Le 11 septembre 2001, minute par minute

Le journaliste américain Mitchell Zuckoff a enquêté vingt années durant pour reconstituer avec une minutie extrême tous les faits qui se sont produits ce jour-là sur les différentes scènes du drame. Deux décennies après le quadruple attentat suicide d’Al Qaida, ce témoignage n’a rien perdu de sa force.

Passé un certain âge, nous nous rappelons tous très précisément, comme si cela datait d’hier, ce que nous faisions le 11 septembre 2001, la minute et les circonstances exactes dans lesquelles nous avons pour la première fois lu ou entendu qu’un avion de ligne avait percuté une des tours jumelles du World Trade Center. Cet « effet 11 Septembre » est si fort que, quel que soit ce que nous faisions ce jour-là d’inhabituel ou de banal, cette journée qui aurait dû être plus ou moins semblable à toutes les autres, mais qui ne l’a pas été, se détache de nos vies. Et que, vingt ans après, nous pouvons encore la décrire : ainsi, chacun d’entre nous porte-t-il en lui « son » petit 11 Septembre personnel, différent de celui du voisin, mais tout aussi digne d’être raconté.

Le journaliste américain Mitchell Zuckoff, lui, a choisi de relater le leur : celui – ô combien plus tragique – de quelques-unes et quelques-uns des 2.977 morts et 6.291 blessés du quadruple attentat suicide perpétré par Al Qaida. Hommes ou femmes, jeunes ou vieux, civils ou militaires, pompiers ou secouristes, le panel de victimes ou de témoins oculaires sur lequel il s’appuie est, à la vérité, assez large : sous sa plume, nous suivons en parallèle de multiples vies, qui toutes n’ont en commun que d’avoir été percutées de plein fouet, ce jour-là, par la démence meurtrière d’une poignée de fous d’Allah, quand elles ne se sont pas arrêtées.

A lire « Le Jour où les anges ont pleuré », tous ces gens qui vivaient là-bas, dans leur lointaine Amérique, des vies dont nous ne savions rien, et qui nous auraient été parfaitement indifférents sans ce livre, nous deviennent des proches, presque des amis. Voici que ces hommes et ces femmes, ces enfants ou ces vieillards, qui se fondaient jusqu’ici dans la masse indistincte des victimes, qui ne représentaient chacun qu’une unité de plus au tragique bilan, acquièrent pour nous, au fil des pages, un nom qui nous devient peu à peu familier, une histoire et une trajectoire de vie, une famille, un job, des projets, des regrets, des rêves. La chair humaine sous la statistique.

Une enquête de vingt ans

Lequel d’entre nous, quand il se remémore « son » 11 Septembre, ne s’est pas pris à songer à ce qu’avait dû être le leur ? A ce que ces près de 3.000 morts avaient dû vivre d’indicible, entre la minute où ils se sont subitement trouvés pris au piège et celle où ils ont péri ? Qui ne s’est pas demandé comment il aurait réagi s’il avait été l’un de ces voyageurs à bord des quatre avions de ligne détournés par les pirates islamistes, l’un de ces employés de bureau des tours jumelles ou du Pentagone ? Qu’aurais-je fait, qu’aurais-je dit ? A quoi ou à qui aurais-je pensé ? Aurais-je essayé, dans ce chaos et cet enfer, d’aider mon prochain, de trouver une issue là où il n’y en avait pas, ou serais-je resté prostré ou terrorisé dans mon coin ? Au terme de vingt ans d’enquête, de collecte de témoignages, de reconstitution minutieuse des faits tels qu’ils se sont déroulés heure par heure, minute par minute, en différents lieux de la tragédie, Mitchell Zuckoff a été en mesure de répondre à ces questions pour les multiples personnages – hélas ! bien réels – de son livre. Et s’il le fait avec un luxe de détails tel que son lecteur en a parfois le tournis, c’est sans jamais s’écarter d’un pouce de ce qui constitue la règle d’or – et la noblesse – d’un certain type de journalisme : celui de « tous les faits, rien que les faits ».

C’est d’ailleurs bien parce qu’il ne se permet aucun rajout, aucune interprétation ni aucun commentaire, aucune fioriture d’aucune sorte, que l’auteur nous transporte si puissamment, d’un chapitre à l’autre, sur les différentes scènes du drame : parmi les rangées de fauteuils des quatre avions de ligne transformés en missiles, dans les tours de contrôle des aéroports de Boston, New York et Washington, dans la fournaise des tours nord et sud, au volant des camions de pompiers fonçant vers le World Trade Center en flammes, dans les locaux de la Federal Aviation Administration ou les QG des bases aériennes d’où s’envolèrent les F-16 chargés (mais trop tardivement !) d’intercepter les Boeing déroutés. Et même dans la salle de classe où George W. Bush apprit les attentats de la bouche de son conseiller, sous l’oeil de quelques bambins… et des caméras de télévision.

« L’Amérique foudroyée », avaient titré « Les Echos » dans son édition du 12 septembre 2001. Beaucoup de livres, depuis, ont été écrits pour analyser les conditions (géopolitiques, idéologiques, socio-économiques…) qui avaient permis à l’orage terroriste de se former dans le ciel de l’Amérique. Une quantité non moins impressionnante d’autres ouvrages se sont proposés de discourir sur le monde post-11 Septembre (date à laquelle le XXIe siècle a vraiment commencé, tout comme le XXe avait débuté non en 1900, mais en 1914). Tel n’est pas le but que s’est fixé Mitchell Zuckoff. Son ambition est, à la fois, plus modeste et plus haute : raconter le jour J, tel que l’ont vécu ceux qui se trouvaient aux points d’impact de la foudre. Le grand livre d’un grand événement.

LE JOUR OÙ LES ANGES ONT PLEURÉ
Par Mitchell Zuckoff, Flammarion, 520 pages, 23,90 euros.

Mitchell Zuckoff raconte le jour J, minute par minute et tel que l’ont vécu ceux qui se trouvaient aux différents points d’impact. (HENNY RAY ABRAMS/AFP)

Par Yann Verdo le 10 sept. 2021 à 11:32  www.lesechos.fr

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