On devrait à nouveau dénoncer les évêques immoraux allemands

 

Par Manfred Gerstenfeld

De nombreux moralistes, qui ont critiqué Israël, se révèlent plus tard pour avoir détourné les yeux devant l’immoralité majeure de leur propre entourage. Une récente étude, commanditée par la Conférence des Évêques allemands a découvert que 1670 prêtres ont été impliqués  dans des affaires d’abus sexuel en Allemagne, entre 1948 et 2014. Leurs victimes étaient essentiellement de sexe masculin. Dans plus de la moitié des cas, ils étaient âgés de 13 ans ou moins. Un sixième des abus correspond à un viol et dans les trois-quarts des cas, les victimes et leurs agresseurs se connaissent par l’intermédiaire de l’église.

Les chercheurs disent que les abus se poursuivaient en 2014, lors de la dernière année couverte par l’étude[1]. Une organisation représentant les victimes disent que le rapport ne va pas assez loin et que des dossiers ont été détruits. Par conséquent, le sujet requiert une nouvelle étude indépendante[2]. Une question ouverte consiste à savoir qi l’église traitera de façon appropriée les nombreuses victimes.

Quelle est la pertinence de ces faits horribles pour Israël? Pour y répondre, on doit revenir à plus de dix ans en arrière. En mars 2007, une délégation de 27 évêques catholiques romains venus d’Allemagne, ont fait un pèlerinage en Israël. Il était destiné à incarner une réconciliation entre Juifs et Catholiques. Cependant, certains participants l’ont transformé en matière à scandale.

Gregor Maria Hanke, Évêque d’Eichstätt a déclaré : « Ce matin, nous avons vu les photos inhumaines du ghetto de Varsovie et, le soir, nous avons voyagé pour nous rendre au ghetto de Ramallah ». Cet inverseur de la Shoah, qui suggérait que les Israéliens agissent comme les Nazis maintient ses positions au sein de l’église jusqu’à ce jour. Après avoir fait cette comparaison, Hante a dit plus tard qu’il n’avait pas l’intention d’y procéder. L’évêque Walter Mixa, d’Augsbourg, a décrit la situation à Ramallah comme s’agissant d’un « ghetto » et dit que c’était « presque du racisme ». Mixa a démissionné de sa charge au sein de l’église, en 2010, au beau milieu d’accusations d’abus divers. Il a, plus tard, été innocenté de certaines de ces accusations[3].

Un troisième délégué était le Cardinal Joachim Meisner, depuis décédé, Archevêque de Cologne, qui liait la barrière de séparation en Judée-Samarie avec le Mur de Berlin. En d’autres occasions, il a déformé le sens de la Shoah. Il a fait l’équivalence entre la pilule contraceptive et le gaz au Zyklon B utilisé dans les chambres à gaz. Lors d’un sermon en 2005, il a à nouveau comparé l’avortement à la Shoah[4]. D’autres remarques cinglantes publiées comme émanant de ces évêques n’ont pu être vérifiées.

Le Cardinal Lehman, alors président de la Conférence des évêques allemands, ont parlé, à Yad Vashem, de l’approfondissement des relations entre Juifs et Catholiques. L’église a insisté sur le fait que seules les déclarations du Cardinal Lehmann avaient été représentatives de l’esprit de la délégation.

Les remarques incitatives des évêques étaient déjà extrêmement déplacées, à l’époque. Cela d’autant plus à l’aune des longs et nombreux siècles d’incitation à la haine antisémite déversée par l’Eglise catholique. Cette incitation a construit les bases d’une infrastructure de haine extrême contre les Juifs sur lesquelles le régime nazi a ensuite pu bâtir sa doctrine.

L’Eglise catholique n’a changé d’attitude envers les Juifs, que deux décennies après la Shoah. En 1965, lors du Concile de Vatican II, le Pape Paul VI a diffusé la déclaration Nostra Aetate, qui a supprimé l’accusation de déicide contre le peuple juif dans son ensemble.

Durant le règne du régime d’Hitler, l’église catholique allemande a collaboré avec les Nazis[5] [6]. Dans ce cadre, les commentaires émis par les évêques visiteurs sur Israël n’en étaient que plus obscènes.

Le Vice-Président, à l’époque, de l’organisation coordinatrice des Juifs d’Allemagne, Dieter Graumann, disait que : « Avec de tels amis, on n’a plus besoin d’ennemis ». Shimon Stein, l’Ambassadeur israélien du moment en Allemagne avait réagi : « Quand on ose utiliser des notions comme « le Ghetto de Varsovie et le Racisme, dans ce contexte, cela démontre qu’on a tout oublié ou alors qu’on n’a rien appris du tout. On a moralement échoué[7]« .

La Conférence des évêques allemands a rejeté les remarques de l’ambassadeur. Son secrétaire, Hans Langendörfer, a déclaré que les évêques avaient depuis corrigé les rares  » expressions très personnelles  » de choc de manière auto-critique ». On doit se demander, à présent, si ces évêques ont soigneusement évité d’être choqués, quand ils entendaient parler des très nombreux exemples d’abus sexuels commis par des prêtres catholiques.

Le commentateur Alan Posener a attiré l’attention, dans le quotidien de qualité De Welt, sur les réactions allemandes limitées, eu égard aux remarques antisémites des évêques. Il s’est demandé qui avait protesté : « Les suspects habituels, le Conseil Central des Juifs d’Allemagne, l’ambassadeur tellement harcelé. Tout se passe comme si ces remarques, à peine assombries par une quelconque connaissance historique, exceptée la honte de deux évêques allemands, ne concernaient fondamentalement que les Juifs Allemands ou Israël ». Gert Weiskirchen, alors député socialiste en charges des affaires étrangères, déclarait que c’était une question profondément honteuse pour les Chrétiens allemands et les Allemands en général[8].

Israël combat le terrorisme avec des méthodes extrêmement sophistiquées. La lutte contre ses agresseurs verbaux devrait être conduite de manière identique. Les paroles des deux évêques allemands étaient déjà immorales et antisémites, au moment où elles ont été prononcées. Cependant, avec la connaissance actuelle de l’énorme immoralité cachée, à propos des scandales de pédophilie, qui sont demeurés masqués pendant tellement de temps, les commentaires abusifs de 2007 devraient à nouveau resurgir. Ce n’est qu’un exemple. Bien plus d’incitateurs à la haine, coupables d’immoralité, devraient être découverts, si le gouvernement israélien instituait un système permettant de suivre à la trace les discours des très nombreux incitateurs antisionistes.

Par Manfred Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.


 

[1] www.dbk.de/fileadmin/redaktion/diverse_downloads/dossiers_2018/MHG-Studie-gesamt.pdf

[2] www.dw.com/en/german-catholic-priests-abused-thousands-of-children/a-45459734

[3] www.dw.com/en/secret-file-rekindles-controversy-over-ex-bishop-mixa/a-5716587

[4] www.dw.com/en/combative-cardinal-joachim-meisner-dies-age-83/a-39548377

[5] https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/the-german-churches-and-the-nazi-state

[6] www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3374026,00.html

[7]  www.tagesspiegel.de/politik/israelreise-zentralrat-der-juden-entsetzt-ueber-bischofs-aeusserungen/819082.html

[8] www.welt.de/ politik/article750858/Wenn-es-aus-deutschen-Bischoefen-spricht.html

2 Commentaires

  1. Les évêques contemporains, ni pires, ni meilleurs, que les autres humains depuis qu’ils sont nommés par le patriarche de Rome sur des critères dont les qualités spirituelles sont quasiment abesntes.
    Dans les premiers temps du christianisme, le peuple choisissait les saints hommes dans leur proximité quotidienne, qui pouvaient ensuite devenir évêques.

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