Analyse : l’effet boomerang de la trahison turque

0
11

Livrer les espions iraniens du Mossad à l’Iran pourrait coûter très cher à Erdogan

Malgré les démentis officiels turcs il n’y a pas de raison de ne pas croire à l’information sensationnelle du Washington Post selon laquelle les services de renseignements turcs ont révélé en début d’année l’identité de 10 espions iraniens travaillant pour Israël.Cette histoire est relatée par David Ignatius Article original, l’analyste du Washington Post pour les Affaires étrangères, connu pour ses sources solides au sein des services secrets américains et israéliens.

Selon ce rapport, les agents iraniens rencontraient leurs référents israéliens en Turquie. Si le rapport s’avère exact, il s’agirait alors d’un acte de trahison sans précédent aussi vil qu’inimaginable.

Comment la Turquie a-t-elle pu en arriver à commettre un tel acte dépassant l’entendement ?

La seule explication raisonnable serait un acte de frustration et de vengeance des officiels turcs en représailles à l’abordage du Mavi Marmara, le 30 mai 2010, ce navire turc qui transportait des militants du Hamas tentant de forcer le blocus israélien de Gaza. Neuf ressortissants turcs avaient été tués et les relations israélo-turques ne furent plus jamais les mêmes.

Si ce réseau a été vraiment dévoilé, c’est sous les ordres de Hakim Fidan, le directeur du MIT, les services d’espionnage extérieurs turcs. Mais cela n’a pu être effectué qu’avec l’approbation du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Cela illustre encore un peu plus l’obsession d’Erdogan à l’égard d’Israël et ses tendances antisémites qui ont été démasquées à de nombreuses occasions.

Pendant plus de 50 ans, Israël et la Turquie furent des alliés stratégiques. Au coeur de cette alliance, il y avait les liens extrèmement étroits entre le Mossad et les Renseignements militaires israéliens d’une part, et le MIT turc ansi que ses services d’intelligence militaire d’autre part. Ces liens datent de 1958 et faisaient partie du partenariat « TRIDENT » incluant également les services de renseignements iraniens de l’époque du Shah.

Cette alliance stratégique se manifestait par des rencontres bi-annuelles entre les chefs du Mossad et du MIT ainsi qu’entre experts et analystes des deux pays. Cette relation se caractérisait également par de fréquents échanges d’informations sur des ennemis communs et des adversaires dans la région, en Irak, en Syrie et dans l’Iran post-islamique. Durant la dernière décennie, le savoir-faire, la technologie et le matériel israéliens furent vendus à l’armée turque pour des milliards de dollars.

Mais déjà avant l’incident du Marmara, les relations s’étaient ralenties et rafraîchies pour la seule raison qu’Erdogan avait le sentiment qu’il n’avait plus besoin d’Israël.

Pour des raisons d’ambitions, à savoir devenir le Sultan ottoman des temps modernes et le champion de la cause sunnite dans la région, Israël devenait pour Erdogan un inconvénient plutôt qu’un avantage.

Pourtant, même durant les périodes les plus tendues, les relations entre les services de renseignements des deux pays demeuraient intactes.

Alors que le travail des renseignements est souvent motivé par les intérêts, dépourvu de sentiment et cruel par nature, il y a encore des règles de conduite non écrites qui régissent les relations entre les gouvernements. La Turquie a commis une violation flagrante de ces codes. Et pour quelles raisons ? Pour punir Israël et marquer quelques points auprès de l’Iran chiite qui n’est pas un allié naturel de la Turquie ?

La trahison à l’égard des agents iraniens recrutés par le Mossad est un stratagème très bas. A long terme, il se retournera contre la Turquie. Il affecte non seulement les relations israélo-turques qui, effectivement, ne seront plus jamais les mêmes, mais aussi les relations au niveau des renseignements avec les autres nations de la région et avec l’Occident qui aboutira à la conclusion que la Turquie est un allié perfide.

18-10-2013/Yossi Melman/ I 24 NEWS Article original

Yossi Melman est commentateur sur les questions de renseignement et sécurité israéliennes

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here