Il y a 50 ans, la fake news, la rumeur d’Orléans (CERCIL)

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Pierre Allorant et Éliane Klein devant la salle de conférence pleine à craquer du CERCIL d’Orléans

50 ans après, le CERCIL raconte la rumeur d’Orléans par Zoé Falliero

Le CERCIL Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv a vu sa salle de conférence se remplir d’une foule immense hier soir, mardi 11 juin, pour venir assister à une conférence exceptionnelle sur les 50 ans de la fameuse rumeur d’Orléans.

Racontée par Eliane Klein, témoin incontournable de cette rumeur et actuelle déléguée du Conseil représentatif des institutions juives de France, Pierre Allorant, doyen de la faculté de droit d’Orléans et historien, Pascal Froissart, enseignant chercheur en communication et Anthony Gautier, modérateur, la rumeur a ravivé les souvenirs de l’assistance dont la grande majorité a été marquée par l’ampleur de la fake news.

Il y a 50 ans déjà, au mois de mai 69, naît la rumeur d’Orléans. Alors que le journal « Le Noir et le Blanc » titre « les nouveaux pièges de l’esclavage sexuel » avec une histoire de rapt d’une femme dans une boutique de Grenoble, la boutique Dorphé d’Orléans ouvre au public un nouvel espace avec une cabine d’essayage située dans la cave du magasin.

C’est à partir de cette hasardeuse coïncidence qu’est né le fait divers de « la rumeur d’Orléans » incriminant des commerçants juifs dans un trafic sexuel de jeunes filles blanches.

Très rapidement, les langues se délient et une fausse nouvelle racontant que trois jeunes femmes auraient été retrouvées droguées et séquestrées dans la cave d’une boutique après que le mari de l’une d’elle ait entamé des recherches se propage.

Au commencement de l’affaire, c’est 6 boutiques, toutes tenues par des commerçants juifs qui sont accusées avant que le nombre de celles-ci se multiplient jusqu’à atteindre une trentaine en quelques semaines.

La rumeur est poussée à l’extrême quand l’opinion accuse les boutiques incriminées d’être reliés par des souterrains afin d’acheminer les jeunes femmes kidnappés vers la Loire, où un bateau ou un sous-marin les attendraient pour les amener vers des pays étrangers afin d’approvisionner la « traite des blanches ».

“C’était l’hystérie au lycée” raconte une ancienne élève

Éliane Klein, actuelle déléguée du Conseil représentatif des institutions juives de France, crédit photo: Crif

La rumeur se propage a une vitesse folle, surtout dans le milieu scolaire comme le raconte une ancienne étudiante scolarisée à Jean Zay à l’époque du scandale qui témoigne « C’était l’hystérie au lycée, toutes les filles ne parlaient que de ça ».

Alors que l’histoire enfle, la presse reste silencieuse et ne s’implique pas dans l’affaire jusqu’à l’alerte lancée par Éliane Klein au début du mois de juin 69.

 

Âgée de seulement 22 ans à l’époque, Éliane Klein enseignait l’anglais dans un collège et a eu écho de l’affaire pour la première fois grâce à un parent d’élève.

Elle-même juive, il apparaît comme un devoir pour elle d’agir et d’impliquer la presse pour démentir les faits et freiner la vague antisémite qui déferle sur la ville depuis déjà un mois.

Elle contacte alors les journaux de la France entière (sauf ceux d’extrême droite) alors qu’en parallèle, la fédération départementale de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme portait plainte contre X pour « diffamation raciste ».

Dès l’alerte d’Éliane Klein et l’apparition de faits concrets dans l’affaire, la couverture médiatique de la rumeur s’est densifiée et de nombreux mouvements et de manifestations ont été mis en place afin de couper court à la rumeur devenue, au fil du temps, totalement invraisemblable et grotesque.

Malgré le caractère raciste et matériellement infondé des accusations de l’époque, la propagation de la rumeur a été incroyable et reste encore aujourd’hui, un événement marquant dans la mémoire des Orléanais qui l’ont vécu. Lire la suite

Zoé Falliero

Source: www.magcentre.fr

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