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Affaire Halimi, l’émotion des Juifs ne retombe pas

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Affaire Halimi, l’émotion des Juifs ne retombe pas

Analyse

Le Crif et le grand rabbin Korsia s’inquiètent des conséquences d’une absence de procès du présumé meurtrier, déclaré irresponsable.

  • Bernard Gorce,
Affaire Halimi, l’émotion des juifs ne retombe pas

 Le grand rabbin de France, Haïm Korsia, à la synagogue de Perpignan, le 19 juillet 2018.NICOLAS PARENT/L’INDEPENDANT/MAXPPP

L’information est largement relayée sur les réseaux sociaux : un appel à manifester à Paris, le lundi 5 janvier, contre la décision de justice de ne pas poursuivre le meurtrier présumé de Sarah Halimi, en juillet 2017, en raison de son « irresponsabilité pénale ».

Cette initiative n’est pas cautionnée par les institutions juives, notamment le Crif qui organise quelques jours plus tard, le 9 janvier, un rassemblement en hommage aux victimes de la prise d’otages de l’Hyper cacher de la porte de Vincennes, en 2015, auquel sera associée la mémoire de Sarah Halimi. « Il y a diverses initiatives de pétitions ou d’appels à manifester, reconnaît le président du Crif, Francis Kalifat. Ce n’est pas notre choix, mais je comprends ces démarches et je reconnais le droit à exprimer une colère qui est très forte. »

Le 19 décembre, les magistrats ont décidé que le meurtrier présumé de la retraitée ne serait pas jugé en raison de « l’abolition » de son discernement au moment des faits commis sous l’emprise du cannabis. Depuis, le mécontentement ne retombe pas chez les juifs, qui dénoncent un déni de justice.

Le président du Crif a interpellé la procureure générale dans une lettre mise en ligne le 21 décembre. Jeudi 26, dans les pages du Figaro, c’est au tour du grand rabbin de France, Haïm Korsia, de s’adresser à la ministre de la justice, Nicole Belloubet.

Abolition du discernement

Deux textes dont la lecture permet de mieux comprendre l’état d’esprit d’une part de la communauté juive. Comme tout autre citoyen, ils peuvent être troublés, voire révoltés, par le raisonnement des magistrats : « l’abolition du discernement », établi sur la base de rapports d’experts, est-il compatible avec la durée de l’action et les stratagèmes élaborés par le présumé meurtrier pour faire croire à un suicide ? Peut-on soutenir, comme le fait la justice, qu’un consommateur régulier et à haute dose de cannabis, puisse ignorer les risques auxquels il s’expose ?

« La justice a peur »

Mais c’est moins sur l’argumentation purement juridique que sur la mission de la justice qu’insistent les deux responsables. Le grand rabbin, parle, à propos de la décision de ne pas juger l’assassin, d’« une grave rupture de confiance » des juifs dans l’institution judiciaire qui peine à reconnaître la spécificité des violences dont ils sont la cible.

Alors que des statistiques sur les actes antisémites sont établies chaque année par le ministère de l’intérieur, la Chancellerie ne rend pas compte du nombre d’affaires traitées. Les magistrats rechigneraient à retenir, dans la qualification d’agressions, l’antisémitisme comme une circonstance aggravante.

Ainsi, dans l’affaire Halimi, les juges d’instruction, en juillet 2019, avaient écarté le caractère antisémite du crime alors que le jeune homme – 27 ans au moment de faits – avait crié « Allah Akbar » et diabolisé sa victime avant de se défenestrer. Ce drame en évoque un autre, le meurtre d’un jeune disc-jockey égorgé dans son parking par un homme de religion musulmane, en 2003. Les magistrats avaient alors déjà établi l’absence de discernement de l’auteur du crime.

« En vérité, la justice a peur, dénonce Francis Kalifat. Peur de faire le procès de l’islamisme terroriste qui n’a jamais pu avoir lieu. Soit les auteurs sont morts, comme dans le cas de l’attentat de Toulouse ou de l’Hyper-cacher. Soit ils sont pénalement irresponsables. » Le patron du Crif estime que les magistrats ne permettent pas à la société de prendre conscience de la montée d’un antisémitisme islamiste. « En 15 ans, douze personnes ont été tuées en tant que juif », insiste-t-il.

Pourvoi en cassation

En termes plus feutrés, le grand rabbin s’inquiète lui aussi du danger que représente « la non prise en considération de l’antisémitisme par la justice. » Haïm Korsia insiste surtout sur son rôle qui est, à défaut de réparer, « de cautériser les plaies ».

Priver la famille de la victime d’un procès, c’est « déposséder les citoyens d’un des droits les plus précieux qui soient en démocratie : celui de faire appel à la justice pour faire la lumière sur un tel déferlement de violence et de haine », souligne le grand rabbin. Dans l’affaire Halimi, les parties civiles ont décidé de se pourvoir en cassation.

la-croix.com

3 COMMENTS

  1. Oui, il s’agit d’une grave rupture de confiance envers la justice, mais cela concerne tous les français et tous les crimes qu’il n’est pas question d’absoudre en raison d’un supposé “manque de discernement” de l’assassin.
    N’oublions pas que la prise de stupéfiants, comme celle d’alcool, est toujours un acte volontaire !

    • Absolument ! et, au-dela des “parties civiles”, le mot froid employe pour qualifier celles et ceux qui ont perdu un etre cher dans des conditions abominables, cette rupture de confiance concerne tous les Francais. Elle se double d’une rupture de confiance envers les institutions chargees de leur securite. Le pouvoir doit se rendre compte de l’extreme gravite de cette situation, sans doute un tournant (en bien ou en mal) de l’histoire de notre pays.

  2. Il va enfin falloir que la justice de ce pays dénonce les actes antisémites et dire que ce sont des actes antisémites commis par les islamos gauchistes.
    Cela suffit ce déni.
    ROSA

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