Qu’y a-t-il derrière trois mystérieuses explosions en Iran et sont-elles liées? – une analyse

Trois incidents mystérieux, liés par des explosions, dont au moins deux dans des installations nucléaires et dépôts d’armes secrètes ont secoué l’Iran la semaine dernière.

Une vue montre des colis ferroviaires pour des conteneurs contenant du sel d'hexafluorure d'uranium, matière première pour réacteurs nucléaires, similaire à celui utilisé pour la banque de l'AIEA à faible teneur en uranium enrichi (LEU) (crédit photo: SHAMIL ZHUMATOV / REUTERS)
Une vue montre des conteneurs contenant du sel d’hexafluorure d’uranium, matière première pour réacteurs nucléaires (LEU)
(crédit photo: SHAMIL ZHUMATOV / REUTERS)

Trois incidents mystérieux, liés par des explosions, dont au moins deux dans des installations nucléaires et des dépôts d’armes secrètes, ont secoué l’Iran la semaine dernière. Tous les trois ont été rapportés par les médias iraniens assortis de diverses excuses, de façon à faire accroire qu’ils seraient moins graves qu’ils ne le paraissent, qu’ils font l’objet d’une enquête et qu’il n’y a pas d’histoire si exceptionnelle à raconter. Le 25 juin, une explosion massive, aperçue à plusieurs kilomètres de Téhéran, a brûlé une colline près d’un complexe de missiles à Khojir. Le 30 juin, un centre médical a subi un incendie à Téhéran, tuant plus d’une vingtaine de personnes. Le 2 juillet, un incident survenu dans l’installation d’enrichissement de Natanz, en Iran, a été mentionné par les médias officiels iraniens, sans qu’ils n’apportent aucun détail. Les autorités ont affirmé que seul un hangar avait été endommagé.

Cela conduit à se demander pourquoi tant d’explosions ou d’incidents ont affecté des aspects clés du complexe militaro-industriel iranien. Les rumeurs publiées sur les réseaux sociaux et ailleurs en ligne suggèrent, non seulement, une dissimulation d’Etat, mais également des allégations d’une «cyber» attaque ou d’autres préoccupations concernant le déroulement de ces incidents. L’Iran a allégué qu’une cyberattaque avait nui au port de Shahid Rajaee en mai, à la suite d’une cyberattaque iranienne contre Israël.

Au cœur de tout cela, il y a les inquiétudes concernant l’Iran, de plus en plus sous la pression des sanctions américaines, qui se propagent dans toute la région. L’Iran s’est systématiquement éloigné de l’accord avec les 5 puissances de 2015, enrichissant l’uranium et intensifiant ses programmes d’armes. Il s’est concentré sur les missiles balistiques et le guidage de précision pour les munitions, ainsi que les drones et les installations nucléaires. L’installation de Natanz est bien connue pour avoir été affectée par le ver informatique malveillant Stuxnet en 2010. Stuxnet a été développé par les États-Unis et Israël selon le New York Times et a peut-être détruit jusqu’à 1 000 centrifugeuses dans l’installation de Natanz.

Natanz se compose d’une usine d’enrichissement de combustible et est la plus grande installation d’enrichissement d’uranium par centrifugation de gaz de l’Iran, selon la BBC. Elle a commencé à fonctionner en 2007. L’Iranien Behrouz Kamalvandi, porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, a déclaré qu’il n’y avait eu aucune victime à Natanz et que l’incident faisait l’objet d’une enquête, le 2 juillet. Il a déclaré qu’il n’était pas nécessaire de s’inquiéter de la possibilité d’une contamination » en raison de l’inactivité du complexe. ” C’était une déclaration étrange, de nier que quelqu’un ait été blessé et de souligner que l’installation ne fonctionnait pas. Les déclarations de Kamalvandi ont fait la une sur le site Web de l’ISNA et d’autres en Iran jeudi.

Dans le même temps, les procureurs de Téhéran ont déclaré que l’explosion au centre médical de Sina à Téhéran n’était pas intentionnelle. Cependant, au moins 18 personnes sont mortes. Des hauts responsables du gouvernement ont parlé de l’explosion du 30 juin, soulignant également le mystère entourant celle-ci. S’il s’agissait d’un incendie et d’une erreur tragiques de routine, quelle était la nécessité de faire en sorte que des fonctionnaires de haut niveau l’examinent, commentent et jurent d’enquêter?

L’explosion du centre médical est peut-être moins mystérieuse que les incidents de Natanz et de Khojir car on ne sait pas immédiatement ce qui la relie aux programmes militaires clandestins de l’Iran. Par exemple, l’explosion de Khojir a été initialement annoncée par l’Iran comme se déroulant à Parchin et les médias ont montré un réservoir de gaz qui avait explosé. La taille de l’explosion enregistrée sur vidéo semblait beaucoup plus grande que la taille du réservoir de gaz dont l’Iran prétendait qu’elle provenait.

Kamalvandi a été le porte-parole de l’Iran qui a expliqué la volonté de l’Iran de violer systématiquement les directives de l’accord avec l’Iran. En août 2019, il a déclaré que l’Iran pourrait aller jusqu’à 20% d’enrichissement d’uranium. Il a confirmé de nouvelles violations de l’accord sur le nucléaire en juillet 2019. L’Iran dit que c’est en réponse au retrait des États-Unis de l’accord en 2018. Un accident ou une explosion à Natanz remettrait en question ce que l’Iran est vraiment en train de faire et si les installations nucléaires de l’Iran sont aussi sûres que l’Iran le prétend. La nécessité de Kamalvandi à se précipiter devant les caméras pour sortir l’histoire concernant l’explosion près Téhéran est apparue pour la première fois et n’a fait que souligner le lien potentiel avec son programme nucléaire. Cela semble également être le message derrière l’argumentaire au sujet du centre médical et les explosions de Khojir: informons d’abord pour que les rumeurs ne se propagent pas. C’est pourquoi l’Iran a admis que des personnes sont mortes au centre médical et a essayé de montrer une vidéo de ce qu’ils prétendaient être l’explosion mineure de Khojir. Cela ressemble un peu à une forme de « circulez- il n’y a rien à voir ici».

L’Iran ne peut pas cacher l’incident de Khojir parce qu’il était trop énorme. Des théories du complot ont été avancées sur ce qui aurait pu se produire. Pourquoi au moins deux des incidents sont-ils liés à des «bonbonnes de gaz»? C’était l’explication donnée pour l’explosion du centre médical. Lorsque le centre médical a explosé, de nombreux rapports ont noté que ce n’était que quatre jours après l’explosion de Khojir et que les deux impliquaient des fuites de gaz, soi-disant.

Alors que les médias iraniens Tasnim et Fars News, liés au CGRI, ont publié des photos de l’explosion du centre médical, un article du site officiel iranien IRNA a déclaré que le centre médical n’était pas lié à des matières radioactives. Iraj Harirchi, le ministre adjoint de la Santé en Iran, bien connu pour avoir eu le Covid-19 en février, a déclaré que la clinique D de Sina Athar était un centre dentaire et d’imagerie et qu’aucun matériel radioactif n’était affecté. Il a semblé nier que cela puisse être lié à des problèmes nucléaires. C’est également une déclaration étrange, niant les rumeurs qui flottent  apparemment flottant en ligne, de la part d’un responsable de haut niveau. Il a semblé vouloir faire taire les rumeurs en affirmant qu’il y avait une radiologie régulière au centre.

Il semble que les messages de l’Iran s’adressent à la communauté internationale ainsi qu’à la consommation interne pour fédérer les préoccupations selon lesquelles quelque chose de très grave se produit en Iran. Les Iraniens consomment des informations dans les médias et le public est inquiet depuis un an en raison des sanctions et des protestations de l’année dernière qui ont vu le gouvernement tuer quelque 1 500 personnes et fermer Internet. Les manifestants ont été irrités par l’insistance de Téhéran à investir de l’argent dans des programmes d’armes plutôt que dans des programmes sociaux locaux. Les explosions à Natanz et sur l’installation de missiles à Khojir soulèveront des questions au sein du public.

Cela nous laisse face à trois incidents mystérieux et aucune réponse claire quant à la façon dont ils sont liés. Il a été démontré que l’explosion de Khojir a été faussement liée à Parchin alors qu’en fait, il s’agissait probablement d’un site de missiles balistiques lié à d’importants groupes industriels qui ont construit des missiles iraniens solides et à combustible liquide. Ce que nous pouvons voir à la surface n’est cependant qu’une parcelle de terre brûlée. Il se peut que tout ce qui a explosé ait des racines plus profondes sous terre. Certains de ces sites ne semblent pas illustratifs en surface, juste un entrepôt ou un hangar, alors qu’ils sont en réalité plus importants qu’ils ne le semblent. Ce qui est clair, c’est que l’Iran a tenté d’admettre et de mettre en valeur ces incidents plutôt que de les cacher. Cela semble être un effort concerté pour essayer de prétendre que l’Iran ne cache rien, de sorte que les responsables américains ou autres ne puissent pas pointer vers ces sites après l’événement et montrer les explosions comme preuve que l’Iran est en train de faire quelque chose de néfaste. Interrogé sur l’explosion de Khojir, par exemple, l’envoyé américain en Iran, Brian Hook est resté très évasif, lors de son passage en Israël.

Téhéran ne tardera pas à essayer de faire disparaître ces histoires de la première page, ayant “admis” que rien d’important ne s’était passé, il mettra ensuite en évidence d’autres problèmes régionaux, tels que les Houthis combattant l’Arabie saoudite ou le Hamas “résistant” à Israël. Toute suggestion selon laquelle trois incidents en Iran en une semaine sont liés peut être écartée par Téhéran, en disant qu’elle avait déjà enquêté et commenté le sujet, puis noyer le poisson dans l’eau.

Adaptation : Marc Brzustowski

6 Commentaires

  1. Au fur et à mesure que les mollahs s’approcheront de la fabrication de leur bombe atomique, et plus des explosions mystérieuses risquent de se produire.
    Comme il est très dangereux de bombarder directement les centrales souvent enterrées, voilà une belle manière de les anéantir “proprement” de l’intérieur.
    Il n’est pas impossible qu’il s’agisse de coups magistraux organisés par TRUMP et Bibi.
    En attendant, il fait de plus en plus chaud chez les enturbannés qui risquent de se faire raser la barbe et les cheveux très prochainement…

  2. Encore un crétin qui a appuyé sur le bouton lance-missile par erreur ?
    Ou est-ce un effet du réchauffement climatique ?
    J’ai bien envie de regarder du coté de Bibi.

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