Le gouvernement face aux manifestations violentes des Gilets jaunes?

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PARIS, FRANCE - MARCH 16: Yellow vests (Gilets jaunes) protesters set on fire newsstands on the Champs-Elysees during the 18th consecutive Saturday national protest (Act XVIII demonstration) in Paris, France on March 16, 2019. (Photo by Mustafa Yalcin/Anadolu Agency/Getty Images)

Est ce que le gouvernement a adopté la bonne attitude face aux manifestations violentes des Gilets jaunes ? Par M-R Hayoun

Cette interrogation est bien légitime : pour quelle raison le gouvernement a t il laissé les gilets jaunes ou ceux qui s’en réclament, braver les interdits et se livrer à des destructions
massives et systématiques depuis plus de dix-huit semaines ? Quelle force ou quelle considération d’intérêt supérieur a bien pu l’empêcher d’agir et de veiller au maintien de l’ordre ?

Je pense que la réponse à cette question ne peut pas être univoque, tant il y a d’éléments qui entrent en jeu et qui doivent être pris en compte. Pourquoi ?

La réponse se trouve probablement dans un vaste mouvement de désertification, de politique d’abandon, de laisser aller et de laissés pour compte, appliquées par de nombreux gouvernements depuis au moins quatre décennies.

Le livre paru en 2015 sur la France périurbaine aurait dû mettre la puce à l’oreille de tous ces gouvernants qui se sont succédé depuis des décennies. Nul n’a relevé dans les entourages des différents gouvernements qu’un jour ou l’autre, toute cette France oubliée,
méprisée, ignorée, finirait par se soulever et dire non.

Non à la mort des centres villes, non au départ et au non remplacement des médecins libéraux partis à la retraite, non à la fermeture des classes, voire des écoles, non à la disparition des services municipaux, des
pharmacies, des cliniques d’Etat, etc…

On a accepté que des femmes enceintes soient privées, au risque d’importants dangers pour leur santé, d’une maternité à proximité de leurs habitations. On a toléré que des patients, souvent âgés et parfois même dépendants, attendent des semaines, voire des mois avant d’obtenir des rendez vous avec des médecins spécialistes… On cite souvent le cas d’ophtalmologistes qui ne peuvent pas recevoir leurs patients avant des mois, et ce dans le Nord du pays ou dans l’Est. Hier encore, l’un de mes amis, médecin de ville parti à la retraite dans une proche banlieue parisienne, me disait au téléphone qu’il n’a pas pu trouver de successeur. Et qu’il n’était pas le seul dans ce cas…

Si vous ajoutez à cela des taxes à n’en pas finir, un chômage qui baisse à peine mais qui touche toujours des millions de nos concitoyens, vous avez réuni les différents ingrédients d’un cocktail explosif.

La France a souffert de la cécité volontaire ou involontaire de ses dirigeants ! Quand on refait le déroulement de ces troubles graves, on se rend compte que l’exécutif a pris des mesures que même un homme simple et inculte n’aurait jamais prises : comment amputer de petits budgets de 5 euros?

Comment taxer les retraités qui reçoivent 1200€ mensuellement ? Jamais, au grand jamais le président n’aurait jamais dû suivre ces mauvais conseillers. Il devrait faire un grand ménage dans son entourage et changer de conseillers sociaux…

J’ai regardé comme tout parisien ce qui s’est passé sur les Champs Elysées ; j’ai vu des mères (délinquantes) de famille levant leur coupe de champagne, volé au Fouquet’s. On a vu les brigands briser les belles vitrines des magasins de luxe.

En fait, c’est la révolte de gens privés de tout. Leurs actions dévastatrices, injustifiables, se comprennent ainsi : cette avenue est la plus riche, la plus belle, et aussi la plus coûteuse. Nous ne pouvons donc pas y aller, y faire nos emplettes, nous y promener car le moindre café ou la moindre crème glacée est hors de pris pour nous, pauvres gens !

Eh bien, ce que nous ne pouvons pas nous payer, pauvres gens que nous sommes, eh bien nous le prenons de force. La même chose vaut pour les belles chaussures de sport, les beaux vêtements, les téléphones portables, bref tout ce que les riches ont et que nous n’avons pas : ainsi pensent les gilets jaunes.

Ce qui m’inquiète le plus dans cette affaire, c’est qu’elle obéit à des motivations très profondes, ce qui signifie que le pouvoir ne s’en sortira pas par des retouches cosmétiques. Il faudra bien plus car ce phénomène est unique en son genre et différent de tout ce qu’on a connu jusqu’ici…

L’originalité de ce mouvement, c’est qu’il est disparate et refuse de se donner un chef ou simplement un porte parole pour négocier avec les autorités, lesquelles ont fait preuve d’un inexcusable laxisme. Après ce qui s’est passé samedi dernier, il n’était plus possible de se
taire et de ne pas réagir.

Les dévastations avaient été portées à la connaissance du monde entier et pas seulement des Français. Certains prêtent au pouvoir de noires arrière-pensées, pariant ainsi sur un pourrissement de la situation et une levée en masse contre les gilets jaunes. Je ne le crois pas car ce qui s’est passé a porté un coup terrible à la France et à Paris, et donc au gouvernement.

Demain, le pouvoir sera jugé sur pièces. On va voir s’il est en mesure de tenir parole et de montrer que force restera à la loi. Ah, si Charles Pasqua était encore de ce monde, ou même simplement Nicolas Sarkozy ou Manuel Valls place Beauvau !

Le désormais ancien préfet de police,auquel on fait porter le chapeau n’était, certes, pas vraiment à sa place et ce, depuis le premier dimanche en novembre, en raison d’un dispositif sous dimensionné. Mais a t il vraiment démérité ?

Le pouvoir craint que les manifestations dégénèrent en émeutes, il a eu tort. Mais le temps n’est pas à la remise des comptes ni à l’assignation des responsabilités. L’urgence est ailleurs : demain doit être la dernière apparition de troubles à l’ordre public. Si nos compatriotes ont des revendications, ils peuvent les faire valoir dans le calme et la sérénité.

J’ai tout de même une crainte : que se passera t il si les gilets jaunes s’en prennent à des soldats en faction devant des édifices publics. Vont ils adresser des sommations d’usage à leurs agresseurs afin de tirer en l’air et après, hélas, dans la foule ?

Il faut en appeler à la sagesse et à la retenue. Le sort du pays en dépend.

Maurice-Ruben Hayoun 

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève. Son dernier ouvrage: Joseph (Hermann, 2018)

 

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