Vivre les alertes au quotidien: Témoignages

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A man walks outside a house that was hit by a rocket fired from the Gaza Strip in the southern Israeli city of Ashkelon, on November 13, 2018. Photo by Nati Shohat/Flash90 *** Local Caption *** ??? ????? ???? ???? ??? ????? ??? ???? ??????

Près de 500 roquettes se sont abattues sur le sud d’Israël en à peine 24 heures, la semaine dernière. Au-delà de ce chiffre ahurissant, les habitants de cette région vivent au quotidien dans le meilleur des cas avec l’appréhension d’entendre la sirène sonner, dans le pire en étant dans les abris non-stop. A cela s’ajoutent les incendies réguliers depuis 7 mois maintenant en raison des ballons et cerfs-volants incendiaires. Bref, une vie au jour le jour qui n’a rien d’une routine ni d’un long fleuve tranquille.

Ces citoyens israéliens pris pour cible par les terroristes du Hamas depuis la bande de Gaza, ont manifesté leur désapprobation face à la décision du gouvernement d’aller vers un cessez-le-feu. Ils ont manifesté par centaines, jeunes et moins jeunes, tous exaspérés par la situation qui n’a que trop duré. Les initiatives pour alerter la population et le gouvernement de ce quotidien devenu lourd à assumer fleurissent depuis plusieurs semaines: ces victimes du terrorisme veulent être entendues.

LPH leur a ouvert ses pages, parce que leur voix compte et que leur vie nous concerne.

 

Jonathan Tuil

Vit à Ashkelon depuis 8 ans

 

Jonathan, sa femme et leurs 4 enfants vivent à Ashkelon depuis près de 8 ans. Auparavant, ils étaient à Ashdod et pour des raisons budgétaires, ils ont opté pour la ville voisine, se rapprochant ainsi de la Bande de Gaza.

“Nous avons pris en compte cet aspect sécuritaire”, nous avoue Jonathan, ”mais si nous renonçons à nous installer dans cette ville par peur alors c’est comme si nous nous soumettions à l’ennemi. Il faut quand même reconnaître, que lors de la dernière salve de roquettes, nous avons été touchés, mais qu’en temps normal, Ashkelon est moins sujette aux alertes incessantes comme c’est le cas à Sdérot et dans les villages du pourtour de la Bande de Gaza”.

La famille Tuil vit au dernier étage d’un immeuble dont les appartements ne sont pas équipés de chambre blindée. A chaque alerte, elle doit se réfugier un étage plus bas, dans la cage d’escalier, lieu le plus sûr pour éviter d’être blessé. “Les alertes en pleine nuit sont les plus compliquées à gérer”, raconte Jonathan, ”réveiller les quatre enfants qui ont entre 13 et 5 ans, les dépêcher pour descendre se mettre à l’abri, alors qu’ils sont encore au radar, ce n’est pas évident”.

A Ashkelon, ils ont 30 secondes pour courir aux abris, c’est peu, surtout quand il faut se réveiller, ou quand on est sous la douche…”Dernièrement nous avons dû transporter deux de nos enfants en serviette dans la cage d’escalier, ils prenaient leur douche quand l’alerte a retenti”.

Le traumatisme est réel même si Jonathan reconnait que tout le monde s’est habitué aux sirènes.

”En 2014, ma femme était en voiture avec les enfants lorsqu’elle a vu un missile dans le ciel. Elle a arrêté la voiture et dans la panique ne réussissait pas à détacher les ceintures des enfants. Pendant trois jours après, le deuxième de notre fils n’a plus parlé”. Aujourd’hui, plus personne ne pleure, Jonathan et son épouse parviennent à rassurer leurs enfants. Mais eux-mêmes vivent avec une certaine appréhension: ”On réfléchit à deux fois avant de sortir sans les enfants. On ne sait pas à quel moment l’alerte peut retentir”.

Jonathan n’a pas caché sa déception après l’annonce du cessez-le feu.

”Le Hamas n’a pas peur et nous on subit. A la limite, ce serait peut-être bien qu’il nous gouverne, au moins, lui, a toujours le dernier mot! Nous avons le sentiment d’être considérés comme des citoyens de seconde zone. Notre gouvernement n’agit pas pour nous protéger”.

Il voudrait que notre armée soit moins préoccupée par la morale, parce que pour lui, aujourd’hui, son attitude la ridiculise. ”Nous sommes très énervés contre le gouvernement”.

En revanche, Jonathan et sa famille sont très sensibles aux marques de soutien et de solidarité qui émane de la population israélienne.

Jonathan affirme que ce n’est qu’une question de temps avant la prochaine alerte alors il est prêt à payer le prix de plusieurs jours sous les bombes pour permettre à notre armée de mettre un terme à cette situation.

Pour autant, pas question d’aller vivre ailleurs: ”Cela fait 17 ans que je vis en Israël. On ne changera pas de pays, on reste là! On se bat jusqu’au bout!”.

Josiane Maman

Vit à Ashkelon depuis 10 ans

 

En dix ans de vie à Ashkelon, Josiane en a déjà vu des journées et des nuits aux abris. ”Mais cette fois c’était différent”, nous explique-t-elle. ”460 roquettes en 24h, c’était intense! On entendait fortement les missiles et Ashkelon a été l’une des villes les plus touchées”.

Josiane n’a pourtant pas peur. Elle respecte les consignes de la défense passive et estime que dans l’ensemble, elle vit une vie normale. ”Je pense surtout aux personnes qui n’ont pas de chambre blindée dans leur appartement, aux personnes âgées, aux personnes handicapées, aux jeunes enfants. J’ai été tout de suite à la mairie proposer mon aide pour ces gens-là”.

Et elle pense aussi à nos soldats: ”Nous ne sommes pas à la place de nos dirigeants, ils ont des vies humaines entre leurs mains. Alors oui, bien sûr on se dit que la stratégie actuelle n’est peut-être pas la bonne. Mais quel serait le prix à payer dans un cas d’opération militaire de grande envergure? C’est un sacré cas de conscience. Je vois trop de familles éplorées pour appeler à une intervention musclée de notre armée. N’est-ce pas le piège dans lequel nos ennemis cherchent à nous attirer? Je me pose la question”.

Josiane comprend la colère de ses voisins, mais pour elle, cela ne sert à rien. ”Nos nerfs sont éprouvés mais à mes yeux, la seule attitude à avoir c’est de se serrer les  coudes, ne pas montrer nos faiblesses à nos ennemis”.

Elle espère qu’avec l’aide de D’ et de nos dirigeants, nous connaitrons un jour la paix. Mais l’heure n’est pas à l’optimisme aujourd’hui: ”Ils sont deux millions à nos portes et ne lâcheront rien”.

Enfin, ces deux millions ont tout de même du souci à se faire parce que Josiane, à l’image de beaucoup d’autres, n’a pas non plus l’intention de lâcher. Elle nous raconte qu’elle a déjà vécu l’expulsion d’Algérie, alors elle n’est plus prête à laisser sa place.

”Je ne bougerai pas! Je ne veux pas quitter Ashkelon même si nous sommes sous des attaques incessantes. Je pense à l’avenir, à nos enfants. On n’a pas le droit de les envoyer en pâture”.

Yaël Bensimhoun

Vit à Ashkelon depuis 4 ans

 

Lorsque Yaël déménage d’Ashdod pour Ashkelon, elle sait qu’elle se rapproche des ”ennuis”. Mais, pour elle toutes les parties de notre pays doivent être peuplées, pas question de reculer. Pourtant, il y a 19 ans, lorsqu’elle arrive en Israël, elle soupçonne les attentats dans les autobus d’avoir influencé sa décision de ne pas s’installer dans la capitale. Mais cette fois, non, elle ne craint pas la menace.  ”De plus”, nous décrit-elle, ”lorsqu’une alerte retentit à Ashkelon, il faut savoir que ce n’est pas systématiquement toute la ville qui est aux abris, cela dépend des zones”.

A Ashdod déjà elle avait connu les alertes. ”On y est habitué maintenant”, déplore-t-elle, ”on se résigne à se lever en pleine nuit, même si parfois on hésite à le faire. C’est pour les enfants que c’est le plus difficile. Mon dernier le vit mal”.

Yaël vit en face de l’immeuble qui a été touché par une roquette lors de la dernière attaque.

“Quand on est dans l’abri on prie pendant toute la durée de l’alerte, puis on entend la détonation et on guette les bruits. Alors on prie pour qu’il n’y ait pas de blessés. Dans ce cas, les ambulances n’ont pas cessé. C’est à ce rythme que nous vivons. Nous sommes en guerre et paradoxalement, en période d’accalmie tout semble si serein. Mais au fond, cela nous pèse en permanence”.

La semaine dernière quelque chose s’est passé: “Après plusieurs mois d’incendies, après plus de 450 roquettes, on s’attendait à une réaction du gouvernement. Il doit protéger les civils israéliens et non les civils palestiniens! Je dois avouer que l’absence de réaction du gouvernement a été dure à avaler”.

Pourtant Yaël adopte en général la positive attitude, celle qui lui chuchote que nos dirigeants aiment notre pays au moins autant que nous, et qu’ils ne peuvent pas sacrifier toute une partie de la population.

”Cette fois, j’ai un peu plus de mal à le dire. Je souhaite que Binyamin Netanyahou nous rende des comptes. Nous avons droit à des explications, qui ne se limitent à dire qu’il a des informations qu’il ne peut pas dévoiler”.

Le sentiment qui domine chez Yaël est l’incompréhension: ”J’ai été éberluée par le cessez-le-feu”, avoue-t-elle. Elle se dit en quête de réponses, elle voudrait que nos dirigeants communiquent davantage avec eux, les premiers concernés.

Je sais bien que nous ne possédons pas tous les éléments mais cela n’empêche pas que nos dirigeants doivent nous rendre des comptes”.

En attendant d’obtenir ce qu’elle attend du gouvernement, Yaël refuse de quitter Ashkelon, même pour quelques jours, en période de tension extrême.

”Ma fille habite à Jérusalem, elle m’a proposé de venir, j’ai refusé. C’est ma résistance passive. En revanche, si cela avait duré un jour de plus, j’aurais envoyé mon fils. On leur prend leur jeunesse, déjà raccourcie par le service militaire qui commence à 18 ans. Alors si je peux soulager mon fils, je le ferais. Nos jeunes ont droit à une vie normale”.

Photo à la une by Nati Shohat/Flash90

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