Sud-Syrien : l’aide aux rebelles, jusqu’à quel point?©

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Le plan Marshall israélien pourra t-il longtemps se prolonger? (enjeux, risques et limites)

 

L’implication croissante d’Israël auprès des rebelles et de la population syrienne

Ps : sachant le sujet polémique, à cause du manque flagrant de fiabilité de ces groupes “rebelles”, Israël a opéré de façon plus visible, ces derniers mois, par l’opération “Bons Voisins”. L’intérêt de l’article est qu’il pose clairement des limites et dément, en partie, les rumeurs de création de “zone de sécurité”. La question à un million de dollars se situe plutôt dans l’absence de volonté tant russe que syrienne, de prendre à bras le corps la question de l’Iran déstabilisateur, qui conduira toute la région, pas seulement les frontières d’Israël au chaos total… 

 

 

A mesure qu’il devient évident que Bachar al-Assad a stabilisé son pouvoir sur les ruines de la Syrie, les puissances étrangères intensifient leur intervention dans le pays pour tenter d’obtenir un résultat qui garantisse leurs intérêts. Israël, qui est resté relativement moins impliqué que les autres acteurs, est maintenant confronté à des rivaux régionaux – l’Iran et ses supplétifs – qui n’ont jamais été aussi puissants et encouragés à se développer . Il ne reste à Israël, s’il veut défendre ses intérêts, qu’à mener des frappes aériennes ciblées et soutenir des milices rebelles hétéroclites dans le sud de la Syrie, dont certains intérêts s’alignent partiellement sur ceux de l’Etat juif.

Les entretiens que j’ai menés avec des dizaines de rebelles, des activistes et des civils dans le sud de la Syrie indiquent une implication croissante d’Israël dans ce pays. Cette percée accrue d’Israël découle d’une prise de conscience croissante que la Russie et les États-Unis ne veulent pas ou ne peuvent pas faire face à l’influence prégnante de l’Iran en Syrie. Cependant, cet engagement plus en profondeur a suscité des attentes, parmi les civils et les rebelles dans le sud de la Syrie, quant à un soutien israélien illimité. Or, à terme, il est peu probable qu’Israël continue de répondre à cette demande de protectorat officieux. La situation, périlleuse pour Jérusalem, illustre les dangers qui résultent du fait de trop compter sur la puissance américaine pour garantir ses propres intérêts nationaux, à une époque de repli et de désengagement des États-Unis sur la scène mondiale.

L’approche prudente de Jérusalem

L’Iran et ses séides, qu’Israël considère comme sa plus grande menace à long terme dans la région, s’enhardissent, comme en témoigne le dernier lancement d’un véhicule aérien piloté à distance (drone) au-dessus d’Israël. La milice chiite libanaise du Hezbollah s’est métamorphosée au cours la guerre civile syrienne et a acquis une expérience au combat inestimable dans ce pays, notamment grâce à une coopération étroite avec le Corps des gardiens de la révolution iranienne et les conseillers militaires russes . Le Hezbollah a augmenté exponentiellement son arsenal au Liban, construit des bases permanentes en Syrie et recruté des milliers de Syriens dans les milices locales du “Hezbollah syrien” . La stabilisation du régime Assad, en grande partie en raison de l’aide financière et du soutien militaire de l’Iran, constitue un grand succès pour Téhéran.

De toute évidence, l’Iran et le Hezbollah n’ont pas investi dans la formation, l’armement et le financement des milices syriennes locales , ainsi que dans l’érection de bases militaires dans le pays, pour qu’ils soient simplement démantelés une fois la guerre terminée.

Initialement, les décideurs israéliens ont  adopté une approche prudente  de la guerre civile en Syrie, en se concentrant sur la prévention du transfert d’armes avancées au Hezbollah, tout en  évitant de choisir un camp . Conscients des échecs de leurs précédents gouvernements  lorsqu’il a s’agi d’intervenir dans la guerre civile prolongée au Liban, les responsables politiques israéliens ont souhaité éviter l’enlisement en Syrie. Des membres de l’opposition syrienne, notamment, Kamal Labwani, un ancien prisonnier politique et le représentant du Front sud de l’armée syrienne libre, Issam Zeitoun, m’ont expliqué qu’ils avaient tenté, à plusieurs reprises, de convaincre le gouvernement israélien d’établir une zone d’exclusion aérienne près de la frontière, sur les hauteurs du Golan contrôlées par Israël. Ces efforts ont lamentablement échoué. Selon deux éminents militants israéliens impliqués dans l’aide humanitaire israélienne, le Premier ministre Benjamin Netanyahu  s’est opposé  à une zone d’exclusion aérienne dans le sud de la Syrie, craignant qu’une telle décision n’encourage davantage de Syriens déplacés de l’intérieur, à s’y installer. Netanyahu craignait qu’une attaque syrienne ou du hezbollah contre la zone de sécurité puisse pousser les déplacés à chercher refuge sur les hauteurs du Golan contrôlées par Israël. Les leaders de l’opposition syrienne dans le sud de la Turquie et les commandants rebelles du sud de la Syrie m’ont affirmé que Jérusalem a continuellement repoussé les efforts répétés des commandants syriens  pour obtenir le soutien d’Israël  ou pour convaincre Tsahal  d’intervenir militairement contre le régime Assad.

Au lieu de quoi, jusqu’à l’intervention de la Russie en septembre 2015, Israël a essayé de travailler avec l’administration Obama en l’encourageant à accroître son soutien au Front Sud de l’Armée syrienne libre. Ces efforts ont également échoué. L’administration Obama souhaitait limiter au maximum son implication en Syrie, tandis que la Jordanie apparaissait de plus en plus déçue par les piètres performances militaires de l’opposition syrienne et se concentrait plutôt sur la limitation du nombre de nouveaux réfugiés traversant ses frontières. Dans le même temps (2013, hôpital de campagne de Tel Hasakah), Israël a commencé à fournir une aide humanitaire limitée par-delà la frontière et des soins médicaux à plus de 5 000 Syriens dans les hôpitaux israéliens.

À la suite de l’intervention russe, certains membres de l’appareil sécuritaire israélien ont caressé l’espoir que le Kremlin remplacerait Téhéran en tant que principal patron du régime d’Assad et éloignerait Damas de l’orbite iranienne. Cela permettrait de garantir les intérêts sécuritaires d’Israël dans la région sansnécessiter une implication plus approfondie. Au lieu de cela, le régime d’Assad a continué de manipuler, tour à tour, ses soutiens, l’Iran et la Russie, pour obtenir le maximum d’appui à ses propres objectifs. Israël a mis en place un mécanisme de communication et de  désengagement mutuel avec les Russes et, pour le moment, la Russie n’empêche pas certaines frappes israéliennes sur des cibles du Hezbollah en Syrie. Dans le même temps, les responsables israéliens reconnaissent que la liberté d’Israël d’opérer en Syrie a été considérablement réduite en raison de l’intervention russe. Un veto russe a empêché Israël de mener d’autres représailles israéliennes supplémentaires après que des shrapnels de missile sol-air syrien ait abattu son jet au début du mois.

L’implication israélienne se développe

En 2016, Israël s’est montré de plus en plus préoccupé par la stabilisation du régime d’Assad, qui provoque l’expansion de l’Iran et du Hezbollah en Syrie. Les appels répétés d’Israël en direction de l’administration Obama pour qu’elle accentue son soutien aux rebelles « fréquentables » ont été rejetés. Durant la fin du mandat du président Barack Obama et les premiers mois du mandat du président Donald Trump, la Russie a mené des négociations avec la Jordanie, la Turquie, les représentants de l’opposition et les États-Unis, concernant l’établissement de zones de déconfliction en Syrie. Israël a tenté d’influencer à la fois l’Amérique et la Russie pour protéger ses intérêts concernant la zone de déconfliction sud, qui jouxte la barrière frontalière du Golan. Lors de dizaines de réunions et de visites à Washington et à Moscou, les responsables israéliens ont tenté d’obtenir une garantie que les combattants chiites étrangers devraient quitter la Syrie. Lorsque cette demande a été rejetée par le Kremlin et ignorée par Washington, Israël a demandé que ces combattants ne soient pas autorisés à moins de 60 kilomètres de la barrière frontalière. Cette requête a également été ignorée. La Russie a accepté d’empêcher la présence de combattants chiites étrangers dans un rayon de cinq à sept kilomètres des hauteurs du Golan, mais a précisé que cette garantie n’était que temporaire.

Tout au long de ces négociations infructueuses, les décideurs israéliens ont réalisé qu’ils devraient protéger les intérêts d’Israël par eux-mêmes . En septembre 2017, Israël a commencé à frapper des cibles plus en profondeur en territoire syrien, allant au-delà des frappes «traditionnelles» sur les convois d’armes du Hezbollah, près de la frontière libanaise. Les cibles incluaient désormais des bases militaires de régime montrant une empreinte iranienne de plus en plus significative (Palmyre, base T4, à Tiyas…).

Selon les militants syriens et les rebelles que j’ai interviewés, ainsi que les reportages relevés dans les médias du régime et de l’opposition, un autre changement majeur a eu lieu dans la politique israélienne.

Les rebelles de Quneitra et de l’ouest de Daraa, ainsi que des militants des médias dans les zones liées aux rebelles, m’ont indiqué qu’Israël avait commencé à fournir plus de soutien militaire à un plus grand nombre de groupes rebelles affiliés à l’Armée syrienne libre. Ce soutien s’est manifesté sous la forme d’armes, de munitions et d’argent pour acheter des armes sur le marché noir. Toutes mes sources ont confirmé l’identité d’au moins sept factions recevant un soutien israélien, à condition que les groupes ne soient pas nommés. Cependant, deux de ces groupes ont déjà été identifiés publiquement : Liwaa ‘Fursan al-Jolan (les chevaliers du Golan) et Firqat Ahrar Nawa. Les responsables israéliens ont nié avec véhémence tout soutien aux groupes djihadistes, laissant ouverte la possibilité que le gouvernement soutienne ces groupes non-djihadistes.

Certains des groupes qui ont commencé à recevoir un soutien israélien à la fin de 2017 étaient auparavant soutenus par le Commandement des Opérations Militaires, un centre dirigé par la CIA à Amman. Jusqu’en janvier 2018 , ce centre payait les salaires de dizaines de milliers de combattants du Front sud de l’armée syrienne libre et leur fournissait du matériel et des munitions. La décision de l’administration Trump de fermer le centre a laissé les factions rebelles dans le sud de la Syrie en quête  désespérée de parrains alternatifs.

Le soutien d’Israël vise à protéger la zone frontalière de tout empiètement des supplétifs iraniens, mais aussi à permettre aux rebelles de combattre plus efficacement la filiale locale de Daesh, le Jaysh (Armée de) Khalid ibn al-Walid. Selon les rebelles syriens engagés dans la lutte contre Daesh dans l’ouest de Daraa, le soutien israélien comprend non seulement du matériel et de l’argent, mais aussi le déclenchement de frappes de drones et des tirs d’obus de précision sur des cibles djihadistes, lors de leurs offensives dans le bassin de Yarmouk. Lorsque Daesh a lancé une offensive contre les rebelles en janvier, les frappes israéliennes ont tué plusieurs combattants de Daesh près d’al-Jabiliya et stoppé net l’attaque terroriste. Plus récemment, les forces de défense israéliennes ont tiré des missiles antichars guidés de précision, contre des cibles de Daesh, dans l’ouest de Daraa, le 1er février, aidant les rebelles dans le cadre d’une autre offensive ratée. Malgré cet appui et l’aide préalable du Commandement des opérations militaires envers ces groupes, les rebelles se montrent incapables d’avancer contre Daesh depuis plus de trois ans.

Israël a déjà fourni une assistance en direction de la poche de Beit Jann assiégée dans l’ouest de Damas, en transférant des médicaments, de l’équipement médical, de la nourriture et des couches. Israël a également fourni de l’argent à Iyad Moro, un ancien commandant rebelle, jouant le rôle de personne de contact avec Israël à Beit Jann, pour l’achat d’armes sur le marché noir, selon un rebelle dont la faction opérait dans la région. Alors que le régime d’Assad intensifiait son assaut sur la zone assiégée, Israël aurait permis à plusieurs douzaines de rebelles de Daraa et de Quneitra de traverser le Golan sous son contrôle, jusqu’à Beit Jann en décembre 2017. C’est, du moins, cette traversée que rapporte le quotidien du Hezbollah al-Akhbar et qui m’a été confirmée par quatre rebelles dans le sud de la Syrie.

Après la reddition de la poche de Beit Jann, certains de ces combattants ont été évacués vers leurs lieux de résidence, dans le sud de la Syrie en traversant le territoire contrôlé par le régime, tandis que d’autres rebelles sont partis pour Idlib, tenu par les rebelles. Un troisième groupe, le plus important, s’est “réconcilié” avec le régime d’Assad et est resté dans les maisons qu’il habite dans cette poche de territoire. La participation visible d’Israël aux négociations de «réconciliation» se serait débrouillée pour que ces combattants servent, désormais, de milice ayant l’approbation du régime sous la direction de Moro, chargée de maintenir la présence des rebelles, mais aussi des et milices pro-iraniennes loin de la barrière frontalière. Cet accord pourrait éventuellement servir de modèle pour de futurs accords dans le sud de la Syrie, qui viseraient à assurer la sécurité du régime autant que les intérêts israéliens, aux dépens de l’Iran et des rebelles.

Aide humanitaire – et tensions croissantes

Des dizaines d’habitants de Daraa et de Quneitra m’ont dit qu’Israël avait intensifié l’acheminement de l’aide humanitaire vers le sud de la Syrie ces derniers mois, envoyant du matériel et des fournitures pour les écoles et les hôpitaux et permettant aux médecins et aux infirmières volontaires d’entrer en Syrie., par l’entremise d’un groupe rebelle allié. Ce travail a été facilité, en partie, par l’Alliance multiconfessionnelle pour les réfugiés syriens, une ONG américaine qui achemine l’aide en Syrie à partir d’organisations caritatives internationales. Certains de ces habitants m’ont même envoyé des photos d’articles dont ils ne comprenaient pas l’utilité, comme des gommages minéraux.

L’aide d’Israël , qui était autrefois secrète ou fournie par les Nations Unies et d’autres agences, a commencé à devenir visible, y compris sur l’emballage original en hébreu en 2016. L’année dernière, Israël a publié pour la première fois l’ampleur de l’aide transférée en Syrie. Cela représente plus de 360 ​​tonnes de nourriture, 90 tonnes de vêtements et d’autres articles indispensables tels que des générateurs. Israël a également commencé à admettre des femmes et des enfants pour des traitements de jour dans des hôpitaux israéliens et continue d’admettre des Syriens blessés et malades, tandis que la Jordanie a largement fermé sa frontière. Ainsi, lors de l’offensive rebelle de février 2017 dans le quartier de Manshiye à Daraa, la Jordanie n’a pas autorisé les rebelles blessés à se faire soigner (une politique que la Jordanie a employée pour dissuader les offensives rebelles quqi lui paraissaient indésirables  contre le régime), tandis qu’Israël les acceptait en grand nombre, selon les rebelles et les activistes interviewés.

Selon des douzaines d’interlocuteurs dans le sud de la Syrie, après une première opposition de principe, l’aide israélienne est acceptée avec prudence, par une population désespérée, qui se sent abandonnée par tous les autres camps impliqués. Des milliers de Syriens, en particulier ceux qui résident dans des camps pour personnes déplacées le long de la barrière frontalière, peuvent survivre grâce à cette aide. Les Syriens, qui reviennent d’un traitement médical en Israël, témoignent auprès de leurs amis et de leurs proches de la haute qualité des soins qu’ils ont reçus, et décrivent Israël comme un beau pays très avancé. Néanmoins, la méfiance envers Israël persiste. En novembre, à la suite d’une offensive des rebelles près du village de Hader, contrôlé par le régime, de fausses rumeurs ont révélé que la raison de l’échec de l’offensive aurait résulté d’un lourd bombardement israélien contre les rebelles (menés par l’Hayat Tahrir al Sham, ex-Al Nusra). La suspicion s’étend parfois à des détails triviaux : Un contact à Quneitra m’a envoyé des photos de hamburgers que sa famille avait reçus d’une distribution locale d’aide israélienne, demandant si elles étaient sans danger à manger parce que des rumeurs se répandaient parmi la population locale que la viande était de la viande de porc.

Certaines politiques d’Israël concernant la distribution de l’aide et sa décision de coopérer avec certains commandants, mais pas avec d’autres, ont créé des tensions à Quneitra et Daraa. Ces tensions ont dégénéré en affrontements violents à plusieurs reprises, le plus récent en novembre 2017, lorsqu’un groupe affilié à l’opposition a tenté de voler une cargaison d’aide israélienne, provoquant une attaque israélienne contre le groupe.

Faux espoir  

Les responsables israéliens ont continué d’affirmer, de temps en temps, que l’intérêt d’Israël est de se tenir à l’écart de la guerre en Syrie, n’admettant que du bout des lèvres, ou par quelques articles de presse, qu’il puisse y avoir des Syriens soignés dans les hôpitaux israéliens. Un peu plus tard, des nouvelles ont fuité, concernant la fourniture d’une assistance humanitaire transfrontalière. Cependant, au fil du temps, Israël s’est, de plus en plus, mêlé aux événements de l’autre côté de la frontière. L’aide humanitaire israélienne et le soutien militaire ont créé chez certains rebelles et civils du sud de la Syrie un sentiment d’espoir qu’Israël pourrait servir d’allié fiable dans leur lutte contre le régime d’Assad et les protéger de ses attaques. Les reportages des médias du régime, souvent de facture conspirationniste, sur l’intention d’Israël d’établir une «zone de sécurité» ont après tout, ajouté à cette perception.

“Qu’en est-il de ces zones de sécurité?” , m’a demandé un rebelle du groupe Fursan al-Jolan, en décembre. Quand j’ai répondu qu’il ne semblait y avoir aucun plan pour établir une telle zone, il a répondu: “Mais pourquoi ? Nos relations avec Israël sont satisfaisantes et nous avons, jusqu’à présent, empêché l’arrivée du Hezbollah et de l’Iran”.

L’appareil militaire israélien noue des relations avec les groupes rebelles, parfois empreints d’un sentiment de méfiance et même de mépris . Malgré ce que les rebelles pourraient souhaiter, Israël ne tentera pas de renverser le régime d’Assad, comme la Turquie, la Jordanie et les pays du Golfe ont déjà essayé de le faire. Au lieu de quoi, Israël vise simplement à sécuriser sa frontière, au moins jusqu’à ce qu’une autre voie viable émerge pour retenir les milices soutenues par l’Iran loin des hauteurs du Golan.

Malgré l’annexion israélienne des hauteurs du Golan, la frontière avec la Syrie est restée la plus calme d’Israël jusqu’en 2011, tout au long de la domination de Hafez et Bachar Assad. Ainsi, le régime d’Assad lui  même n’est pas perçu comme une menace – mais seulement sa dépendance à l’égard de l’Iran . Le débat actuel entre les dirigeants est de savoir si une prise de contrôle par le régime d’Assad du sud de la Syrie servirait les intérêts israéliens. Certains croient qu’une telle prise de contrôle forcerait Daesh à évacuer la zone de la frontière, ce que les rebelles ont été incapables d’accomplir pendant des années, et que le régime pourrait choisir de maintenir des supplétifs iraniens loin de la frontière, simplement pour éviter des frappes et stabiliser le secteur. Ces décideurs politiques israéliens pourraient se contenter d’une prise de contrôle par le régime syrien du sud de la Syrie, tant que les milices pro-iraniennes sont tenues à l’écart de la barrière frontalière .

La stratégie régionale initiale d’Israël reposait, dans une large mesure, sur la maîtrise d’œuvre et la participation des États-Unis. Lorsque les priorités de l’administration Obama se sont déplacées et que l’administration Trump s’est largement désengagée de la région, les dirigeants israéliens se sont retrouvés face à un Iran renaissant à leur frontière. Les tentatives de convaincre la Russie de préserver les intérêts d’Israël n’ont produit que des résultats partiels – Israël a obtenu la liberté d’opérer contre les cibles du Hezbollah en Syrie, mais Moscou est incapable ou refuse de garantir le maintien des supplétifs iraniens loin des frontières ou d’empêcher la construction de bases iraniennes en Syrie.

À moins de lancer une invasion à grande échelle de la Syrie, aux résultats imprévisibles, et d’une intervention directe dans une guerre civile sanglante, la capacité d’Israël à transformer la réalité en Syrie est limitée, mais les menaces perçues sont importantes. Toutes les options israéliennes réalistes impliquent de fonctionner dans un environnement dominé par la Russie, qui n’a montré qu’un désir ou une capacité limitée de défier l’Iran, car elle a besoin de milices soutenues par l’Iran pour aider à stabiliser le pouvoir d’Assad. Ainsi, alors que Jérusalem continue de chercher une solution permanente qui empêchera la présence de l’Iran près du Golan, elle se retrouve à devoir compter sur des alliés qu’elle reconnaît être en proie au factionnalisme et à la corruption, et dont les objectifs diffèrent, en définitive, des siens.

L’équilibre actuel des pouvoirs, conjugué à la volonté d’Assad de reprendre le contrôle du sud de la Syrie, conduira probablement le régime à regagner la maîtrise de la région. Il reste à voir si Israël parviendra à conclure un accord empêchant les sbires iraniens de s’installer dans la région frontalière ou finira par s’acclimater de leur présence, dans une sorte de nouvelle « guerre froide ». Ce qui est clair, c’est que les relations qu’Israël a nouées avec les rebelles, conjuguées à son aide humanitaire accrue à l’attention des civils, ont suscité des attentes parmi les habitants du sud de la Syrie qu’Israël est peu susceptible de satisfaire.

ELIZABETH TSURKOV

14 FÉVRIER 2018

Elizabeth Tsurkov est chargée de recherche sur la Syrie au sein du think tank israélien, The Forum for Regional Thinking (Le Forum pour une Pensée stratégique régionale). Elle est étudiante diplômée en science politique à l’Université de Chicago et détient une maîtrise en études sur le Moyen-Orient de l’Université de Tel Aviv. On peut la suivee sur Twitter @elizrael

Adaptation : Marc Brzustowski

Image: IDF

warontherocks.com

2 COMMENTS

  1. @ELIZABETH TSURKOV merci pour cet excellent article rédigé dans un Français journalistique impeccable comme on aimerait en voir plus souvent; vos informations sont précises et je vous félicite d’être allée les chercher à la source; continuez mais avec prudence !

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