Yossi Cohen, Chef du Mossad (Photo: AP)

Les reportages qui ont commencé à filtrer de Tunisie vendredi dernier font songer à d’autres récits semblables par le passé : une fois encore, un mystérieux assassinat d’un personnage-clé chez l’ennemi, un doigt agile appuyant sur la détente d’un pistolet silencieux et qui  disparaît furtivement.

Cette fois, les médias tunisiens évoquent l’assassinat d’un ingénieur de drones, Mohammad al-Zawahri, tué à bout portant dans sa voiture, dans la ville de Sfax dans le centre de la Tunisie. On suppose que le Mossad l’aurait mis sous surveillance, du fait de ses relations au sein du Hamas.

Réalité ou fiction? Normalement Israël ignore de tels reportages, mais parfois une admission survient comme conséquence d’un échec (comme se fut le cas lors de la tentative d’élimination manquée de Khaled Meshaal à Amman en 1997) ou du fait du temps très long qui s’est passé depuis l’incident véritable (comme dans le cas de l’élimination d’Abu Jihad, également en Tunisie en 1988).

Apparemment, il existe un mobile : Israël est vivement intéressé à empêché le Hamas de développer des drones, en particulier des drones « kamikazes » capables de pénétrer l’enveloppe défensive du système « Dôme de Fer ». On dit aussi qu’al-Zawahri étudiait la possibilité de mettre au point un drone sous-marin. Mais les spéculations demeureront intactes, puisque, dans ce dossier, il n’y aura pas d’aveu d’Israël quant à cette élimination et probablement pas de démenti non plus.

Quoi en soit, l’incident en Tunisie a jeté un peu de lumière dans la direction des activités réelles ou supposées de l’actuel chef du Mossad,sur le point de conclure sa première année de présence à la tête du service, ces jours-ci.

Aussi, que peut-on dire de cette première année de Yossi Cohen à la tête du Mossad? Eh bien, Cohen n’a pas, à proprement parler, initié de véritable « révolution », mais il a été une des personnalités les plus influentes, en ce qui concerne la Sécurité Nationale d’Israël en 2016 et il continuera à être personnalité centrale au cours de la prochaine année.

Une des raisons fondamentales de ce statut dominant de Cohen concerne les circonstances particulières, à la fois internes et régionales à Jérusalem (et même à la Kirya de Tel Aviv). Le nombre de personnes disposant d’une vision de la défense et de la diplomatie que crédite le Premier Ministre est extrêmement ténu. L’environnement de Netanyahu dispose d’une quantité limitée de personnalités possédant l’expérience et le statut nécessaire et, après autant d’années en tant que Premier Ministre, Binyamin Netanyahu se conduit comme quelqu’un qui n’apprécie pas vraiment l’opinion des autres membres de son cabinet, qui sont de façon prédominante, moins chevronnés que Netanyahu lui-même en ce qui concerne les affaires de défense, de sécurité et les affaires politico-diplomatiques.

Même le Conseil National de Sécurité ne semble pas une fonction réellement significative. Jusqu’à présent, le Premier Ministre n’a même pas nommé de remplaçant permanent à la place de Yossi Cohen, qui a occupé le poste de chef du CNS avant d’être nommé chef du Mossad. Le Premier Ministre organise des réunions régulières avec le Ministre de la Défense, ainsi qu’avec le chef des Enseignements Militaires de Tsahal et le chef du Shin Beth, mais l’importance de Yossi Cohen, en tant que proche confident et comme quelqu’un que le Premier Ministre tient en haute estime ,est particulièrement élevée.

Les circonstances régionales donnent également un éclairage particulier sur le rôle de Yossi Cohen, alors que presque rien ne remonte vraiment à la surface : de la Turquie à l’Egypte et à l’Arabie Saoudite, la Russie, la Jordanie, l’Europe et naturellement, les Etats-Unis. Différentes alliances ont pu être mises au point en 2016, des accords écrits et verbaux ont été conclus et le Mossad, sous la férule de Yossi Cohen, a agi avec habileté dans tous ces divers théâtres.

A l’interne, au sein du Mossad, Yossi Cohen, 55 ans, a très vite consolidé son statut de Patron. Tout un chacun, au sein de la communauté des renseignements est au courant de ses relations très spéciales avec le Premier Ministre Netanyahu et si quiconque semblait l’oublier, Cohen émaillera occasionnellement la conversation du nom du Premier Ministre. Il joue cette carte assez souvent.

Les prédécesseurs de Cohen au sommet du Mossad ont, chacun, impulsé un mouvement révolutionnaire au cours de leur première année à ce poste. Meïr Dagan, par exemple, a renforcé considérablement les effectifs du Mossad, entraînant les services vers une guerre contre le programme nucléaire iranien. Tamir Pardo a impulsé un changement substantiel dans la structure organisationnelle de l’agence et ses capacités de cyberguerre.

Cohen, d’un autre côté, a, jusqu’à présent, évité les changements révolutionnaires, mais il remplace beaucoup d’officiers supérieurs au sein du plus haut échelon du service, de façon à former un sommet de l’échelon qui sera exactement à son goût. Par exemple, un nouveau chef vient d’être nommé récemment à la Division du recueil et de l’analyse des renseignement du Mossad. B. remplace Z., qui a occupé le poste central du directorat des renseignements militaires de Tsahal. Comme à ses précédentes positions, Cohen demeure un bourreau de travail.

Sa porte est toujours ouverte à ceux qui l’appellent de façon aléatoire et veulent lui présenter leur dossier, même sans rendez-vous et il préserve une image qui l’a accompagné depuis qu’il est très jeune, comme un « mannequin » (son surnom) – de ses costumes prestigieux jusqu’à sa façon de danser, à la vue des caméras, lors d’un récent spectacle de Shlomo Artzi – un chanteur populaire israélien.

Par-dessus tout, Yossi Cohen a toujours été et reste un homme d’opérations, un officier traitant pur-sang, un maître des opérations de terrain du type de l’action menée ou pas en Tunisie.

Les compétences interpersonnelles phénoménales de Cohen se reflètent à son contact avec ses subordonnés et avec ses pairs. Il considère le domaine opérationnel de façon bien plus élevée que quoi que ce soit d’autre.

Pour autant que cela concerne les aspects opérationnels, la guerre contre le terrorisme demeure de l’ordre d’un effort mondial, mais la question iranienne n’est pas pour autant gelée : l’affectation actuelle du Mossad consiste à fournir des preuves irréfutables des violations répétées de l’Iran à l’égard de l’accord signé avec les superpuissances (ce qui surviendra tout ou tard).

En ce qui concerne les opérations, la gloire reste inaccessible : les opérations les plus réussies du Mossad sont celles dont seulement de très rares personnes sont au courant.D’un autre côté, les échecs, même comme ceux dans le cas de l’élimination de Mahmoud al-Mabhouh (attribuée au Mossad par Dubaï) ou celle de Khaled Meshaal, deviennent des affaires du domaine public. Cohen préférera remplir son mandat sans qu’aucune affaire concernant le Mossad ne  devienne public. Après, nul n’est à l’abri des légendes et spéculations.

Par Amir Rapaport

israeldefense.co.il

Adaptation : Marc Brzustowski

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