Vidéos : spectaculaire revirement en Thaïlande

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En Thaïlande, les manifestants sont entrés au siège du gouvernement. Les forces de l’ordre avaient interdiction de les affronter – AFP


En Thaïlande, les manifestants sont entrés au siège du gouvernement. Les forces de l’ordre avaient interdiction de les affronter – AFP

Le gouvernement thaïlandais a surpris, ce matin, l’ensemble des acteurs de la crise politique qui secoue le royaume depuis la mi-novembre en annonçant que les forces de l’ordre n’affronteraient pas, une nouvelle fois, les manifestants et levaient donc la plupart des barrages défensifs qui protégeaient l’accès de plusieurs bâtiments ministériels du centre de la capitale. «Les manifestants ont annoncé qu’ils voulaient prendre le contrôle des bâtiments gouvernementaux, mais le gouvernement ne veut pas qu’il y ait d’affrontements, aussi avons-nous ordonné aux policiers de lever le camp», a déclaré à la presse le porte-parole du gouvernement, Teerat Ratanasevi. «Nous voulons éviter violences et confrontations», a-t-il continué.

Les fils de fer barbelés et autres murets de béton qui avaient été déployés, ces derniers jours, près du siège du gouvernement ou du siège de la police ont ainsi été retirés, un à un, et les manifestants, qui réclament depuis plusieurs jours la démission de l’actuelle Premier ministre Yingluck Shinawatra, ont pu pénétrer dans l’enceinte de l’immeuble.

Essayant d’afficher une image de normalité, la chef du gouvernement était partie un plus tôt en direction de Hua Hin, au sud de la capitale, où elle doit assister dans les prochaines heures aux célébrations de l’anniversaire du roi. Toujours très respecté dans le pays, le monarque doit fêter jeudi son 86e anniversaire et pourrait, à cette occasion, prononcer un discours appelant la population à retrouver son unité.

Revirement de l’exécutif

En entrant dans les bâtiments publics abandonnés, les manifestants célébraient ce matin leur victoire, mais leurs leaders semblaient dans l’incapacité d’expliquer le récent revirement de l’exécutif et ses conséquences sur la situation politique dans la nation. Ils réclament toujours le départ d’Yingluck Shinawatra et de ses ministres, qu’ils accusent de comploter en vue d’un retour dans le pays de l’ancien homme fort du royaume, Thaksin Shinawatra, le frère de l’actuelle dirigeante. Cet ancien homme d’affaires milliardaire s’était lancé en politique dans les années 1990 en s’appuyant sur les masses rurales du nord-est du pays, qui se sentaient délaissées par les élites urbaines, et il avait dirigé le gouvernement de 2001 à 2006, avant d’être chassé du pouvoir par un coup d’Etat. Condamné ensuite pour corruption, il vit depuis en exil mais maintient un contact étroit avec sa soeur et les cadres de son parti populiste, le Pheu Thai, qui reste largement majoritaire. La mobilisation des manifestants, qui occupent certains bâtiments publics, est d’ailleurs née, en novembre, du dépôt d’un projet de loi gouvernemental tentant d’organiser une amnistie et le retour de Thaksin Shinawatra.

En refusant l’affrontement qui aurait permis aux opposants de se poser en victimes et de mobiliser une partie de la population, qui semble pour l’instant hésiter à prendre parti dans la crise, Yingluck Shinawatra évite de pousser l’armée dans une confrontation dont elle ne voulait pas, et entend contraindre les leaders des manifestants à accepter un dialogue. Emmenés par un élu du Parti démocrate, Suthep Thaugsuban, ils ont pour l’instant peiné à formuler leur projet politique au delà de la seule démission de la Première ministre. Ils refusent ainsi l’organisation de législatives anticipées, qu’ils sont convaincus de perdre tant le Pheu Thai est électoralement puissant en province, et évoquent la mise en place d’un exécutif constitué autour d’un «conseil du peuple», regroupant des représentants de différentes professions, dont ils organiserait eux-mêmes les contours. Une solution anti-démocratique qui ne fait toutefois pas l’unanimité dans la classe moyenne sur laquelle Suthep Thaugsuban affirme s’appuyer dans la conduite de son «coup d’Etat populaire».

Il est vrai que les journées précédentes avaient été particulièrement agitées comme le montre une vidéo tournée à partir d’un drone par un Thaïlandais pendant la journée de dimanche.

Par Yann Rousseau | 03/12 | 07:42 | mis à jour à 09:58

lesechos.fr Article original

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