Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan veut mener campagne en Allemagne en vue de l’élection présidentielle turque, prévue en août. À cet effet, il prévoit de tenir un meeting à Cologne samedi 24 mai, rapporte Der Spiegel.

Sans surprise, l’annonce de cette visite a provoqué un tollé au sein de la classe politique allemande, à la veille des élections européennes. Tous les partis politiques sont à l’unisson pour protester contre la venue d’Erdogan, après le scandale international qu’ont provoqué sa gestion de la catastrophe de Soma comme ses dérapages verbaux antisémites.

Bien qu’il n’ait pas officialisé sa candidature à l’élection présidentielle, Erdogan est déjà en campagne et table visiblement sur le soutien de la diaspora turque. L’Allemagne, pays où résident 1,5 million d’électeurs turcs sur les 2,6 millions que compte la diaspora à l’étranger, est une étape cruciale dans la tournée que projetterait de mener le dirigeant en Europe, avec une étape en France et une aux Pays-Bas, selon le site de la RTBF.

Interrogé par le quotidien Kölner Stadt-Anzeiger, Jürgen Roters, le maire SPD de Cologne, a conseillé indirectement le Premier ministre turc de renoncer à cette visite inopportune:

«En ce qui me concerne, en tant que responsable politique conscient de ses responsabilités, la décision ne ferait aucun doute, au vu des événements dramatiques qui ont fait tant de morts et qui restent encore à éclaircir: il y a aujourd’hui des choses plus importantes que d’être présent à des rendez-vous purement liés à la campagne.»

La direction de la CSU, la branche bavaroise de l’Union démocrate chrétienne, réclame l’annulation pure et simple de la venue de Recep Tayyip Erdogan, tandis que la vice-présidente écologiste du Bundestag Claudia Roth, comme le rapporte le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, demande au Premier ministre turc de présenter ses excuses au président allemand Joachim Gauck. Erdogan avait accusé ce dernier de parler «comme un pasteur», après que celui-ci a condamné l’acharnement des autorités turques contre la liberté d’expression, à l’époque où le Premier ministre avait fait fermer Twitter en Turquie.

Si le gouvernement allemand reste très réservé, il n’en met pas moins en garde le Premier ministre turc, rapporte la Deutsche Welle, attendant de lui qu’il manifeste «conscience de ses responsabilités et sensibilité» lors de son meeting.

De leur côté, les services de police de Cologne se préparent à une grande intervention. Plus de 10.000 manifestants, parmi lesquels des associations alévites, sont attendus dans les rues de la ville samedi.

Par Annabelle Georgen | publié le 20/05/2014 à 10h22, mis à jour le 20/05/2014 à 12h01

slate.fr Article original

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