Le meurtre de Sarah Halimi, un test pour Macron©

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Le meurtre de Sarah Halimi, juive de France, est un test pour la nouvelle administration Macron face au déni d’antisémitisme en France

Emmanuel Macron

Le Président Emmanuel Macron lors d’une conférence de Presse à Paris, le 12 juin 2017. (Lionel Bonaventure/AFP/Getty Images)

(JTA) – Avant qu’il ne pousse Sarah Halimi vers la mort du haut d’une fenêtre de son appartement du 3ème étage, à Paris, l’assassin de 27 ans Kobili (Kada) Traoré, avait appelé sa voisine juive “Satan” et hurlé “Allah W’akbar”.

Ces faits et bien d’autres, concernant l’incident du 4 avril qui a choqué la communauté juive de France, sont connus d’après les témoignages et d’un enregistrement réalisé par un voisin, selon l’observatoire qu’est Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme.

Des années avant l’attaque, Traore a traité la fille de sa victime âgée de 65 ans, qu’il a violemment battue avant de la tuer : de “Sale Juive”, selon le témoignage de cette fille.

Malgré ces comptes-rendus accablants, Traoré qui n’a pas de passé connu en matière de maladie mentale, a été directement placé en évaluation psychiatrique, suivant ses allégations de “folie passagère”. Les Procureurs ont présenté contre lui un projet d’inculpation d’homicide volontaire qui ne contient aucun caractère aggravant de crime de haine (antisémite).

Cette omission, en plus de l’indifférence perceptible des autorités et des médias en France à un crime qui a largement été éclipsé par une campagne électorale à rebonds et marquées par les “Affaires” (judiciaires), laisse de nombreux membres traumatisés et dirigeants de la communauté juive du pays un sentiment de marginalisation et de colère contre une société qui s(‘avère réticence à faire face les yeux dans les yeux à l’antisémitisme qu’elle tolère.

“La faillite des autorités à désigner clairement la nature terroriste et antisémite de  ce meurtre n’a [malheureusement] rien d’inhabituelle”, a déclaré  Shmuel Trigano, auteur de 24 livres et érudit en matière d’antisémitisme, dans une interview sur Radio J, trois semaines après le meurtre.

Trigano accuse, depuis des années les autorités françaises de détourner les yeux face à l’antisémitisme – y compris dans des périodes où les dirigeants de la communauté juive de France saluaient leur gouvernement pour les mesures extraordinaires prises afin de protéger les Juifs, en particulier, pour avoir déployé des milliers de soldats armés autour des institutions juives afin d’assurer leur protection, à la suite de la mort de 4 Juifs dans une supérette Casher à Paris en janvier 2015.

Pourtant, au beau milieu du silence des autorités et des médias nationaux sur ce meurtre du 4 avril, l’affaire Halimi Bis a surgi comme une question fédératrice pour les dirigeants juifs, les militants et les penseurs prédominants. Ils disent que l’enquête est indicative d’un problème plus profond entre la société française et sa communauté juive, pour la nouvelle administration du Président récemment élu, Emmanuel Macron.

“Tout concernant ce crime suggère l’existence d’un déni permanent de la réalité” de la part des autorités, ont écrit ce mois-ci 17 intellectuels dans une lettre ouverte publiée dans le Figaro. “Nous exigeons que toute la vérité soit mise en lumière dans le meurtre de Sarah Halimi”, ajoutaient les auteurs, dont Alain Finkielkraut, philosophe juif et membre de l’Académie Française -le gardien du langage et de la culture françaises.

A cause de critiques grandissantes de la part de l’opinion publique dans la communauté,le CRIF a substitué à ses appels à la “patience” dans l’attente que les autorités reconnaissent l’affaire et acceptent de s’en saisir à bras le corps, une critique ouverte de cette absence de prise en considération et une tentative pour interjeter sur le plan judiciaire.

“Une femme juive, médecin qui s’occupait d’un jardin d’enfants, a été assassinée à son domicile au beau milieu de cris “Allah Hu Akbar”, a écrit le Vice-Président du Crif Robert Ejnes, dans un communiqué intitulé : “Un lourd silence grandissant”, près de deux mois après l’événement. L’expression ““Allah hu akbar,” est fréquemment un cri de ralliement lié aux attentats terroristes.

Le corps judiciaire, ajoute Ejnes, “n’a pas mentionné le caractère antisémite de ce meurtre, mais il est évident que Mme Sarah Halimi de mémoire bénie, a été tuée parce qu’elle était Juive par un meurtrier motivé par l’Islamisme”.

Et les médias “n’ont pratiquement pas parlé de cela, comme si la défenestration d’une femme n’avait rien d’inhabituel dans le Paris des années 2017!”, écrit-il, en donnant un écho à l’un des aspects de l’affaire que de nombreux Juifs de France disent faire partie des aspects les plus douloureux.

Mais c’est surtout la lettre ouverte de 17 intellectuels, le 4 juin, qui a brisé le silence dans les médias nationaux, au sujet de cette affaire, selon Hervé Gardette, un journaliste de la radio France Culture. Le 8 juin, Gardette a enquêté sur ce dossier, lors d’une émission intitulée : “Ya t-il un déni d’antisémitisme en France?”

Bien avant le dossier Halimi 2, les dirigeants juifs et les penseurs réunis autour de la communauté ont, depuis des années, fait remonter les plaintes d’une réticence au sein de cette société à faire face à des vérités dérangeantes concernant les crimes dès qu’il s’avère que leurs victimes sont juives.

Gardette, qui lui-même n’est pas Juif, reconnaît ce fait au cours de son émission.

“De façon frappante, ce meurtre rappelle immédiatement à l’esprit un autre meurtre plus ancien, celui d’Ilan Halimi en 2006, 24 jours après son enlèvement, et à quel point cela a pris du temps avant d’aboutir à la reconnaissance du caractère antisémite de ce crime, de la part des détectives, des magistrats et des journalistes. Aussi, onze ans plus tard, absolument rien n’a changé”, dit-il. “Ya t-il un profond déni de l’antisémitisme en France?”

Ilan Halimi (sans relation familiale avec la seconde victime Sarah), un vendeur juif de téléphonie, avait été kidnappé, torturé et assassiné par un gang dirigé par un criminel de carrière ayant une longue histoire de ciblage de victimes essentiellement juives.

Dans une autre lettre ouverte adressée au Ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, la philosophe juive et historienne française Alexandra Laignel-Lavastine suggère que le silence autour du cas de Sarah Halimi découle du désir de l’establishment de ne pas offenser les Musulmans – et de priver l’extrême-droite anti-musulmane, menée par la dirigeante du Front National, Marine Le Pen, de la possibilité d’engranger de quoi alimenter sa campagne.

“Insister sur l’injonction de ne pas appeler un chat un chat, minimiser (des “actes isolés” et des “loups solitaires”), utiliser des euphémismes (les “enfants perdus du djihad”), justifier, en banaliser et en jouer les psychiatres (de comptoir) ne nous conduira nulle part”, écrit Laignel-Lavastine.

En ce qui concerne Macron, son programme officiel parle de “combattre avec détermination les courants radicaux qui déforment les valeurs” de l’Islam et provoquent la défiance à l’égard des institutions, les théories de la conspiration et l’antisémétisme  qu’ils représentent. Mais Macron est demeuré particulièrement vague sur les solutions, en proposant de conduire le combat “en aidant les Musulmans Français à réaliser la restructuration de leurs institutions” [elles ne l’ont jamais été, structurées, puisqu’il n’y a pas de “clergé” ou approchant, en Islam].

Ceux qui croient que la France, en dépit de de la forte mobilisation de son dernier gouvernement pour la protection des Juifs,vit un véritable problème de déni, citent une longue liste de cas qu’ils disent avoir été balayés sous le tapis.

Selon les recherches de Trigano, le gouvernement français, sous l’ancien Président Jacques Chirac a supprimé purement et simplement les caractéristiques de tout “antisémitisme” d’au moins 500 agressions enregistrées au cours des années 2000 à 2002, lorsque les incidents antisémites ont augmenté de quelques dizaines par an à des centaines d’actes de ce genre chaque année.

Des cas plus récents comprennent l’omission du motif antisémite dans un acte d’inculpation contre les auteurs présumés d’un viol et d’une vol en 2014 dans une famille juive de la banlieue parisienne à Créteil. L’élément soulignant le crime de haine vient récemment d’être ajouté à la suite d’un véritable scandale public

En 2015, un homme qui a poignardé trois Juifs près d’une synagogue à Marseille, tout en hurlant le nom d’Allah avait d’abord été catégorisé comme malade mental par la police, qui a dû réviser son acte d’inculpation pour ensuite, laisser tomber toute mention de santé mentale à la suite de critiques acerbes de la part des dirigeants juifs.

La question du déni “doit être posée et dans ces termes, a déclaré Alain Jakubowicz, Président de la LICRA [qui s’est, pourtant, gravement parjurée et discréditée à la suite de son association avec le MRAP afin de “faire la peau” de l’écrivain George Bensoussan,aux côtés des propagateurs d’Islamisme du CCIF. Procès en dénégation de tout antisémitisme dans la culture arabo-musulmane] – lors d’une émission de Radio le 8 juin. “Il y a un déni de réalité dès qu’on en vient à cette nouvelle forme d’antisémitisme, qui est aussi meurtrière que les précédentes vagues et qui pose un problème en particulier en France”.

Les universitaires et les observateurs s’inquiètent également du fait que les actes antisémites soient répertoriés et minimisés comme uniquement “antisionistes”. La mise au placard, ces jours-ci, d’un documentaire traitant de ce phénomène – que certains appellent le “nouvel antisémitisme” – sur la chaîne de télévision franco-allemande Arte, “démontre le traitement spécifique de ce sujet en France, à la grande différence d’autres pays voisins”, souligne Jakubowicz.

Magali Lafourcade, Présidente de la Commission Consultative Nationale sur les Droits de l’Homme, pour le Gouvernement français, a déclaré accueillir comme bienvenu le débat consistant à savoir si les autorités minimisent les crimes de haine antisémites. Cependant, faisant référence au dossier Halimi, au cours d’une émission sur France-Culture, elle a déclaré : “Nous devons laisser l’appareil judiciaire faire son travail” et que les enquêteurs avaient besoin de “temps” pour revoir tous les aspects du dossier.

En mars, la Commission de Lafourcade a rapporté une baisse de 50% du nombre de crimes et actes antisémites,ce qu’elle attribue au déploiement d’hommes de troupes autour des synagogues, des écoles juives et d’autres institutions réputées à risque d’attaques antisémites. Mais son rapport met en doute l’existence d’un “nouvel antisémitisme” et souligne seulement les crimes et délits commis par des auteurs situés à l’extrême-droite, en stipulant qu’il n’est pas possible de classer les autres auteurs de crimes et délits,d’une manière ou d’une autre.

Jakubowicz rejette les appels de Lafourcade à attendre que le système judiciaire se prononce sur le dossier Halimi.

 

“”La seule et unique raison de cette mobilisation, c’est justement parce que le système judiciaire ne fait pas son travail””. 

Par Cnaan Liphshiz 

Adaptation : Marc Brzustowski

10 COMMENTS

  1. Croire naïvement que macron pro palestinien et pro musulman convaincu, va faire changer les choses et d’une naïveté sidérante…de même que les juges viscéralement de gauche et pro musulman …la seule chose qui peut changer c’est sur le relais de prise de conscience des juifs de France…un seul conseil, le tic tac de l’islamisation rapide resonne, et le danger s’amplifie, les français se convertissent en masse, persuadé qu’ils éviteront le pire…mais la charia s’installera c’est prévisible et rien ne l’arrêtera

  2. Il y a 2 manières d’aborder le sujet:
    1) la compassion, ce que les idiots utiles et pleurnichards savent faire pour le plus grand bonheur de pervers poltique de tout bord qui savent surenchérir sur la concurrence du malheur et du martyr afin de créer une “jalousie” du malheur…..voire les propos de la conseillère com de MACRON…(“il n’a pas que les juifs….”), j’entend cela depuis que je suis mome.
    2) la résistance, la réalité qui fait chier!
    Et oui, cette réalité et celle de la France qui s’accoutume au totalitarisme, hier nazi aujourd’hui nazislamiste.
    Cette résistance juive ou non des amoureux de la France libre va se faire museler et decrediliser par MACRON a coup de compassion sporadique et d’achèvement d’intellectuels.
    Soyons digne d’Israël pour montrer la voix à nos amis Français qui se sont fait berner.
    Alors merci à Jforum de continuer porter les voies de Messieurs Trigano, Goldnadel et autres grands intellectuels qui ont une analyse objective de la situation.

  3. Le constat est beucoup plus terrible. En France un assassinat antisémite est caché au peuple pour ne pas dénoncer un groupe religieux haineux. La Presse s’est faite complice de ce meurtre, les médias, les droitsdelhommismes, les politiques, les juges, les intéllectuels… -la majeure partie d’entre eux également. L’avenir des Juifs de France n’est pas en France.

  4. La France a besoin des Juifs pour justement créer un contre-feu, un problème, de façon à faire oublier aux Français le problème de l’islam, et pour cela tout est bon, même ce meurtre impensable par-lui-même, qui devient impensable par le mutisme et le silence imposé par le pouvoir sur les médias pour ne pas polluer l’atmosphère des élections et surtout faire le lit du front national

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