Comment expliquer la percée électorale de Jean-Luc Mélenchon ?

Le candidat de la France insoumise est arrivé en troisième position du premier tour de l’élection présidentielle, avec 21,95 % des voix. L’électorat musulman qui représente près de 5 millions de votants, est un vrai enjeu électoral que la gauche se partage. Quelle sera son influence sur la politique intérieure et extérieure de la France. Ce sont des questions majeures que l’on ne pose pas clairement, mais qui auront une incidence majeure avec son accroissement dans le futur. Il est déjà en œuvre aujourd’hui. La question posée est: soit on s’en accommode avec des changements sociétaux et des contraintes en termes de politique extérieure notamment d’alliance soit on le freine pour le maitriser. Mélenchon aurait pu être au second tour grâce à cet éléctorat, en dépit des divisions à gauche. Une fois admis le principe d’une France communautarisée le retour en arrière devient impossible.

Le politiste Adrien Broche analyse la composition de son électorat.

Adrien Broche est politiste et chargé d’études à l’institut Viavoice. Il publie avec Vincent Lemperat une étude pour la Fondation Jean Jaurès.

FIGAROVOX. – Jean-Luc Mélenchon est le troisième homme de ce scrutin. Comment se compose son électorat ?

Adrien BROCHE. – C’est un électorat populaire mais qui s’est donné les moyens de ne pas s’y limiter. Deuxième candidat choisi par les ouvriers et par les employés, derrière Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon a plus largement fait très fort chez les jeunes, notamment les 18-24 ans dont les primo votants. Là où Emmanuel Macron fait beaucoup moins bien qu’en 2017, puisqu’il perd une dizaine de points sur cette catégorie, le candidat de la France insoumise a réveillé une partie de cette jeunesse à distance de la politique institutionnelle, mais qui ne s’y résigne pas et dont il a su représenter et canaliser l’envie de se faire entendre.
Autre différence d’ampleur avec Marine Le Pen, sa capacité à attirer une gauche «intellectuelle», plutôt diplômée, ce qui est beaucoup moins le cas de l’électorat de Marine Le Pen. Ce sont notamment les enseignants mais surtout les étudiants, ceux qui composent la fameuse «génération climat». Jean-Luc Mélenchon semble avoir été en mesure d’attirer ces voix qu’Emmanuel Macron avait engrangées en 2017. La verticalité de la pratique du pouvoir et le décalage à droite du président sortant, mesurable à en constater le siphonnage de l’électorat de Valérie Pécresse, l’ont éloigné de ces profils. La dynamique du vote utile à gauche a permis d’attirer au candidat de la France insoumise ces profils.

Le candidat de la France insoumise a-t-il bénéficié d’un vote musulman, comme en témoignent ses importants scores à Bobigny (60%), Creil (56%), Roubaix (52%), Dreux (45%), ou Grigny (56%), et les divers appels au vote dans la communauté musulmane les semaines précédant le scrutin ?

Difficile de voir ce qui se vérifie empiriquement dans ces soupçons d’appel au vote. Ce qui est certain, c’est que le doublement de la proposition nationale-populiste, à la fois articulée autour d’une candidature sociale-souverainiste et d’une candidature identitaire, respectivement avancées par Marine Le Pen et Éric Zemmour, a permis à Jean-Luc Mélenchon de se poser en protecteur des dites «minorités», attitude qu’il cultive depuis le début de quinquennat d’Emmanuel Macron. À la fois en se posant en défenseur des «minorités» qui seraient concernées par le racisme et les discriminations, mais aussi en représentant une jeunesse particulièrement sensibilisée à ces questions, qui ont pris une place importante ces dernières années et notamment en première partie de campagne électorale. Cette position était celle du parti socialiste, qui avait partagé en 2017 avec Mélenchon cet électorat. La « gauche » depuis plusieurs années a fait le choix du vote musulman, en lieu et place du vote populaire, en partie passé chez Marine Le Pen.

En l’état actuel des connaissances apportées par les enquêtes d’opinion, l’électorat Mélenchon pourrait basculer sur du 1 tiers, 1 tiers, 1 tiers. Un pour Emmanuel Macron, un pour Marine Le Pen et un qui regarderait ailleurs en s’abstenant. – Adrien Broche

Contrairement à 2017, où il n’avait donné de consignes de vote, Jean-Luc Mélenchon a dit qu’«aucune voix» ne devait aller à Marine Le Pen. Vers qui se portera l’électorat insoumis au second tour, selon vous ?

L’abstention et les reports de voix des électeurs de Jean-Luc Mélenchon déterminent en grande partie l’issue de ce second tour. Plus le critère déterminant du vote sera le pouvoir d’achat, plus la capacité d’Emmanuel Macron à attirer ces électeurs sera réduite. Tactiquement, Emmanuel Macron aura tout intérêt à se pencher sur la récupération de cette frange plutôt diplômée qui s’est tournée vers le leader de la France insoumise. Cela signifie qu’il lui faudra faire des appels de phare programmatiques voire personnels, en promettant une nomination par exemple, mais aussi un sans-faute sémantique tout au long de l’entre-deux tours, notamment concernant les fameuses «petites phrases» qui lui ont tant été reprochées, particulièrement par d’anciens ou actuels électeurs de gauche.
En l’état actuel des connaissances apportées par les enquêtes d’opinion, l’électorat Mélenchon pourrait basculer sur du 1 tiers, 1 tiers, 1 tiers. Un pour Emmanuel Macron, un pour Marine Le Pen et un qui regarderait ailleurs en s’abstenant. Pour la majorité et le président sortant, l’enjeu va être de souligner ce qui rassemble les électeurs mélenchonistes des électeurs d’Emmanuel Macron, en pointant des différences de degré et non de nature, à la différence de ce qui les sépare du Rassemblement national, entre leurs clientèles électorales. Au fond, jouer la carte du front républicain en l’appliquant au temps et au ton du moment.

Jean-Luc Mélenchon plébiscité par les Musulmans de France.

Jean-Luc Mélenchon a réalisé dimanche 10 avril un score honorable au premier tour de l’élection présidentielle. Avec 22 % des suffrages, le candidat de la gauche radicale s’est classé à la troisième place derrière les deux qui se sont qualifiés au deuxième tour, le président sortant Emmanuel Macron (27,84 %) et la candidate de l’extrême droite Marine Le Pen (23,15 %).

Pour de nombreux observateurs de la scène politique française, si le phénomène de vote utile à gauche a grandement bénéficié au candidat Jean-Luc Mélenchon, il n’en demeure pas moins que le chef des Insoumis a également bénéficié de l’apport des voix exprimées par les Français originaires du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne ainsi que le vote des Français de confession musulmane.
En effet, un sondage IFOP réalisé pour Jeune Afrique, à deux semaines du premier tour de la présidentielle, a dévoilé que Jean-Luc Mélenchon, dont le programme est favorable aux immigrés, arrive largement en tête des intentions de vote des Maghrébins de France, avec  36 % de voix devant le président sortant Emmanuel Macron (27 %). Le candidat Zemmour y est pour quelque chose, en affolant l’électorat musulman. La proposition du ministère de remigration, sentait un peu trop la haine des musulmans quoi qu’en dise l’intéressé.

Les catholiques français ont voté majoritairement à droite.

Un résultat qui démontre la popularité du candidat de la gauche radicale chez les Français originaires du Maghreb et surtout chez les Français musulmans, comme le confirment d’ailleurs les résultats d’un autre sondage réalisé le jour du vote. En effet, le journal La Croix a fait paraître lundi 11 avril les résultats d’une enquête réalisée, la veille, par l’IFOP sur les votes du premier tour de la présidentielle selon les convictions religieuses des électeurs français.
Les résultats de cette enquête ont montré que les électeurs catholiques ont voté largement au profit du président sortant Emmanuel Macron et des candidats de l’extrême droite. Les catholiques ont voté à 29 % pour Emmanuel Macron à 27 % pour Marine Le Pen et à 10 % pour Éric Zemmour. La candidate de la droite LR ,Valérie Pécresse, a obtenu, quant à elle, 7 % des suffrages des catholiques français selon cette étude.
Les catholiques ayant accordé leurs voix pour les candidats de la gauche sont minoritaires. Ils sont en en effet seulement 14 % des personnes de cette confession qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon, 3 % pour l’écologiste Yannick Jadot, 2 % pour la socialiste Anne Hidalgo et 2 % pour le communiste Fabien Roussel, selon les résultats de l’enquête IFOP pour La Croix. Une enquête qui n’a pas pris en compte les voix des électeurs français de confession juive, pour des raisons non expliquées.

7 électeurs musulmans sur 10 ont choisi le candidat Jean-Luc Mélenchon.

Concernant les Français musulmans, l’enquête a dévoilé que près de 7 électeurs sur 10 de cette confession ont accordé leur voix au candidat Jean-Luc Mélenchon. Ils sont en effet 69 % d’électeurs de confession musulmane à avoir glissé dans l’urne le 10 avril un bulletin Jean-Luc Mélenchon, devant Emmanuel Macron (14 %) et Marine Le Pen (7 %), selon les résultats de l’enquête.
Avec près de 70 % de voix, le candidat Jean-Luc Mélenchon a presque doublé son score de voix chez les musulmans de France par rapport la présidentielle de 2017. Le candidat de la France insoumise était, pour rappel, arrivé en tête avec 37 % des suffrages des musulmans de France. Une ascension qui confirme la confiance de la majorité des Français musulmans dans le projet et surtout le discours de Jean-Luc Mélenchon sur les questions de l’immigration et de l’Islam par rapport aux candidats de la droite et de l’extrême droite, estiment les analystes.

Les deux blocs gauche et droite dépassent en voix le centre de Macron. Leur désunion a favorisé le candidat Macron. Mélenchon a fait une très bonne campagne, il a été le seul vrai tribun de cette campagne. Macron et Le Pen n’ont pas vraiment fait campagne, quant à Éric Zemmour qui a de vraies capacités oratoires, il s’est rendu insignifiant par ses excès. La pauvre Pécresse a été envoyée à l’abattoir sans soutien, sans programme et surtout sans charisme. Éric Ciotti était le candidat nécessaire au LR qui aurait pu siphonner Zemmour et Le Pen. Choisir une femme à tout prix n’était pas la bonne idée.

JForum et le Figaro

6 Commentaires

  1. Ils ont bien intégré la notion des Droits de l’Homme « Les hommes naissent libres et égaux », ce qui leur donne accès à tous les droits des Français. A condition qu’on admette la nuance « plus égaux que les autres » conformément à la Charia.

  2. Zemmour avait raison. C’était peut-être le vote de la dernière chance. Les muzz ont failli faire élire leur candidat Mélenchon. Dans 5 ans, avec encore 2 millions d’immigrés en plus avec les naturalisations qui suivent, et surtout la pénétration encore plus forte de l’islamisme dans toutes les strates de la société, ils réussiront peut-être à faire élire le candidat qui leur est favorable et c’en sera fini de la possibilité de voter toute loi pour arrêter ou limiter l’immigration et donc l’islamisation de la France.

  3. A la place des muzz je voterai MLP .
    Elle n’est pas encore voilée mais elle arrive masquée……
    Ce n’est que le début .
    Déja elle nous annonce le hors d’oeuvre…… avec son pére .

  4. Voilà à quoi mène le vote communautariste d’un électorat de 5 millions de personnes. La prochaine fois ce sera aux législatives, et on ne va pas rigoler.
    Le Crif devrait y réfléchir.

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