Le nouveau lexique de la haine mis en place pour échapper à la censure WEB

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Le lexique de la haine, tweeté par Alex Goldman de Gilmet media
Les internautes racistes et antisémites essayent de lancer un code pour déjouer la modération de Google. Une nouvelle étape dans l’activisme des suprémacistes blancs mis en lumière par Donald Trump depuis le début de la campagne électorale.

Dans le dernier de ses Voyages aux pays de nulle part, Gulliver se rend à la rencontre des yahoos. Bien avant d’être le nom du géant d’Internet, Yahoo désignait chez Swift des êtres dégénérés, sales, méchants, proches des animaux. Or voilà que depuis quelques jours, on voit passer sur les réseaux sociaux des propos à peu près tout aussi haineux contre les yahoos. Un terme utilisé cette fois pour désigner les Mexicains. C’est tout un glossaire de la haine que des extrémistes tentent de faire exister en ligne. Les skypes pour dire les Juifs, les Googles pour les noirs, les skittles, pour les musulmans – en référence à un tweet de Donald Trump qui comparait les réfugiés syriens à des bonbons empoisonnés. Toutes les minorités y passent. Pour trouver l’origine de ce glossaire de la haine, il faut regarder les forums de discussions anonymes, en particulier 4chan et 8chan. C’est là que des extrémistes ont commencé à diffuser ce code sous le nom d’”opération Google”.

Il vient de lancer un programme d’intelligence artificielle destiné à repérer et filtrer automatiquement les contenus haineux en ligne. Réponse des extrémistes : utiliser des termes qui ne seront pas repérés. Et coincer les géants du web. Ce nouveau code, c’est d’abord un symptôme supplémentaire, s’il en fallait, de la difficulté de modérer les réseaux sociaux. Et l’illustration ce qu’on doit bien appeler l’inventivité des internautes. Mais ce qu’on voit surtout, c’est qu’on est là face à des comportements qui n’ont pas attendu les réseaux : des stratégies pour échapper à la sanction. Et aussi connoter le langage de manière à créer une forme de connivence de la haine. Une lutte d’appropriation des mots mais aussi des signes et des images. Car la grammaire du web est avant tout visuelle. Cet été, une campagne antisémite sur twitter encadrait de trois parenthèses le nom de personnalités, supposées juives. Le signe ne pouvait pas être repéré par les moteurs de recherche. De nombreux journalistes et personnalités ont choisi d’eux-mêmes utiliser ce code, pour se le réapproprier. Un signe ensuite placé sur la liste des “symboles de haine” de la ligue anti-diffamation, l’ADL . A côté par exemple des tags antisémites. Cette ONG américaine vient juste d’y ajouter la Grenouille Pepe (Pepe the frog) . C’est ce qu’on appelle un mème. Ces contenus viraux sur le web, qui circulent et se transforment. L’image est peu à peu devenue tacitement un symbole raciste. Jusqu’à ce que l’ADL l’identifie comme tel.

Cela illustre aussi l’attention portée à ces provocations en ligne durant la campagne. Et la lumière braquée sur l’Alternative Right, ou Alt Right. Abréviation aussi efficace qu’un raccourci clavier. Il faut dire que c’est avant tout un phénomène en ligne. Avec pour obsession les frontières, une identité blanche à défendre, l’antisémitisme… Mouvement protéiforme où il est difficile de distinguer les trolls et agitateurs de mèmes des vrais idéologues. Les analystes se divisent : il y a ceux pour qui ont aurait tort d’analyser une forme sous culture web comme un mouvement politique structuré. Et ceux qui estiment que Donald Trump leur a donné des gages. Ne serait ce qu’en confiant sa campagne à Steve Bannon, cofondateur du site trash Breitbart news, plateforme revendiquée de l’Alt Right. Hillary Clinton elle même a consacré cet été tout un discours et un post de son blog à l’Alt Right. En tout cas, ils ont déjà gagné une bataille importante du web, celle de la visibilité.

France Culture 

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