Pourquoi Moscou menace de reprendre l’Alaska aux Etats-Unis

A gauche, Vladimir Poutine. A droite, Joe Biden. (Montage l’Obs/Mahaut Landaz/AFP)

A gauche, Vladimir Poutine. A droite, Joe Biden. (Montage l’Obs/Mahaut Landaz/AFP)
VIDÉO. Viatcheslav Volodine, un très proche conseiller de Vladimir Poutine, estime que la Russie est en droit de réclamer l’Alaska, une ancienne colonie, aux Américains, en réponse aux sanctions occidentales. Une rhétorique expansionniste classique des dirigeants russes.
Bien sûr, la menace a fait sourire la première puissance mondiale. Le gouverneur de l’Alaska, Mike Dunleavy, y a même été de sa petite phrase sarcastique sur Twitter, en souhaitant « bonne chance » aux politiciens russes. Le 7 juillet dernier, le président de la Douma, la chambre basse du Parlement russe, a en effet menacé les Etats-Unis de reprendre l’Alaska. « Avant d’essayer de contrôler nos ressources à l’étranger, les Etats-Unis devraient toujours se rappeler qu’il y a une partie de leur territoire, l’Alaska, que nous pouvons réclamer », a déclaré devant les députés ce proche conseiller de Vladimir Poutine. Alors, faut-il s’inquiéter ? Et pourquoi la Russie lorgne-t-elle sur ce territoire ? On fait le point dans ce décryptage.

vidéo.

Une ancienne colonie russe

Colonisée par l’empire russe au milieu du XVIIIe siècle, l’Alaska était une terre de commerce de fourrure, avant que les finances de la Compagnie russe d’Amérique ne commencent à décliner au milieu du XIXe siècle.
Quand éclate la guerre de Crimée en 1853, les priorités de l’empire russe se déplacent vers l’ouest, et le tsar Alexandre II finit par vendre l’Alaska aux Etats-Unis pour la modique somme de 7 millions de dollars en 1867.

L’instrumentalisation du passé

Mais, sous l’ère soviétique, a perduré dans les médias russes l’idée que l’accord conclu avec les Etats-Unis n’était pas une vente, mais un bail à durée déterminée. Un argument repris assez régulièrement par des politiciens russes nationalistes à la télévision d’Etat, faisant écho à la rhétorique du Kremlin sur la « Grande Russie » (« Novarossia ») qui vise à légitimer l’expansionnisme par un rappel des frontières passées – quand bien même la population russe de l’Alaska n’a jamais dépassé 2 500 personnes. « On avait vu le même genre de discours sur le passé russe de la Crimée juste avant l’invasion de la péninsule en 2014 », rappelle Carole Grimaud Potter, spécialiste de la géopolitique russe.
Plus qu’une menace qui doit inquiéter, ce rappel de l’appartenance passée de l’Alaska à la Russie serait une façon de stimuler le patriotisme afin de s’assurer du soutien de la population à la guerre en Ukraine, estime Carole Grimaud Potter. « Il s’agit là d’un enjeu existentiel pour le Kremlin », souligne-t-elle. Et d’enchaîner :
« Le message est aussi destiné aux Occidentaux. C’est une manière de leur dire que tant qu’ils aideront l’Ukraine, ils seront sous la menace d’une attaque. »

L’Alaska, une terre d’avenir

Reste que Viatcheslav Volodine n’a sans doute pas menacé l’Alaska par hasard. D’abord, parce qu’il s’agit d’une zone stratégique pour la sécurité russe. Dans le détroit de Béring, qui sépare l’Asie de l’Amérique, à peine quelques kilomètres séparent la dernière île russe de la première île américaine.
Mais surtout, l’Alaska est amenée à prendre une envergure stratégique inédite dans les prochaines années, à cause des possibilités ouvertes par la fonte des glaces polaires. En plus de l’accès à de nouvelles ressources de poissons et d’hydrocarbures, la fonte des glaces ouvre la voie à des routes maritimes plus courtes pour le transport mondial.
Les enjeux financiers pour le contrôle de la zone sont donc colossaux… Ce qui n’a pas échappé non plus aux Américains. Derrière leur réaction un brin moqueuse, les Etats-Unis investissent massivement pour moderniser leurs équipements en Alaska, région la plus militarisée du pays. Des exercices sont régulièrement organisés. Le dernier, en mars, a réuni plus de 8 000 soldats.
Par Mahaut Landaz
www.nouvelobs.com

 

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