La véritable raison pour laquelle les Palestiniens se battent pour sauver l’UNRWA

par Khaled Abu Toameh

La vive réaction palestinienne à la récente déclaration du soi-disant « Conseil de la paix » – selon laquelle l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) « n’a pas sa place dans la nouvelle bande de Gaza » – a une fois de plus mis en lumière une vérité fondamentale que nombre de membres de la communauté internationale persistent à ignorer: pour les Palestiniens, l’UNRWA n’est pas qu’une agence humanitaire.

C’est une institution politique qui entretient le rêve du prétendu « droit au retour » – une revendication qui, en submergeant la population israélienne d’environ 10 millions d’habitants avec des millions de prétendus « réfugiés » – entraînerait de facto la disparition d’Israël en tant qu’État-nation du peuple juif.

En déclarant que « l’UNRWA n’a plus sa place dans le nouveau Gaza… nous tournons la page sur le système complexe de dépendance à l’aide et de conflit perpétuels. Le peuple de Gaza mérite mieux », le « Conseil de la paix » a abordé l’une des questions les plus sensibles de la politique palestinienne.

La réaction immédiate de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), du Hamas et de diverses organisations palestiniennes a clairement montré que leur principale préoccupation n’est pas l’aide humanitaire. Ils craignent manifestement de perdre l’agence onusienne qu’ils considèrent comme la garante du « droit au retour ».

Ahmed Abu Holi, membre du Comité exécutif de l’OLP et chef de son Département des affaires des réfugiés, a dénoncé le « Conseil de la paix » pour avoir prétendument tenté de « liquider la question des réfugiés palestiniens ». Il a souligné que l’UNRWA « incarne la responsabilité morale et l’obligation juridique stricte de la communauté internationale envers les droits des réfugiés, ce qui conduit à leur retour [en Israël] et à une indemnisation ».

Abou Holi a averti que « toute attaque contre l’UNRWA ou toute tentative de la démanteler constitue une attaque directe contre l’identité nationale palestinienne… et une atteinte au droit au retour ».

Plus révélateur encore fut sa menace selon laquelle les réfugiés palestiniens « résisteraient fermement » à toute tentative de démantèlement de l’agence.

Le président du Conseil national palestinien, Rouhi Fattouh, a repris le même message :

« L’UNRWA… représente le témoin juridique et historique de la Nakba [« catastrophe », terme utilisé par les Palestiniens pour décrire la création d’Israël en 1948]… et incarne l’engagement international en faveur des droits des réfugiés jusqu’à ce que leur droit au retour et à une indemnisation soit mis en œuvre. »

Mettre fin à l’UNRWA, selon Fattouh, reviendrait à supprimer « le statut légal des réfugiés palestiniens ».

Ahmed Majdalani, un autre membre du Comité exécutif de l’OLP, a également déclaré que la déclaration du « Conseil de la paix » « touche au cœur du problème palestinien, représenté par la question des réfugiés et le droit au retour ».

« Le droit au retour », a-t-il ajouté, « est un principe fondamental du peuple palestinien que personne ne peut remettre en cause. »

Le Hamas s’est lui aussi empressé de défendre l’UNRWA.

Le groupe terroriste soutenu par l’Iran a condamné le « Conseil de la paix » pour avoir déclaré qu’il n’y avait « pas de place » pour l’UNRWA à Gaza et a mis en garde contre « l’arrêt du financement de l’agence, la réduction de son mandat ou son remplacement », et a appelé la communauté internationale à assurer « la poursuite des opérations de l’agence… jusqu’à ce que notre peuple obtienne ses droits légitimes ».

Ces « droits légitimes », selon le Hamas et l’OLP, incluent le « droit au retour ».

Ces déclarations lèvent tout doute quant aux raisons pour lesquelles les dirigeants palestiniens se battent avec acharnement pour préserver l’UNRWA.

Le problème n’est pas les écoles, la distribution alimentaire ou les cliniques médicales. Le problème est politique.

Contrairement au Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), qui recherche des solutions durables en réinstallant les réfugiés et en les aidant à reconstruire leur vie, l’UNRWA a institutionnalisé le statut de réfugié sur plusieurs générations.

Plus de sept décennies après la guerre de 1948, le nombre de réfugiés palestiniens enregistrés est passé d’environ 700 000 à plusieurs millions, car les descendants continuent d’hériter du statut de réfugié.

Au lieu de résoudre le problème des réfugiés, la fonction de l’UNRWA est de le perpétuer.

De nombreux Palestiniens ont fui leur pays pendant la guerre de 1948, que cinq armées arabes ont menée contre Israël et qu’ils ont perdue. Ils se sont ensuite vu refuser l’entrée en Israël pour cause de déloyauté. Pour les Palestiniens, l’UNRWA est devenue le symbole international de leur revendication : que les réfugiés palestiniens de 1948 et des millions de leurs descendants soient autorisés à s’installer en Israël. Croit-on vraiment qu’ils seront cette fois-ci plus loyaux ?

Un tel scénario modifierait profondément le profil démographique d’Israël, transformant le seul État juif au monde en un État à majorité arabe musulmane. Aucun gouvernement israélien – de gauche, de droite ou du centre – n’acceptera vraisemblablement un tel suicide national.

L’insistance palestinienne sur le « droit au retour », irréaliste, demeure donc l’un des principaux obstacles à tout accord de paix.

Tout aussi inquiétantes sont les révélations de plus en plus nombreuses concernant l’infiltration de l’UNRWA par des organisations terroristes dans la bande de Gaza.

Selon un rapport détaillé publié par les Forces de défense israéliennes, au moins 1 462 des 12 521 employés de l’UNRWA dans la bande de Gaza – soit environ 12 % – sont membres du Hamas, du Jihad islamique palestinien (JIP) ou d’autres organisations terroristes.

Parmi les 546 directeurs et directeurs adjoints d’école de l’UNRWA, au moins 80 ont été identifiés comme membres d’organisations terroristes désignées, dont la branche militaire du Hamas.

Le rapport indique en outre que le Hamas a systématiquement exploité les installations de l’UNRWA en construisant des tunnels terroristes sous les écoles, en stockant des armes, en établissant des centres de commandement et en lançant des roquettes depuis des zones adjacentes aux installations de l’ONU.

Le rapport révèle également que le Hamas exploitait un centre de données de pointe pour son bureau central de renseignement sous le siège de l’UNRWA à Gaza, tout en étant alimenté en électricité par les installations des Nations Unies. Le rapport poursuit :

« Lors de l’opération militaire visant à démanteler l’infrastructure terroriste au sein du complexe de l’UNRWA, d’importantes quantités d’armes ont été découvertes dans ses bâtiments, notamment des drones explosifs, des grenades, des fusils de précision, des roquettes, des obus de mortier et des lance-roquettes RPG. Les renseignements et les documents mis au jour sur place ont confirmé que les bureaux avaient également été utilisés par des terroristes du Hamas. De plus, des corps de terroristes du Hamas et du Jihad islamique palestinien ont été retrouvés dans les locaux. »

Les conclusions indiquent également que des employés de l’UNRWA ont activement participé au massacre du 7 octobre 2023 en Israël, notamment à l’enlèvement d’Israéliens et de ressortissants étrangers. L’un d’eux, Faisal Ali Mussalem Al-Naami, a été identifié ce jour-là en territoire israélien grâce aux caméras de surveillance et à l’analyse de son téléphone portable. Il a participé à l’enlèvement d’un homme du kibboutz Be’eri. Al-Naami a été filmé dans le kibboutz, chargeant le corps d’un Israélien dans un SUV en vue de son enlèvement.

Dans ce contexte, l’annonce récente par l’UNRWA du licenciement de 70 employés à Gaza en raison de soupçons de liens avec des organisations terroristes constitue une mesure bienvenue, bien que tardive. L’agence onusienne insiste toutefois sur le fait que ces licenciements « ne constituent en aucun cas une validation des accusations portées contre eux ».

Cette décision équivaut toutefois à reconnaître l’existence du problème.

Si l’UNRWA était convaincue qu’il n’existait absolument aucun problème de sécurité, elle n’aurait eu aucune raison de licencier des dizaines d’employés. Ces licenciements soulèvent également une question évidente : si 70 employés étaient jugés trop risqués pour être conservés, qu’en est-il des nombreux autres identifiés par les services de renseignement israéliens ?

Au lieu d’aider les Palestiniens à dépasser leur revendication perpétuelle du statut de réfugié, l’UNRWA semble déterminée à perpétuer l’illusion centrale du conflit : celle qu’Israël absorbera un jour des millions de Palestiniens et cessera ainsi d’exister en tant qu’État juif.

Le « Conseil de la paix » a donc raison d’affirmer que l’UNRWA n’a pas sa place dans la future bande de Gaza.

L’aide humanitaire doit absolument se poursuivre. Les Palestiniens de la bande de Gaza qui ne sont pas impliqués dans le terrorisme méritent la reconstruction, le développement économique, des écoles et des hôpitaux fonctionnels, ainsi qu’une vie normale. Ces responsabilités devraient toutefois être assumées par le Conseil de la paix, de concert avec les États arabes qui ont maintes fois proclamé leur solidarité avec les Palestiniens sans pour autant leur apporter une aide concrète.

Depuis des décennies, les gouvernements arabes proclament leur soutien indéfectible à la cause palestinienne. Si les dirigeants arabes se soucient réellement du bien-être de leurs frères palestiniens, ils devraient exiger que le Hamas dépose les armes et renonce au contrôle de la bande de Gaza.

L’administration Trump devrait insister pour que tout futur accord concernant Gaza exclue l’UNRWA et la remplace par des mécanismes favorisant la réhabilitation plutôt que la dépendance.

Plus important encore, il est temps que les dirigeants palestiniens abandonnent le fantasme du « droit au retour ». Ces dirigeants mentent à leur propre peuple en lui faisant croire qu’un jour ils retourneront dans les anciens foyers de leurs familles en Israël.

Tant que l’UNRWA continuera d’institutionnaliser ce rêve, elle restera une partie du problème plutôt qu’une partie de la solution.

La vive réaction palestinienne à l’annonce du « Conseil de la paix » démontre précisément pourquoi un changement urgent est nécessaire. L’UNRWA est devenue bien plus qu’une agence humanitaire. Elle s’est transformée en une institution politique vouée à la préservation d’un objectif irréaliste qui garantit la perpétuation du conflit pour les générations à venir.

Si l’objectif est un avenir différent pour la bande de Gaza – un avenir fondé sur la reconstruction, la coexistence et la stabilité plutôt que sur un conflit perpétuel –, alors la suppression de l’UNRWA et son remplacement par une nouvelle institution – non entravée par les conflits d’intérêts passés – sont non seulement justifiés, mais aussi indispensables.

Khaled Abu Toameh est un journaliste primé basé à Jérusalem.

JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Photo : Des soldats israéliens inspectent l’entrée d’un tunnel terroriste du Hamas, situé juste à l’extérieur d’un complexe de l’UNRWA à Gaza, le 8 février 2024. (Photo : Jack Guez/AFP via Getty Images)

 

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