pied sec et rapidement en partageant la mer en douze couloirs transparents pour que chacun puisse voir les autres membres du peuple traverser au même moment – Se soucia de chaque détail pour que cette épopée soit praticable par tous et c’est ainsi que D prit en charge ce peuple immense car la Torah ne donne pas le chiffre exact de cette population mais il est facile de procéder à une estimation rapide car il est écrit 600,000 hommes faits c’est-à-dire de 20 à à 60 ans, c’est-à-dire qu’avec leur épouse cela nous amène à 1,200,000 personnes plus les enfants de 0 à 20 ans et toutes les personnes de 50/60 ans à 120 ans il est donc question de près de 5,000,000 de personnes en marche vers Canaân ! (1200000 personnes plus une moyenne de 4 enfants par famille plus 1200000 de vieillards…..).  C’est ainsi que D. « accompagna » ce peuple par des colonnes de fumée le jour et des colonnes de feu le soir !

D. prit Son peuple en charge en fournissant à ces millions de personnes de la nourriture pour chaque jour et de l’eau (le puits de  Myriam suivait le peuple pour leur fournir de quoi étancher leur soif).

Les colonnes de fumée constituaient à l’arrière une protection, devant, elles indiquaient le chemin, au-dessus, elles procuraient de la fraîcheur, diffusant des vapeurs d’eau parfumée de toutes sortes d’aromates et, la nuit ces colonnes remplacées par des colonnes  de feu,  conféraient au peuple un sentiment de sécurité.

Caroline Elishéva REBOUH

HAFTARAT BESHALAH

Cette haftara est extraite du Livre des Juges.  La période où les Juges étaient en fonction remonte  aux environs du XIIème siècle avant l’ère vulgaire soit à la période de transition entre l’entrée du peuple en terre de Canaan et l’instauration de la royauté  en Israël.

Au tout début,  chaque tribu installait en fonction une autorité (un chef)  ayant le grade de  « juge » dont le rôle n’était pas de veiller à faire appliquer la loi mais ils venaient,  en quelque sorte, à la place d’un prophète.

En parallèle à la sidra de  Beshalah, la lecture des chapitres 4 et 5 des Juges met en scène 5 personnages parmi lesquels 3 femmes dont deux sont juives. Du côté masculin,  2 hommes dont un non-juif. Le contexte est un combat à gagner par les Juifs menacés par une armée équipée de 900 chars (cf. les chars de Pharaon), l’élément « eau »  est également présent mais dans un contexte différent de la séparation des eaux de la mer rouge et un cantique dit de Déborah venant en « pendant » avec le cantique de la Mer Rouge.

Deborah est non seulement juge mais elle est aussi prophétesse. Deborah signifie « abeille » mais aussi « celle qui parle », soit la prophétesse. Deborah est une femme mariée à un homme nommé Lapidoth.  Elle prophétise et ordonne à Barak de constituer un corps de bataille parmi les hommes des tribus de Naphtali et de Zevouloun. Elle fixe le lieu de la bataille dans la vallée du fleuve Kishon contre Sisra, officier du roi Yabin chez les Cananéens.

Le temps étant orageux, il est prévisible que le Kishon débordera et que le terrain deviendra boueux ainsi, toute l’armée de Sisra s’enlisera chars et montures compris et seront donc anéantis.

Un chant ou plutôt un hymne s’élève à la gloire de D. Cependant, Sisra cherchera à s’enfuir et trouve refuge dans la tente de Yaël, femme on ne peut plus  courageuse, dans le genre de Yéhoudith (Judith qui décapita Holopherne). Elle accueille Sisra, l’abreuve et, exténué, il s’endort. Yaël se saisit d’un pieu et l’enfonce dans la tempe de Sisra recherché par Barak.

Le troisième personnage féminin qui apparaît à peine dans ce cantique est la mère de Sisra qui guette avec inquiétude le retour de son fils mais qui, en pratiquant la géomancie, va comprendre que Sisra ne reviendra pas.

Caroline Elisheva REBOUH

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