La colère des Ethiopiens Israéliens est-elle justifiée ?

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A priori, la révolte des Ethiopiens Israéliens semble justifiée : malgré des progrès sensibles, l’écart économique et social entre les Israéliens d’origine éthiopienne et l’ensemble de la population israélienne ne se réduit que trop lentement.

Ces falashas, arrivés en Israël en plusieurs vagues dans les années 1980, doivent encore lutter contre l’exclusion dont ils sont victimes en matière d’emploi, de logement ou d’éducation.

En 2002 déjà, une commission d’enquête parlementaire chargée de faire toute la lumière sur l’origine des inégalités sociales estimait que les immigrants juifs d’Ethiopie représentaient une véritable « bombe sociale à retardement ». Ni plus, ni moins. Les hésitations de la politique officielle d’intégration, tout comme le comportement parfois raciste d’une partie de la population israélienne vis-à-vis de ces juifs de couleur noire, ont progressivement exclu les immigrants éthiopiens des rouages de la société israélienne, les cantonnant à des emplois subalternes et les condamnant souvent à rester tributaire de l’aide sociale.

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SPÉCIAL – Les 130 000 Juifs éthiopiens vivant en Israël sont victimes de discriminations dans de nombreux domaines de leur vie quotidienne.

 

POLITIQUE HÉSITANTE

Passant d’une société de subsistance à une économie d’abondance, les immigrants juifs d’Ethiopie se sont trouvés confrontés à une culture, à des mentalités et comportements qui leur étaient étrangers. Malgré la politique officielle de répartition géographique des immigrés sur l’ensemble du territoire, les Juifs éthiopiens se sont regroupés dans certains centres urbains, comme Beer-Sheva, Haïfa ou Netanya. Par la suite, la faiblesse de leurs capacités financières les a contraints à se tourner vers les localités de la périphérie du pays où les prix des logements et des loyers sont moins élevés, comme Nétivot, Ofakim ou Kiriat-Gat.

Plus récemment, la réduction de l’aide publique à l’intégration des immigrants a favorisé la concentration des falashas dans les régions du pays où le niveau socio-économique de la population est particulièrement faible. En 2003 par exemple, les aides au logement sont devenues des prêts remboursables, accentuant les difficultés de logement.

ABSENCE DE BRASSAGE

Au début des années 1990, les autorités israéliennes ont orienté les enfants scolarisables vers les écoles publiques du réseau religieux, sans que les parents n’aient pu se prononcer sur le type d’éducation qu’ils souhaitaient donner à leurs enfants. Aujourd’hui, 75% des enfants éthiopiens sont scolarisés dans des écoles publiques religieuses (contre 19% des autres enfants israéliens), 25% dans des écoles laïques et 1% dans les écoles du courant juif orthodoxe.

Pourtant, une commission interministérielle avait décidé, en 1993, que les élèves éthiopiens ne devraient pas représenter plus de 30% de l’effectif de chaque établissement scolaire. Cette recommandation est souvent restée lettre morte, certains directeurs d’école choisissant délibérément de constituer des classes composées exclusivement d’éthiopiens. L’absence de « brassage » des jeunes falashas réduit leur chance de succès scolaire et handicape leur intégration future à la société israélienne.

RETARD SOCIOÉCONOMIQUE

Le retard accumulé par les juifs éthiopiens commence donc à l’école. En 2014, 50% candidats éthiopiens au baccalauréat ont décroché le diplôme, contre 63% pour l’ensemble des israéliens. Seulement 1% d’entre eux s’intègrera dans un établissement de l’enseignement supérieur.

L’intégration des juifs d’origine éthiopienne au marché du travail est tout aussi problématique. Les difficultés linguistiques, l’absence de formation professionnelle et le fossé culturel sont autant de facteurs qui expliquent leur faible taux de participation à la population active : 57% des éthiopiens de plus de 15 ans travaillent contre 76% parmi les autres Israéliens. Et les salaires aussi sont plus bas : un israélien d’origine éthiopienne gagne encore un salaire brut inferieur de 50% à celui d’un autre Israélien.

Le chômage (13%) et les revenus insuffisants sont à l’origine d’un taux de pauvreté fort : 52% des familles éthiopiennes vivent en dessous du seuil de pauvreté contre 15% des autres Israéliens. Les difficultés d’intégration ont conduit de nombreux juifs éthiopiens à sombrer dans la délinquance : dans les prisons israéliennes, la proportion d’éthiopiens est très supérieure à celle de leur part dans la population totale.

Jacques Bendelac (Jérusalem) Israël Valley

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