Juifs au pays du Soleil Levant

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Quelques 600 Juifs vivent actuellement au Japon, se partageant entre les centres historiques de Kobe et Tokyo.

Comme en Occident, les premiers juifs sont venus au Japon dans le but de commercer.
En Occident, leur présence est très ancienne car ils suivaient les légions romaines.

Il y eu quelques incursions sporadiques de concert avec les marchands hollandais et portugais mais une réelle présence juive n’est notée qu’en 1861 avec l’ouverture du pays du soleil levant aux marchands étrangers.

Ils venaient d’Irak, de Syrie, du Yémen et d’Iran. La famille la plus connue étant la famille Sassoon aussi appelée les Rothschild de l’est.
Ils s’installèrent à Yokohama et à Nagasaki puis avec la guerre russo nippone, l’activité portuaire a diminué fortement et les juifs se sont transportés à Kobe où est née une communauté active sur le plan communautaire et religieux.


Vinrent ensuite les juifs fuyant la guerre civile en Russie ou les pogroms, de 1917 à 1920 ; ils passaient par la ville de Mandchourie : Harbin où beaucoup se sont installés.
La communauté de Kobe déjà bien structurée s’est mobilisée pour aider les nouveaux arrivés ainsi que l’américain Jacob Schiff de la banque Kuhn et Loeb qui leur a non seulement accordé une aide pécuniaire mais a aussi usé de son influence auprès des autorités japonaises afin qu’ils acceptent ces refugiés sur leur sol.
Une deuxième vague de refugiés est arrivée à la veille et au début de la seconde guerre mondiale. Il s’agissait surtout de juifs originaires de Russie et de Pologne dont la plupart avaient trouvé un refuge temporaire en Lithuanie.

En effet CHIUNE SUGIHARA, premier consul japonais en lithuanie, malgré les remontrances répétées de son gouvernement, a délivré 6.000 à 10.000 visas.
Il s’agit d’un jeune consul, ayant commencé pendant 2 ans une carrière calme à Helsinki et qui est nommé en novembre 1939 à Kovno en Lituanie (aujourd’hui Kaunas).
Or les japonais sont loin d’être individualistes et ont plutôt un esprit grégaire et ils n’ont pas pour habitude de désobéir aux ordres mais Sugihara, Juste du Monde, a agit par gentillesse et humanité et a ainsi sauvé de nombreuses vies humaines.
Avec l’aide de sa femme et tout en sachant pertinemment qu’il mettait en péril sa carrière et sa famille, il a accordé le plus de visas possible de l’ambassade, puis de l’hôtel après l’arrivée des russes et enfin du train l’emmenant avec sa famille à Prague où il est nommé du fait de l’annexion officielle de la Lituanie par les russes.
Il est rentré au Japon en 47, date à laquelle il est rayé des cadres du ministère des affaires étrangères. Il rentre donc dans la vie civile et trouve du travail dans une société d’import export à Moscou sans se plaindre et en bon japonais en acceptant son destin.
Il sera plus tard en 1985 nommé Juste des Nations, un an avant sa mort.
En effet, un diplomate israélien nommé au Japon en 1968, fait une enquête pour retrouver l’homme qui a permis sa survie en 1939 et lui obtient une citation au Yad Vashem et une bourse permettant à son plus jeune fils d’étudier à Jérusalem.
Il ne sera réhabilité au Japon même qu’en 1990 grâce à la publication d’un livre écrit après sa mort par sa femme Yukiko : Visa pour 6.000 vies
La famille a reçu les excuses officielles du pays du soleil levant, à titre posthume, il est de nouveau inscrit sur la liste des diplomates des affaires étrangères.
Chez nous, il est entré dans la légende au même titre qu’Oscar Schindler et que Raoul Wallenberg.
Le gouvernement israélien, sur l’initiative de Yehoshouah Nishri, le diplomate qui a retrouvé sa trace, a fait construire un monument à sa mémoire à Yaotsu, sa ville natale.
Et si vous rencontrez des touristes japonais qui vous demandent : vous savez qui est Chiune Sugighara ? vous pourrez répondre oui
.

Pour revenir aux juifs de Lituanie qui ont ainsi été sauvées, ils recevaient outre ce visa de transit pour le Japon, un permis de s’installer à Curaçao, colonie hollandaise aux Caraibes, pour laquelle il n’était pas nécessaire d’avoir un visa mais l’aide du consul hollandais en Lituanie.
Ils ont emprunté le Transsibérien en passant par Moscou et en recevant l’aide financière du Joint..
Les japonais, malgré les accords avec l’Allemagne nazie leur ont permis de rester à Kobe puisqu’ils ont prolongé 4600 de ces visas. Les juifs qui étaient avant la guerre à Kobe ont pu y rester et les nouveaux ont été envoyés à Hongkew, partie japonaise de Shanghai. La population juive de Kobe a aidé financièrement ainsi que les juifs américains jusqu’à Pearl Harbour.
Il faut souligner que nous juifs avons toujours aidé nos refugiés afin qu’ils s’intègrent à une vie normale au contraire des palestiniens qui laissent pourrir la situation ….Parmi les refugiés, il y avait la Yeshiva de Mir en son entier, 500 personnes comprenant les étudiants, les professeurs et leurs familles. Ces religieux priant, chantant et étudiant 18 heures par jour ont beaucoup impressionné les japonais qui les ont surnommés « les idéalistes sacrés ».
Shanghai où les juifs étaient libres jusqu’en 1942, mais sous l’impulsion des nazis, un ghetto a été créé. Ghetto où l’on mourrait de faim mais où l’on n’était pas maltraité.
Les japonais qui ont très mal traité les chinois pendant la guerre, ont évité cela aux Juifs afin de ne pas indisposer les américains.
Il faut aussi parler du plan Fugu « plan de développement de la Mandchourie par les Juifs ».
Le fugu étant un met délicat, poisson qui s’il est bien préparé est parait il délicieux, mais si sa préparation est mal menée, il peut être mortel du fait du poison qu’il contient.
Les japonais admiraient beaucoup les Juifs, enfin l’idée qu’ils s’en faisaient selon les précieux capitaux apportés par Jacob Schiff et aussi d’après le Protocole des Sages de Sion, pamphlet ultra antisémite mais montrant la capacité des juifs à faire des affaires et à conquérir le monde.
C’est la conclusion de la lecture des japonais du pamphlet.
Ils avaient donc l’intention de faire venir des juifs pour peupler et développer la Mandchourie qui était alors sous leur administration. Cette idée a vu le jour en 1930. Ils étaient intéressés par les Juifs des états unis pour leurs capitaux, les Juifs des pays orientaux pour leurs relations, les Juifs d’Allemagne pour leurs capacités scientifiques.
Il était même prévu l’envoi d’une délégation aux USA pour présenter aux rabbins américains les similarités entre le judaïsme et le shintoïsme.
Il y a eu de nombreuses discussions mais le plan est resté au niveau de projet d’autant que les refugiés qui sont arrivés par la suite étaient totalement démunis.
Pourquoi ce nom de fugu : car si les juifs étaient bien canalisés cela pouvait être une grande réussite mais le protocole de Sion le dit bien, nous risquons d’envahir le monde alors … attention
La communauté juive s’est enrichie de nouveaux membres avec les soldats américains basés au japon en particulier à Okinawa à la fin de la deuxième guerre mondiale et jusqu’en 1952, date à laquelle les américains ont rendu leur souveraineté au Japon.

Bien sûr à l’heure actuelle il faut compter aussi les délégations israéliennes, les juifs commerciaux d’Israël et du monde, les touristes qui viennent enrichir la communauté juive japonaise.

Il ya 2 synagogues à Tokyo, une orthodoxe et une reformée : la synagogue Beth David.

Je voudrais terminer en vous parlant de deux sectes japonaises
1) Beit Shalom Yapan
Communauté protestante japonaise forte de 10.000 âmes, parlant hébreu, ayant une chorale avec des chants hébreux et qui sont très proches sentimentalement du peuple juif.
Ils se trouvent à Kyoto et aident le peuple israélien par la prière pour la venue du messie, par des encouragements, des visites en Israël et par des bourses pour des étudiants israéliens afin qu’ils étudient à Jérusalem et non à l’étranger.
2) la secte Makuya
Forte de 6.0000 membres, chrétiens japonais qui croient que les japonais sont l’une des 10 tribus perdues d’Israël arrivée au Japon il y a 2.700 ans et d’après eux, il s’agirait de la tribu de Zebulon.
Après l’attaque de terroristes japonais à l’aéroport de Lod en 1972, certains membres de la secte sont venus présenter leurs excuses aux familles.
Les fidèles apprennent l’hébreu et font le pèlerinage à Jérusalem. Ils associent les rites juifs et japonais.
Il est vrai qu’il y a de nombreux mots en japonais dont l’origine n’est pas japonaise mais semble hébraïque.
Dabru : parler comme daber
Gai : étranger comme goi
Koru : avoir froid comme kor
Kensei : gouvernement japonais comme Knesset
Le premier roi du Japon s’appelait Osée comme le dernier roi d’Israël Hoshea
Samurai viendrait il de Samarie ?
A Nagano, il y a un grand Temple Shinto du nom de Suwa-Taisha où chaque année pendant 78 générations, s’est déroulé un festival relatant le sacrifice d’Isaac.
Ce Temple est situé près d’une montagne portant le nom de Morya, Morya-san.
Certains prêtres japonais nommés Yamabushi, portent sur le front au moment de la prière, une petite boite noire, ronde et non cubique mais reliée à un cordon noir comme les téfilin ou phylactères.
On peut trouver des analogies entre l’agencement du Temple de Jérusalem et le Temple Shinto.
Les Japonais et les juifs sont tous les deux des peuples complexes, à la fois traditionnels, respectueux du passé et à la fois modernes, responsables de nombreuses innovations de notre époque.

Aujourd’hui, Kobe accueille une petite communauté juive : les repas de Chabbath y sont pris en commun, et on trouve une synagogue en ville.

La communauté juive de Tokyo est plus récente ; elle remonte aux années 1950, lorsque de nombreux étrangers affluèrent au Japon pour participer à la reconstruction de ce pays déchiré par la guerre. Dès 1952, un centre juif fut établi à Hiroo, quartier central de Tokyo. La langue commune était le Yiddish, cela afin de faciliter la communication entre les immigrés issus de différents pays. En 2009, un centre plus vaste fut inauguré, servant quelques 120 familles installées dans la capitale.

par le Dr Daniele GUEDJ

Les Juifs du Japon (suite)
par le Professeur Aoyama …Professeur d’université au Japon, j’ai consacré de longues années à l’étude des juifs en Chine et au Japon (plus en Chine qu’au Japon). 
Dans un souci d’exactitude et sans trop entrer dans les détails de l’article (Juifs du Japon du Dr Daniele Guedj), permettez-moi de remettre certaines choses à leur place.
D’abord, sur le plan lexical, IL N’Y A AUCUN LIEN ENTRE CERTAINS MOTS JAPONAIS et leur pseudo équivalents hébraïques :

Dabru : parler comme daber (Je ne connais pas ce verbe en japonais. Il existe le verbe « shaberu » qui signifie « discuter, parler ». « Parler » = hanasu en japonais) (1)

Gai : étranger comme goi . « Gai » est la prononciation sino-japonaise du mot « wai » en chinois qui signifie « hors/dehors », la prononciation (lecture) japonaise est « soto ». La dérive phonétique de W vers G se retrouve en français avec William/Guillaume, War/Guerre etc. Aucun lien possible avec Goy.
Etranger = gai[koku] jin (jin = homme/personne).

Koru : avoir froid comme kor. Kooru (o long) signifie « geler »

Kensei : gouvernement japonais comme Knesset. Kensei est un mot rare en japonais = gouvernement constitutionnel (ken= abreviation de « kenpo » constitution, sei=abreviation de « seifu » gouvernement). Aucun lien possible avec Knesset (qui signifie « assemblée »).

Le premier roi du Japon s’appelait Osée comme le dernier roi d’Israël Hoshea (?)

Samurai viendrait il de Samarie ? Samurai est la déformation de « saburai » (dérive de B vers M fréquente, comme sabedi-samedi [de sab(b)at]), du verbe saburau = rendre visite. Le sens a évolué. Une autre etymologie fantaisiste (mais plus logique, si l’on veut) tentait de faire venir « samouraï » de « shomer » (gardien), comme dans « shomerei (Israel) » (possessif pluriel de shomer), les gardiens (du temple) d’Israel. Fantaisies …

En ce qui concerne les relations entre les Japonais et les juifs, le banquier Jacob Schiff apporta effectivement son aide à l’octroi d’un prêt important au Japon, en 1904, qui lui permit de s’équiper et contribua à la défaite de l’armée russe dans la guerre R-J de 1905.
C’était l’un des buts recherches par Jacob Schiff, ferme opposant d’une Russie tsariste antisémite et terre de pogroms. Une nièce de l’empereur viendra habiter chez lui à New-York pour y faire des études.
L’empereur Meiji fera don à la petite communauté juive de Tokyo d’un vaste terrain au centre de Tokyo (Hiroo), pas loin de l’ambassade de France, en remerciement.
Le centre juif de Tokyo s’y trouve encore.

Enfin, pour conclure brièvement : certains kanas (lettres/signes du syllabaire japonais), issus de la calligraphie chinoisesemblent ressembler à certaines lettres hébraïques.
PURE COINCIDENCE qui a donne naissance à des théories rocambolesques sur un lien entre les deux langues. 
Il n’y en a aucun
.

(1)
Pour être complet, il existe bel et bien quand même un verbe japonais « daberu » (-eru est une terminaison verbale) – que je ne connaissais pas car c’est un terme dialectal, qui signifie « parler à tort et à travers, divaguer », compose de « da » qui signifie « bêtise, chose de mauvaise qualité » et
« ben » qui signifie « parler, radoter ».
Le verbe devrait donc se lire « daben suru » (suru = faire) mais devient par assimilation « daberu », « da » n’ayant rien à voir avec « parler », on le trouve dans « dagashi » (gâteaux bon marché, de mauvaise qualité), « dajare » (mauvais jeux de mots), « damé » (foutu, cassé, mauvais) etc…
On rappellera ici que l’hébreu moderne fut « façonné » par (notamment) E.Ben-Yehuda, d’origine russe, qui n’avait aucun lien avec ni aucune connaissance d’une langue asiatique.
Le verbe parler, comme on sait, c’est LEdaber, conjugue comme medaber …
Mais on peut trouver des coïncidences partout : mer = umi en J, yam en H, eau = mizu en J, mayim en H (prégnance du M), ressemblance de mots (mais sens différent) : J « ima » = maintenant, anata = tu, toi, prononce an’ta en argot, comme en arabe et en araméen (H.moderne = ata) etc.
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Le Professeur Aoyama (nom d’emprunt) est né à Saint Cloud près de Paris.
Il étudie les Juifs en Chine depuis 1972.
Professeur d’université, il avait été invité par le gouvernement chinois (il travaillait à l’époque pour la télévision japonaise (NHK), en 1976, il fait une thèse sur la Communauté Juive de Shanghai sous l’Occupation Japonaise (1937-45).
Il a été en Chine en 1978, à Kaifeng, le premier étranger à revenir dans cette ville après 1949.
Maintenant c’est différent, la Chine est “ouverte”.
Kaifeng fut :
1. le “terminus” de la Route de la Soie (qu’on suppose être partie, soit de Damas, soit de Bagdad) – 8ème-13ème siecle.
2. l’endroit ou les premiers juifs de Chine s’établirent en nombre, avec synagogue, etc …
Les Jésuites parlent de cette communauté au 17ème siecle, en la faisant remonter au 11ème siecle.
Il y avait encore de juifs en tant que tels à Kaifeng vers 1880.

 

3 COMMENTS

    • @Lachkar
      Aucuns petits hommes jaunes ne sont mentionnés dans la Bible ou dans d’autres sources juives en tant que “sauveurs d’Israël et du Peuple Juif ! ” vous avez dû être impressionné par un rêve ou par la lecture d’une histoire de martiens arrivés en soucoupe volante ! mais la lecture de votre intervention a égayé ma soirée et je vous en remercie !
      Amicalement ,
      Ephraïm , rabbin , Jérusalem .

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