Le feu de la discorde sunnito-chiite dans la Békaa ravivé…

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LIBAN Sur fond de rivalité politique, communautaire et tribale, la tension est remontée en flèche hier entre chiites et sunnites dans la Békaa, à la suite d’une embuscade tendue par les Jaafar et les Amhaz (prorégime Assad) de Laboué au convoi des Houjeiri (prorebelles syriens) de Ersal. Bilan : un mort et trois blessés de cette dernière localité, dont le président du conseil municipal de Ersal, Ali Houjeiri.Le convoi des Houjeiri revenait d’une opération d’échange d’otages réussie entre les localités de Ersal et Makné. Deux ressortissants syriens qui accompagnaient le convoi ont été enlevés.


L’une des voitures prises sous le feu de l’embuscade à Laboué hier : on voit l’impact des balles sur le pare-brise. Photos tayyar.org

La voiture, à bord de laquelle se trouvait notamment le fils du chef de la municipalité de Ersal, « est tombée dans une embuscade alors que le convoi rentrait à Ersal après avoir participé à un échange d’otages », a confirmé une source militaire. Le président du conseil municipal de Ersal, Ali Houjeiri, qui se trouvait à bord d’une autre voiture blindée, a été légèrement blessé, a précisé la source, selon une première version.

Dans les faits, quatre voitures à bord desquelles se trouvaient des hommes armés ont intercepté le convoi et ont tiré en direction des véhicules conduits par le groupe de Ersal.

Mohammad Hassan Houjeiri, alias Mohammad Doukhan, a été tué sur-le-champ. Il a été conduit à l’hôpital Dar al-Amal à Douris. Son corps a été ensuite transporté à bord d’un convoi militaire et a été restitué, hier en fin d’après midi, à sa famille.

Le président du conseil municipal de Ersal, lui, a été atteint, mais légèrement, à la tête. Il a reçu les premiers secours au dispensaire de la localité avant de rentrer chez lui. Dans un entretien avec la presse, il a accusé « les clans Jaafar et Amhaz de l’embuscade », appelant « l’armée à intervenir et à arrêter les malfaiteurs ». Il a indiqué avoir reçu des appels téléphoniques du Premier ministre démissionnaire, Nagib Mikati, et de l’ancien Premier ministre Saad Hariri, l’appelant à œuvrer pour calmer la situation dans la région. Un deuxième blesssé, Ali Fliti, alias Ali Zahoui, a été atteint à la main. Ahmad Khaled Houjeiri, alias Ahmad Katcha, est, pour sa part, grièvement blessé. Il a été transporté à un hôpital de Zahlé. L’embuscade a été revendiquée par un groupe baptisé « le groupe des quatre martyrs », ces derniers étant des individus du clan Jaafar, tués le 16 juin dernier à proximité de Ersal.

Des sources militaires ont affirmé que « l’embuscade a été tendue par des membres du clan Jaafar aidés par le clan Amhaz ».

Dès l’annonce de la nouvelle, la tension est grandement montée à Ersal. Les habitants ont tiré des coups de feu en l’air. L’armée a aussitôt fait circuler massivement des patrouilles sur la route de Laboué et à l’entrée de Ersal.

À l’autre bout de la Békaa, à Saadnayel, les habitants de la localité ont bloqué la route en guise de soutien aux habitants de Ersal.

Cascade de dénonciations « pour éviter la discorde »

L’embuscade de Laboué a immédiatement provoqué une série de vives réactions. Le président de la République, Michel Sleiman, a appelé « les responsables sécuritaires à prendre des mesures vigoureuses pour contrôler la situation, arrêter les responsables et les traduire en justice ». « Le fait d’avoir recours à ce genre de méthodes alors que l’on venait de libérer des otages ne fait que compliquer la situation et créer de nouveaux problèmes », a-t-il dit. Le Premier ministre démissionnaire, Nagib Mikati, a effectué une série de contacts pour contenir la situation dans la Békaa. Il a mis l’accent sur « la coopération de tous pour contrer les tentatives de semer la discorde entre les Libanais », soulignant que « les services de sécurité œuvrent pour arrêter les coupables et les traduire en justice ».

Le Premier ministre désigné, Tammam Salam, est entré en contact avec le ministre sortant de l’Intérieur, Marwan Charbel, pour s’informer des détails de l’incident, et des mesures prises par la troupe et les FSI, les appelant à « traiter l’affaire avec un maximum de fermeté afin d’arrêter les coupables et les traduire en justice ». « Cette embuscade met en évidence la fragilité de la situation dans la Békaa », a-t-il dit, appelant à « la vigilance, afin d’être plus forts que la discorde et le chaos ».

L’ancien Premier ministre Saad Hariri, qui est entré en contact avec le président du conseil municipal de Ersal, s’est également entretenu au téléphone avec le commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi. Hariri a souligné la nécessité « de prendre les mesures nécessaires permettant d’arrêter les coupables ». « Cet incident constitue une tentative supplémentaire visant à plonger le Liban dans la discorde », a-t-il estimé.

L’armée a publié un communiqué soulignant que « l’embuscade a eu lieu à 15 heures, sur la route de Baalbeck–Hermel. Un groupe d’individus armés a tiré en direction d’un convoi se rendant à Ersal, faisant un tué et trois blessés. Deux ressortissants syriens accompagnant le convoi ont été enlevés ». Il s’agit de Mohammad Abbas et Nabil Rachak.

« À l’issue de l’embuscade, les unités de l’armée présentes dans la Békaa ont pris des mesures exceptionnelles pour éviter que la situation se détériore. La troupe a ainsi dressé divers barrages et fait circuler des patrouilles dans la région. Elle a également entamé ses recherches pour retrouver les responsables », ajoute-t-on.

À Mreijate, près de Chtaura, à l’annonce de la nouvelle, les habitants chrétiens de la localité ont lancé des feux d’artifice et ont offert des douceurs aux passants. Mreijate est le village de l’officier Pierre Machaalani tué à Ersal l’hiver dernier.

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lorientlejour.com Article original

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